Dans le futur, les humains sont en guerre contre une race d'insectes extraterrestres géants qui envoient on sait pas trop comment des méchantes météorites vers la terre. Des lycéens (de 25 ans, autant dire que c'est pas crédible, mais passons) s'engagent dans l'armée sous l'impulsion d'un professeur charismatique dans des corps différents : Johnny Rico et Dizzy Flores rejoignent l'infanterie, Carmen Ibanez se destine à être pilote et Carl Jenkins (Neil Patrick Harris, tout jeunot) devient officier scientifique. Leur choix est en partie motivé par le fait que dans le futur, dans ce régime militaire, seuls ceux qui ont fait leur service sont « citoyens », statut accordant un bon paquet de droits, tous les autres n'étant que des « civils » relégués en seconde zone.
Il va donc y avoir des bagarres, des histoires d'amour, du sang, du pan-pan-pan dans la tronche des méchants extraterrestres etc.
J'ai l'impression que je comprends l'intention de Paul Verhoeven, et ce qui a pu plaire chez un certain nombre de critiques (plutôt favorables dans l'ensemble) : faire un film de guerre critique, détourner les codes pour les subvertir, être dans la satire pour passer un message. C'est un beau projet. Sauf qu'à l'écran, que voit-on ? On voit effectivement tous les clichés du genre, on voit du gore filmé avec complaisance, et finalement assez peu de subversion.
Tout est cliché dans ce film, et le pire c'est que j'ai l'impression que c'est volontaire : les acteurs sont de beaux américains insipides et sans charisme comme on en voit dans n'importe quel blockbuster (Verhoeven a choisi exprès des acteurs de sitcom pour ce côté insipide, pour faire « comme dans les BD »), les personnages sont archétypaux et creux, le film commence dans un de ces incontournables lycées américains, il y a des triangles amoureux prévisibles, l'inévitable instructeur militaire sadique, la pilote débutante qui est évidemment la meilleure pilote du monde... Plus du gore, du sang, des cadavres coupés en deux, des gros monstres et des gros pistolets. On regarde une enfilade de clichés éculés (j'insiste, mais vraiment, tout le scénario est construit sur des clichés) en se disant « ha ha c'est marrant tous ces clichés, ça va être trop bien quand il va en prendre le contrepied », et on attend, et le contrepied ne vient pas, et on finit par s'ennuyer de se demander à quel degré il faut regarder ce film pour finalement trouver ça bête.
Et tout ça pour quoi ? Pour quelques séquences d'information propagandesque qui persèment le film, qui sont clairement satiriques et plutôt réussies mais de l'ordre de l'anecdotique dans le film ; et pour qu'à la fin les chefs militaires portent des costumes presque nazis, parce qu'en fait c'est les humains les barbares en vrai (révélation de ouf). Mon petit Paul, entre nous, c'est un message qu'on a entendu des millions de fois, et qui ne suffit pas à justifier les 2h de clichés... J'espérais qu'à un moment il y ait un retournement, une surprise, mais non, tout reste sur le même registre pan-pan-boum-boum-du sang-je t'aime Johnny.
Non, je trouve ce film raté et ennuyeux. Et même pas drôle. Sur une idée un peu similaire, le Mars Attacks de Burton est autrement plus féroce, plus drôle et satirique, et réussi au 1er, 2e et 3e degré.
Et contrairement à ce que j'ai lu, et peut-être contrairement à l'intention de Verhoeven, je trouve Starship Troopers finalement assez réactionnaire : je suis désolé, mais filmer avec un plaisir manifeste pendant 2h des brutes tirer avec des gros pistolets dans des marres de sang, sans aucun recul ou presque, même en faisant semblant d'être au second degré, c'est tout sauf subversif (et je pense à peu près la même chose de Robocop du même Verhoeven).
Sinon, sur un registre plus anecdotique, les effets spéciaux ont plutôt bien vieilli – alors que le film a quand même près de 20 ans.