Publié le 4 Août 2016

Ce film raconte l'histoire (vraie) de Jake LaMotta, de son ascension au titre de champion du monde des poids moyens, avec l'aide de son entraineur de frère, jusqu'à sa pathétique déchéance, après qu'il ait tout perdu.

Bon, autant le dire : je n'ai pas aimé ce film. Je ne fais vraiment pas exprès de ne pas aimer des films qui sont reconnus comme de grands classiques, voire des chef-d'œuvres, je vous jure, je n'y peux rien.
Mon gros problème est que je trouve que Jake et son frère sont des gros cons (surtout Jake). De petite racailles sans envergure, un peu minables, violentes, grandes gueules, prétentieuses et misogynes (oui, bon, ok, disons que ce dernier point était courant à la fin des années 1940, mais quand même, ça fait beaucoup). Jake passe de gros con à taré jaloux paranoïaque puis à loser pathétique, ce qui est une progression remarquable, mais quand il devient un loser, il est trop tard pour avoir de l'empathie pour lui : je n'ai pas pu m'empêcher de penser « c'est bien fait pour lui, s'il avait été moins con il s'en serait peut-être mieux sorti. » Et si je n'arrive pas à aimer le personnage sur lequel est centré le film, j'ai du mal à aimer ce film.
Reconnaissons à Scorcese de ne pas avoir voulu enjoliver la réalité, de ne pas avoir voulu faire de Jake LaMotta un héro de film Hollywoodien à violon comme on aurait pu le craindre. Pourtant il y a beaucoup d'autres personnages qui subissent la même trajectoire sans qu'ils aient besoin d'être de gros cons : musiciens, peintres, compositeurs... La liste est immense. Pourquoi aller chercher Jake LaMotta ? Scorcese ne filme même pas tant que ça les matchs de boxe, on dirait que ça ne l'intéresse pas plus que ça, ils ne sont pas de vrais moments de tension dans le film. Si j'ai bien compris, LaMotta était spécialiste des retournements de situation en sa faveur au dernier round, par un KO inattendu. Sauf que comme Scorcese commence à filmer à la fin de l'avant-dernier round, il n'a donc pas le temps de faire monter la tension qui nous permettrait de vibrer, et finalement, ça ressemble plus à une scène explicative (LaMotta a gagné tel combat) qu'à une vraie scène de cinéma construite dans la durée, avec sa dramaturgie. Moi qui n'y connait pas grand-chose à la boxe, je n'ai rien appris sur les raisons pour lesquelles LaMotta était un grand boxeur, quelles étaient ses spécificités, son style...
J'ai quand même vraiment aimé des scènes parcellaires, des tranches de vie assez touchantes, filmées en couleur en super-8 – et je me rends compte en écrivant que c'est terrible de se souvenir en particulier de la seule scène en couleur dans un film en noir et blanc – plutôt bien travaillée au passage.

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Je viens de relire ma critique des Affranchis du même Scorcese, que je n'avais pas aimé non plus, pour d'autres raisons. Décidément, Martin n'a pas la côte en ce moment avec moi.

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Pourquoi est-ce qu'on aime un film ? En voilà une question qu'elle est bien. Parce qu'il nous touche, nous émeut, parce qu'il nous intéresse ? Que ce soit sur le fond (l'histoire, les personnages...) ou sur la forme (l'image, le cadre, le rythme...), évidemment dans le meilleur des cas sur les deux plans.

On peut être touché par des personnages, par la relation subtile qu'ils entretiennent ; spontanément je pense à Carol, mais il y a évidemment d'autres exemples. Le cinéma c'est aussi ça : de belles histoires. Même si pour moi ça ne suffit pas, il faut qu'il y ait de la mise en scène – sinon pourquoi faire du cinéma plutôt que du roman, de la radio, du théâtre ? Cette problématique est liée à un de mes super-pouvoirs, à savoir : je m'identifie hyper facilement à un personnage. Quelqu'il soit. Donc je vibre, j'ai peur, je suis ému, en colère, synchronisé avec le personnage. C'est une de mes clés d'entrée dans un film – ce n'est pas la seule, et elle n'est pas obligatoire non plus. Mais quand ça ne marche pas, comme devant Raging Bull, que ce soit parce que c'est mal écrit, que c'est cliché et caricatural, ou parce que le personnage est un gros con, c'est qu'il y a un problème.
Sur le plan visuel, sans vraiment réfléchir je citerai le Kurosawa, ou il y a plus longtemps Under you skin, auquel je continue de penser. L'émotion peut être purement esthétique, c'est pour moi une évidence. Sinon comment pourrait-on être ému par des images uniques, qui ne racontent par nature que peu de choses (par rapport à un roman, par exemple), comme la peinture ou la photographie ? J'ai été ému aux larmes par l'exposition de Valérie Jouve au Jeu de Paume, et notamment par ses paysages : autant dire des images avec le moins de contenu narratif possible. Pourtant ça m'a touché. Parce que ses photos ont une beauté plastique indéniable, bien sûr, mais aussi à cause d'une forme de projection, d'intentions données à la photographe – je me suis dis qu'elle avait un regard extrêmement sensible. La beauté est émouvante.

Je me rends compte que dans ce petit traité d'Esthétique impromptu (rien que ça – quand je le publierai je l'appellerai probablement Critique de la faculté de juger des films), je parle beaucoup d'émotion, autant dire d'un ressenti purement personnel. Vous remarquerez au passage que j'ai demandé « pourquoi est-ce qu'on aime un film ? » et non « pourquoi est-ce qu'un film est bon/réussi ? » Subjectivité/objectivité. Je remarque que, le temps passant, j'accorde de plus en plus de place à l'émotion, comme si avant je cherchais plus à me réfugier derrière des critères « objectifs » pour ne pas aborder cette question fondamentale. Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier quand un film est formellement tellement parfait, inventif et intelligent qu'il en devient extraordinaire (Kurosawa encore).

Bref, je ne sais pas biern où tout ça me mène. Dans tous cas cas, dans Raging Bull je n'ai rien ressenti de tout ça. Le fond ne m'a pas parlé (je pense que vous avec compris), et la forme ne m'a pas particulièrement impressionné ou touché non plus. C'est bien fait, oui, mais c'est pas incroyable non plus, à part quelques plans à la fin qui sont assez spectaculaires, mais pas suffisamment pour « sauver » le film.

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Je serais curieux de savoir ce que toi, lecteur, tu penses de mes raisons pour aimer les films. Est-ce que tu as un avis différent, ou est-ce que finalement je ne fais qu'enchaîner les banalités ?

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Publié le 1 Août 2016

Voici un film qu'il est difficile de classer. Documentaire ? Film expérimental ? Essai cinématographique ? Il y a un peu de tout ça, mais ça ne suffit pas vraiment.

Tout commence par Orson Welles himself, drapé dans une improbable cape noire, jouant quelques tours de passe-passe — de magie — à des enfants sur un quai de gare. Il nous annonce qu'il va nous raconter des histoires, vraies, sur le mensonge, la tricherie, la duperie, le faux, le pastiche.
Ainsi débute le récit d'Elmyr de Hory, génial faussaire retiré à Ibiza, dont les faux Matisse, Dufy, Modigliani, ont trompé les meilleurs experts. Il y sera aussi question de Clifford Irving, le biographe d'Elmyr, lui-même faussaire, d'Howard Hughes, d'Oja Kodar, de Picasso... Au final, ce sont sept histoires que nous raconte Welles, toutes vraies (à moins que ?)

Et tout ceci est passionnant et brillant. Autant Citizen Kane m'avait ennuyé, autant F for Fake m'a enthousiasmé. C'est drôle, étonnant et surprenant. La personnalité – et la voix caverneuse – d'Orson Welles y est pour beaucoup évidemment, qui s'amuse des tours que ses protagonistes jouent, et des ses propres tours de passe-passe.
Parce que c'est un film qui est plein de jeux de tempo, d'espace, de montage. Je suis d'ailleurs très surpris que ce ne soit pas Welles lui-même qui aie monté ce film, tant celui-ci est spectaculaire et brillant, passant d'une idée à l'autre, d'un plan arrêté à une ligne de dialogue... Comme s'il suivait le fil de sa pensée, sans continuité, mais en gardant un lien logique et organique entre toutes les parties, ce qui fait que l'on est jamais perdu (ce qui m'évoque la façon dont la Sonate pour piano & violoncelle de Debussy évolue, comment une idée en entraîne une autre) (bref). C'est étonnant et c'est génial. Je ne suis pas surpris que mon monteur-youtubeur préféré ait consacré un épisode à ce film. Rien que pour l'inventivité visuelle, voyez ce film. C'est un pur ovni cinématographique qui ne prend même pas vraiment au sérieux.

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Publié le 31 Juillet 2016

La spécialité de Franck Chopin, c'est les mouches. Il les étudie, les dissèque, puis publie des papiers pour rendre compte de ses recherches. Il rencontre Suzy Clair, une jeune femme dont le mari a disparu il y a six ans, sans laisser de trace. Mais Franck Chopin est aussi un agent du renseignement, à qui l'on demande d'écouter Vital Veber, agent soviétique.

Je l'ai déjà dit, j'aime beaucoup Jean Echenoz. Je pense que c'est un des meilleurs écrivains du moment (bien que 14 m'aie déçu, mais on ne peut pas être bon tout le temps). Ici il se frotte au roman d'espionnage, mais ça ne ressemble pas à un roman d'espionnage – plutôt à un livre d'Echenoz. Le scénario, bien qu'efficace, n'est qu'un support à déployer une écriture remarquable et pleine d'humour.
Quand il décrit, Balzac pose le cadre général, puis zoome petit à petit. Echenoz fait l'inverse : il souligne des détails et met en lumière des éléments très précis (la méticulosité des détails chez Echenoz), ce qui fait que le tableau est souvent incomplet, troué ; charge au lecteur de combler les vides. Un peu comme un tableau que l'on éclairerait au fur et à mesure, ou comme un travelling qui ne dévoilerait l'ensemble. Là où Balzac est exhaustif, Echenoz est évasif et suggestif, ce qui fait que l'on est suspendu au fil de son écriture. De la même façon, on pourrait aussi relever sa facilité à passer d'un personnage, d'un lieu, d'un évènement à un autre, ce qui crée des crevasses (à la Flaubert) et non-dits moteurs du roman, ou encore des raccourcis stupéfiants et émouvants :

La Karmann-Ghia longea vers l'ouest la rive gauche du fleuve, suivie par la Ford pourpre dont l'autoradio ne captait que deux ou trois stations sur ondes moyennes. En essayant de le régler, Vito se rémémorait méthodiquement l'emploi du temps de Chopin. Il était calme et concentré, quoique, au pied d'un feu rouge, comme Chopin s'apprêtait à passer le pont de l'Alma, une chanson qu'avait aimée Martine fît monter brusquement dix larmes aux yeux de Vito, et sur l'autre rive il pleuvait encore.

Finalement, dans Lac comme dans beaucoup de ses romans, l'intrigue importe finalement assez peu, puis que c'est l'écriture, poétique, mystérieuse, dandy, pleine d'humour distancié, qui est le réel personnage principal.

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Publié le 30 Juillet 2016

Griffin Mill (formidable Tim Robbins) travaille dans un gros studio à Hollywood. Son job est d'écouter des « pitchs » de scénaristes et de les accepter ou pas – surtout « ou pas ». Il reçoit depuis quelques temps des cartes postales anonymes de menace de mort, venant un scénariste qu'il n'a jamais rappelé. Après avoir mené nerveusement l'enquête, il pense savoir qui en est l'auteur, un certain David Kahane qui lui avait envoyé un scénario il y a quelques mois. Il décide de lui parler en face à face. Sauf que...

J'avais entendu que Robert Altman disait que la plupart des films étaient construits en ligne droite, soit un début, une fin, des évènements entre les deux ; alors qu'il pensait ses propres films comme des cercles : un groupe de gens, un lieu, un microcosme, il pose sa caméra au milieu et observe. The Player, c'est ça : Altman pose sa caméra au cœur d'un gros studio hollywoodien, et il laisse les personnages vivre et évoluer. C'est évident dans le long (8 minutes) plan-séquence d'introduction, où des personnages se croisent, discutent de choses et d'autres, de leurs rendez-vous, d'autres personnages qu'ils n'ont pas l'air de porter dans leur cœur, de plan-séquence (mise en abyme ! et ce ne sera pas la dernière...) Cette construction « en cercle » est guidée par une intrigue policière, qui bien que pas forcément originale joue parfaitement son rôle de fil rouge. Mais le film brille surtout par la satire féroce du monde d'Hollywood, où tout le monde se déteste, où les médiocres sont légion et où l'intégrité artistique n'est rien derrière la potentialité du pognon à se faire – comme quoi, rien ne change. On notera que de nombreuses stars s'amusent à jouer leur propre rôle, voire à le parodier (je pense notamment à l'apparition mordante de Julia Roberts et Bruce Willis). J'avais jadis vu ce film quand j'étais étudiant aux Arts Décos (autant dire que ça date) et c'est avec un plaisir non dissimulé que je l'ai revu. Bref, c'est cinématographiquement intéressant, c'est drôle, c'est féroce, c'est jouissif.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 19 Juillet 2016

Ku est un peintre modeste bien que plein de talent, qui vit avec sa mère dans une petite ville. Des nouveaux venus s'installent dans une maison abandonnée à côté de chez eux, dont une jeune et jolie femme appelée Yang. Ku fait un (superbe) portrait d'un étranger nouvellement arrivé en ville, qui n'est autre que Ouyang Nin, un officier chargé de trouver une fugitive, qui n'est autre que Yang : son père ayant voulu prévenir l'empereur de la corruption de l'Eunuque Wei, ce dernier l'a fait tuer et cherche depuis à se débarrasser de l'encombrante fille.
Ku va aider Yang à se débarrasser de ses ennemis, avec l'aide du général Shi et du docteur Lu. Ku ne se bat pas, mais c'est un fin stratège. Quand l'armée de l'Eunuque Wei veut s'installer dans un fort abandonné, ils vont leur faire croire que celui-ci est hanté et monter une embuscade – efficace – pour leur défoncer la tronche.
[Zone spoilers qui raconte la fin du film] Après leur victoire, Ku se lance à la poursuite de Yang qui a disparu, bien décidé à trouver celle qu'il pense être la femme de sa vie. Celle-ci s'est réfugiée dans un monastère bouddhiste dirigé par le puissant Abbot Hui Yuan. Sauf que Ku est recherché par les forces de l'Eunuque Wei. Yang et le général Shi viennent à son aide et le tirent d'affaire. C'est alors qu'apparaît le super balèze Hsu Hsien-Chen, le chef des armées de l'Eunuque Wei, bien décidé à péter la gueule aux deux fugitifs. S'ensuit un long combat épique. Au final, Hsu Hsien-Chen blesse mortellement le moine et méchamment Yang et Shi. Sauf que Abbot Hui Yuan saigne de l'or, tue le méchant et a tout l'air d'être une réincarnation du Bouddha. [fin de la zone spoilers]

Commençons par le début : une fois qu'on a réussi à passer outre la première heure, bien longuette, il est super bien ce film.

Certes, le début est long, et il y a quelques répétitions dans le film, mais je me demande si finalement ce n'est pas assez chinois dans l'esprit. Je suis en train de lire Le Voyage en Occident, et on retrouve ça : il arrive quelque chose à un personnage A, qui le raconte à un un personnage B, qui demande à A d'y retourner pour vérifier un truc, A y va, rentre raconter à B etc. Ces allers-retours me semblent inutiles et trainer en longueur, mais peut-être est-ce parce que je suis trop formaté dans ma façon de raconter par la méthode Hollywood ?

En fait, il y a trois films dans ce film, signalés fort subtilement par les trois paragraphes de mon résumé. Le premier est une sorte de comédie de mœurs longue et peu ennuyeuse qui occupe la première heure, il ne s'y passe presque rien, à part une mise en place des personnages et de leurs relations ; le second est un bon film de bagarre qui dure la majeure partie du film ; la dernière demi-heure (à la louche) est complètement mystique et fofolle, comme si on avait mélangé la fin de 2001 avec le cinéma de Terrence Malik : soleil plein cadre, jeu de silhouettes, images en négatif, plans sur le soleil qui se reflète dans une rivière et sur des feuilles qui ondulent au vent... Bon, c'est moins fort que 2001, mais quand même, c'est ouf.

Disons-le : c'est visuellement très beau. Les cadres sont étudiés avec un grand sens de la composition et de l'espace, les décors et costumes sont élégants et la lumière est superbe... sauf dans les passages nocturnes, où l'image est quasiment noire. Je ne sais pas si c'est un défaut du film ou un souci lors de la restauration, mais c'est frustrant. Dans certaines scènes de bagarre nocturne, on ne sait même pas qui se bat, et si c'est un gentil ou un méchant qui vient de mourrir... C'est, disons, dommage.


Pas évident de vibrer pour ces personnages.

Mais tout cela reste très beau, et il y a de bonnes idées de cinéma. Il y a un monteur fou, qui de temps en temps fait un montage épileptique mais extrèment efficace, qui par moment glisse des images presque subliminales. C'est parfois un peu cheap, mais ça marche !
On trouve aussi une façon intéressante d'utiliser le travelling : il y a évidemment ce que j'appellerais un « travelling de mouvement », qui suit un personnage qui marche, par exemple, mais il y en a une autre forme, moins fréquente, que j'appellerai « travelling de plan à plan » : on débute sur un super beau plan, les acteurs bougent et la caméra les suit pour aboutir sur un autre plan super beau. Ça ne révolutionne pas le cinéma, d'autres l'ont fait avant et continuent de le pratiquer (Kurosawa, Spielberg...) mais quand c'est bien fait comme ici, c'est un réel plaisir pour les yeux.

Il y a quelques bizarreries dans ce film, des choses que je ne m'explique pas vraiment, comme la réccurrence de toiles d'araignées, mais qui donnent une profondeur au film, qui enrichissent sa diégèse (pour utiliser de grands mots). C'est ce qui pour moi contribue à la qualité du film et me le rend encore plus sympathique : il est très ambitieux et se donne les moyens de ses ambitions. Même si tout n'est pas réussi, on voit bien qu'il y a un réalisateur derrière qui a des idées sur le cinéma. C'est presque un film d'auteur avec de la bagarre dedans, et ça, c'est vraiment rare et ça fait plaisir.

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Je lis que c'est un film qui a inspiré Ang Lee pour son très beau Tigre et Dragon (2000). Effectivement, on retrouve des similarités, notamment des scènes de combat dans des forêts de bambous avec des combattants qui volent un peu dans tous les sens. Bon, dans A Touch of zen, c'est moins virtuose, on voit bien qu'ils sautent sur des trampolines, mais l'intention est là, et Ang Lee n'a fait que pousser l'idée.

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Je crois que je suis blasé des films asiatiques qui ont un titre en anglais. Je m'étais agacé pour A Touch of sin de Jia Zhang Ke, là ça ne me touche même plus. J'ai baissé les armes.
Je ne sais d'ailleurs pas si la similarité de ces deux titres est volontaire.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #kung-fu

Publié le 10 Juillet 2016

Yip Man est un maître de Kung-Fu qui a réellement existé. Gong Yutian, un vieux maître du Nord, arrive, qui a désigné Ma San pour être son successeur. Le Sud devant également avoir un successeur, c'est Yip Man qui est choisi. Il doit donc se battre contre Gong Yutian, mais en fait ils s'échangent des phrases philosophiques autour d'un gateau sec, et c'est Yip Man qui gagne. Gong Er, la fille de Gong Yutian, est toute colère, et du coup elle se bat contre Yip Man, et elle gagne. Mais ce combat a créé de l'électricité sensuelle entre eux deux.
La guerre sino-japonaise éclate (on est donc en 1938),
Yip Man perd tout et sombre dans la pauvreté. Pendant ce temps, dans le Nord, Ma San devient un méchant, pactise avec les Japonais et tue son maître Gong Yutian. Gong Er est toute vénère. Son père lui a dit de ne pas le venger mais elle désobéit. Elle se bat contre Ma San, et elle gagne et lui il meurt.
Yip Man part à Hong Kong où il devient un maître de kung-fu. Il recroise Gong Er, en lui proposant une revanche, mais en fait elle veut pas. Elle lui dit qu'elle a ressenti des trucs pour lui, et puis lui aussi, et puis ils se quittent, et comme elle a été blessée dans le combat contre Ma San, elle sombre dans l'opium et elle meurt.

Je crois qu'on aura compris au ton de mon résumé que je n'ai pas particulièrement apprécié ce film, visible sur Arte + 7 pour quelques jours encore.
Premier problème : je n'ai pas compris la moitié de l'histoire. On assiste à une suite de scènes de dialogue entrecoupées de bastons, sans bien comprendre ce qu'il se passe ni quels sont les enjeux. Quasiment tous les combats commencent et se terminent sans que je sache bien pourquoi ni comment, ni s'il y a eu un vainqueur et pourquoi. Le plus éloquent est le fameux combat de phrases philosophiques autour d'un gateau sec, qui m'a complètement échappé. Et, j'insiste, comme on ne comprend pas les enjeux des bastons, parce qu'ils sont confus, celles-ci ne parviennent pas à créer de tension, et on finit presque par s'ennuyer. Dans n'importe quel Bruce Lee, l'enjeu est simple : il y a les méchants, et Bruce Lee doit leur péter la gueule. Là, à part Ma San, il n'y a pas de méchant, et on comprend pas bien pourquoi tout le monde se bat (ce qui peut parfois presque faire penser que les persos sont des connards, qui se mettent à foutre des coups de tatane dès que quelqu'un les bouscule un peu dans la rue).
Et toute l'histoire est racontée avec d'énoooormes ellipses, genre de plusieurs années, qui passent sous silence des évènements un peu importants, ou qui empêchent de vraiment s'attacher aux personnages, puisqu'on passe d'une époque à une autre, d'un lieu à un autre, d'une histoire à une autre. Ce qui me donne l'impression que
Wong Kar-wai a voulu parler de trop de choses dans son film (l'opposition
Nord/Sud, l'invasion japonaise, la vengeance de Gong Er, le destin de Yip Man) sans arriver à choisir, ce qui fait du film une sorte de gros gâteau un peu indigeste et dont on a du mal à identifier les ingrédients principaux.
Outre les scènes de bastons sans enjeu, il y a des scènes de dialogues où on comprend rien à force de sous-entendus permanents. Le tout agrémenté d'un certain nombre de clichés, tels le jeune apprenti qui passe à côté de la sagesse parce qu'il ne pense qu'à sa gloire personnelle, qui est un personnage que j'ai vu dans à peu près tous les films de kung-fu, il serait temps de passer à autre chose. Ce qui fait que, bien que ce soit un film inspiré de faits et personnages historiques, tout manque d'incarnation, de chair, de réalité et qu'on s'ennuie quand même pas mal.
(Mais je suis probablement un peu con et je manque sans doute de subtilité).

Les scènes de dialogues ou contemplatives sont assez belles, les cadres sont beaux et la lumière est magnifique, Wong Kar-wai n'est pas nul, mais par contre, il ne sait pas du tout filmer des combats, c'est abusé. C'est monté n'importe comment, sans continuité de mouvement, en passant sans arrêt de plans moyens à des gros plans mal identifiables (c'est quoi, c'est un poing ? il est à qui ? D'où sort ce pied ?) avec, pour couronner le tout, quelques faux-raccords très visibles de temps en temps. Franchement, c'est pas mieux que n'importe quel film de super-héro Marvel (où les bagarres sont aussi super mal filmées). Tout cela est entrecoupé de ralentis sur des gouttes d'eau qui tombent et des flocons de neige qui volent. C'est joli et poétique, patati patata, mais c'est surtout maniéré et ça ne contribue pas à faire que l'on comprenne ce qui se passe à l'écran. D'autant plus que les acteurs ont l'air super forts en kung-fu, et que j'aimerais bien comprendre ce qui se passe à l'écran.
Dès les cinq premières minutes du film tous les défauts sont là : c'est mal monté, c'est maniéré, il y a des faux raccords, et c'est un combat parfaitement sans enjeu parce qu'on n'a aucune idée de qui sont ces gens qui se battent, ni pourquoi. Et on ne le saura jamais.

Il faut dire que même s'il y a de la bagarre, ce n'est claiement pas un « film d'action », ni même un film de kung-fu en fait, mais un film plutôt contemplatif avec une fin très mélancolique. Ce qui rend d'autant plus WTF la séquence post-générique : on y voit un « best-of » des bastons mal filmées de Yip Man sur une musique qui fait peur, avec ce dernier qui dit, en regardant la caméra, « le kung-fu est une question de style... quel est le votre ? »
Une telle séquence pourrait à la limite passer dans la bande annonce d'un film de super-héros Marvel, mais ça serait déjà ridicule. Alors, Wong Kar-wai, mettre ça à la fin de ton film, qui n'est pas un film de baston, c'est n'importe quoi, et ça donne l'impression que tu essayes de te rattrapper aux branches.

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J'avoue avoir du mal à comprendre l'enthousiasme de la critique sur ce film. Je ne vois pas d'autre raison qu'une forme de snobisme : c'est du kung-fu, certes, mais comme c'est Wong Kar-wai, c'est chic, on a le droit de s'esbaudir.
Alors que The Fist of legend avec Jet Li, La Légende de Fong Sai Yuk
avec Jet Li, Le Maître chinois avec Jackie Chan, ou n'importe quel film avec Bruce Lee, genre La Fureur de vaincre (pour ne citer que des films plutôt connus) sont d'infiniment meilleurs films de kung-fu, voire même de meilleurs films tout court, que The Grandmaster. Alors oui, on n'est pas toujours très loin du nanar avec ces films, mais je préfère un nanar sympa avec des super scènes de baston à un film qui se prend extrèmement au sérieux avec des scènes de baston ratées.

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Publié le 4 Juillet 2016

Le film s'ouvre sur un dialogue tendu entre Gondo et d'autres associés de National Inc, un fabricant de chaussures féminines : chacun veut créer des alliances pour devenir actionnaire majoritaire afin de prendre le contrôle de l'entreprise. Gondo refuse de s'associer avec eux, sans leur révéler son plan, qui consiste à racheter des actions en mettant tous ses biens en jeu afin de devenir actionnaire majoritaire.
Sauf qu'il reçoit un coup de fil anonyme d'un homme qui a kidnappé son fils et qui réclame 30 millions de yen, somme qui mettrait à mal les plans de Gondo et pourrait le mener à la ruine. Sauf que quelques minutes plus tard, le fils de Gondo (genre 5 ans) rentre tranquillou à la maison : c'est le fils du chauffeur de Gondo qui a été enlevé. Cela ne change rien pour le kidnappeur : il veut toujours son argent ; mais ça change tout pour Gondo. Il passe les heures suivantes à hésiter entre donner l'argent et tout perdre, et garder – égoïstement – l'argent. Il finit par céder au chantage et accepte la rançon – ce qui le met sur la paille.
C'est le moment où la police entre en jeu : enquêtes, témoignages, zonage, il s'agit de retrouver ce type.

C'est une évidence : Kurosawa est un putain de maître. Je ne sais pas bien par où commencer, parce que son art de la mise en scène est éminemment visuel (bonjour Captain Obvious, ça faisait longtemps), et que la mise à l'écrit n'est pas simple. En quelques mots : chaque plan est parfait, intelligent, beau, ça bouge tout le temps, par groupe, par ensembles, par opposition, c'est magistral.
Le film est construit en trois parties : la première centrée sur Gondo, la seconde sur l'enquête de la police, la dernière sur kidnappeur (suivi par la police, jusqu'à la confrontation finale avec Gondo). La première partie dure presque une heure, et se situe presque intégralement dans un unique décor : le salon de Gondo. Ce qui serait un cauchemar pour la plupart des réalisateurs paraît n'être qu'un défi amusant à relever pour Kurosawa, comme si ce n'était pas vraiment difficile (spoiler : en vrai c'est horriblement dur à mettre à scène). Kurosawa pense tellement bien la composition et le mouvement qu'il n'y a pas deux plans identiques, c'est toujours nouveau, on ne s'ennuie jamais. C'est passionnant à regarder (et extrêmement instructif). Il y a parfois deux personnages dans le cadre, d'autres fois ils sont 7 ou 8, et Kurosawa forme des groupes, des ensembles, des solistes, des personnages s'affrontent, se rejoignent... Il fait passer beaucoup d'informations et d'émotions simplement par la façon dont est construite l'image, c'est impressionnant. Bref, pour moi c'est ÇA le cinéma.
En plus ce n'est pas qu'une démonstration de mise en scène : c'est aussi un thriller/film policier bien mené, avec des personnages attachants et portés par des acteurs au poil. Il dit un certains nombres de choses sur la société, sur la « lutte des classes », sur l'incommunicabilité entre les gens...

Je suis obligé de partager cette vidéo de cette chaîne Youtube dont je parle décidément beaucoup ici, Every frame a painting, qui explique beaucoup mieux que moi l'art du mouvement de Kurosawa (mais il triche, il a des images).

Un dernier petit détail : dans La Mort aux trousses, il y a plusieurs scènes qui se passent en voiture, et qui sont toutes filmées en studio, avec des acteurs assis devant un écran qui passe des images de route, dont la fameuse pire scène de course-poursuite dont je parle dans ma critique, mais ce n'est pas la seule. Ces scènes sont toutes moyennes, parce que l'artifice se voit à des kilomètres. Kurosawa met sa caméra dans la voiture, et ça change tout

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