Publié le 20 Mars 2020

À la suite d'un déversement de produits toxiques dans le Han, une dangereuse créature mutante a grandi, et s'apprête à terroriser la ville.
Park Gang-du travaille dans un petit snack au bord du fleuve avec sa fille Hyun-seo et son père Hee-bong. Lorsque la créature surgit, elle emmène avec elle Hyun-seo. Le frère et la sœur de Gang-du les rejoindront, au milieu d'un confinement lié à un étrange virus que l'on suspecte la créature de transmettre, et alors que l'on n'est pas sûr qu'Hyun-seo soit morte.

On trouve des similitudes entre ce film et Parasite, du même réalisateur (qui a également signé Le Transperceneige et Okja), puisque les des familles se ressemblent pas mal : mêmes personnages hauts en couleur, débrouillards tout en étant paumés, excentriques, improbables. The Host est mené d'une main de maître, avec un sens du rythme et du montage impressionnant, avec une tension narrative qui n'empêche pas des moments de comédie un peu grotesque (dans le bon sens du terme), avec déjà un rapport à la lutte des classes – personne ne croit Gang-du, parce qu'il est pauvre et a l'air un peu simplet… C'est un film un peu anarchiste, contestataire (on retrouve ces éléments également dans Okja), qui me permet d'y voir plus clair dans les obsessions de ce décidément passionnant réalisateur qu'est Bong Joon-ho.

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Publié le 19 Mars 2020

Kylo Ren, en mode méchant, trouve une relique d'Harry Potter1 qui l'amène jusqu'à Palpatine qui en fait était pas mort. L'empereur ressuscité lui promet tout le pouvoir qu'il veut s'il tue Rey (quelle surprise2), qui pendant ce temps fait des trucs de ninja dans une forêt.
Palpatine a prévu des trucs de méchant pour tuer tous les gentils, mais ceux-ci ne vont pas se laisser faire.

Bon, je l'ai déjà dit, pas très fan de Star Wars, pourtant j'avais trouvé l'épisode VII plutôt sympa et l'épisode VIII intéressant. Celui-là vient clore la saga de façon pas très habile. Rien n'est vraiment surprenant, tout est attendu, on a déjà à peu près vu tout ce qu'il y a dans le film. N'importe qui aurait pu écrire les grandes lignes du scénario.
Ajoutez quelques incohérences, ou quelques détails agaçants : cette course au « toujours plus grand » (la flotte de Palpatine) qui est récurrente dans les SW et qu'on croirait issue d'un discours de Trump ; ces morts qui ressuscitent sans qu'on comprenne bien comment ; les enjeux du récit qui ne sont pas toujours clairs ; ce compte à rebours de 16h dont on se demande bien l'utilité vu que toute l'action a l'air de se passer sur plusieurs jours et qu'on ne sent pas vraiment l'urgence ; quelques détails bien pratiques (il existe deux reliques, ouf) ; etc.
Donc, c'est pas vraiment désagréable à regarder, mais ça vole pas bien haut, et j'aurai tout oublié demain.

Sinon, il y a le rapport compliqué de SW aux émotions, qui sont souvent considérées comme la porte ouverte au côté obscur bla bla bla3 (le jeune Anakin qui est triste pour sa mère disparue c'est mal, Luke Skywalker qui s'inquiète pour ses amis c'est mal…) Alors que non, refouler ses émotions, voire ne rien ressentir, ce n'est pas être sage, c'est être un mauvais être humain.
Ah et puis à un moment, vraiment, il va falloir qu'on se le dise : la Force, c'est juste de la magie d'Harry Potter.

* * *

1. Oui, bon, c'est pas ça, mais quand même, ça ressemble vachement.

2. Mais d'ailleurs, ça n'a pas de sens que Palpatine demande à Kylo Ren de tuer Rey : on apprend que cette dernière (attention spoiler de merde) est en fait la petite fille de Palpatine, et que ce dernier aimerait bien qu'elle le tue, afin d'accéder au côté obscur et de prendre sa place en tant que cheffe des méchants. Alors pourquoi demander à Kylo Ren de la tuer ? Et pourquoi Palpatine est prêt à se sacrifier, si c'est pour finalement décider que non, il va plutôt tuer Rey & KR pour devenir le chef des méchants qu'il était déjà ?
Ouh là là, ça n'a vraiment aucun sens tout ça.

3. Même si c'est très confus (pour être gentil) dans ce dernier opus : Palpatine veut que Rey la tue, qu'elle soit pleine de colère, parce que ça l'amènera au côté obscur. Elle refuse. Bon.
Mais alors, tous les Stormtroopers qu'elle tue comme ça sans faire gaffe, eux, ils comptent pour du beurre ?
Et plus tard, quand les fantômes des Jedis lui ont parlé (?) et qu'elle tue Palpatine, pourquoi là ça va, c'est pas grave, c'est pas le côté obscur ?

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Publié le 15 Mars 2020

Un vieux seigneur décide de céder le contrôle de son fief à son aîné. Son troisième fils est outré par ce choix, ils s'embrouillent, et le vieux le répudie. Tout ça ne tournera pas très bien pour le vieux, que l'aîné cherche à évincer : tout le monde veut être le chef, et tout le monde se fout sur la gueule.

Librement inspiré du Roi Lear de Shakespeare, Ran est un film très beau bien que peut-être un peu long (3h). J'avoue que l'histoire ne m'a pas tout le temps passionné, parce qu'on assiste à une sorte de bataille de quéquettes pour savoir qui aura le plus gros château, bon, c'est pas forcément mon truc.
C'est un film qui vaut surtout pour le travail de Kurosawa, en particulier sur les couleurs : à chacun des personnages est attribué une couleur, et Kurosawa se sert de ces codes pour composer des tableaux souvent magnifiques. Comme toujours, ça bouge dans tous les sens, le mouvement est savamment composé ; les scènes de batailles, même si elles sont ne sont pas toujours scénaristiquement passionnantes, sont formidables à regarder. Mouvement, contre-mouvement, contraste de directions, jeux de couleurs : visuellement, c'est génial, et c'est pour ça que j'aime bien ce film malgré tout.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Japon

Publié le 9 Mars 2020

David Strom, le père, est un mathématicien un peu perché qui travaille sur le temps, un Juif ayant fuit l'Allemagne nazie ; Delia Daley, noire américaine, est chanteuse et pianiste. Ils ont trois enfants, Jonah l'aîné à la voix d'ange, Joseph, pianiste, le narrateur du roman, et Ruth, la petite dernière.
Les parents se sont rencontrés en 1939, au récital de Marian Anderson, une cantatrice noire, à Washington, qui rassemble une foule innombrable. Ce roman décrit la trajectoire cette famille, qui s'étale sur un demi-siècle, avec en toile de fond la question raciale : un Blanc et une Noire, un couple mixte à une époque où la ségrégation existe encore, qui essayent de construire une utopie dépassant la couleur de peau. Le tout est construit autour de la musique, du piano, du chant : la famille est une chorale, un orchestre, un collectif. Les enfants apprennent à lire la musique avant les mots, c'est leur raison d'être.
Jonah et Joseph entrent à Boylston, la prestigieuse école de musique. Ce sont les deux seuls Noirs. La voix extraordinaire de Jonah le protège, le place dans un autre monde. Ils étudient la musique dite classique, à une époque où le jazz est partout (étudier la musique blanche, est-ce trahir sa race ?). Plus tard, un critique écrit à propos de Jonah :

« Pourtant, il y a des jeunes hommes noirs extraordinairement talentueux qui essayent encore de jouer le jeu de la culture blanche, quand bien même leurs frères meurent dans la rue. » [...]
Chaque terme de l'accusation est vrai. Des gens meurent, et les rues sont en feu. Newark est un enfer. Une rivière de flammes traverse le centre-ville de Detroit. Du dixième étage du Drake, on n'a pas encore la sensation d'être entré en guerre civile. Mais les preuves s'accumulent, et mon frère incriminé en fait une obsession. Dans chaque nouvelle où nous nous produisons, dans chaque chambre d'hôtel pastel, nous observons abasourdis le résumé des informations – des émeutes en sourdine – tandis que Jonah fait ses vocalises et que je m'échauffe les doigts sur la table. (pp. 183-184)

L'existence même des deux jeunes homme est politique : à la fois trop Blancs et trop Noirs, ils ont au cœur d'une histoire qui leur échappe. La carrière de Jonah décolle, il vit quelques amours, Joseph reste dans son ombre. À la mort de leur mère, Ruth a tourné le dos à tout leur monde, s'engage dans la politique, les Black Panthers.

C'est donc un roman fleuve passionnant. Comme je l'ai dit, le récit est marqué par l'histoire raciale des États-Unis : le chapitre 10 est consacré à l'histoire de cet adolescent noir, Emmett Till, lynché dans le Sud, en août 1955 ; il parle des nombreuses émeutes raciales qui ont émaillé la deuxième moitié du XXe siècle ; on y croise Martin Luther King ou Rodney King… J'avoue que c'est une histoire que je connais mal, et que c'est un des mérites de ce roman que de la remettre au premier plan. La guerre du Vietnam y figure bien sûr aussi.
Les très nombreuses pages sur la musique, sur la description de la façon de chanter de Jonah, sur les émotions et sensations que sa voix procure, sont magnifiques, évocatrices, poétiques ; c'est difficile de parler de la musique, et Richard Powers y parvient magnifiquement.
C'est un roman passionnant, riche, immense, touchant. Il n'a qu'un seul défaut : il est beaucoup trop long ! Plus de 1000 pages, c'est cruel. Pour autant, on ne s'ennuie pas vraiment, et il n'y a pas vraiment de longueurs ; mais c'est un marathon de lecture qui demande vraiment un effort (peut-être le publier en plusieurs volumes ?)

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Publié le 8 Mars 2020

Dorothy est une jeune fille habitant une ferme dans le Kansas. Elle serait plus heureuse si sa voisine n'en voulait pas à son chien Toto, et si ses proches la prenaient au sérieux quand elle parle de ses peurs. Une tornade est l'occasion de l'emmener dans l'endroit dont elle rêvait, un monde magique peuplé de créatures étonnantes et de sorcières. Pourtant, elle ne veut qu'une chose : rentrer chez elle pour retrouver sa tante Em, qui doit se faire un sang d'encre.
Sur sa route vers le puissant Magicien d'Oz, qui pourra sans doute exaucer son souhait, elle croise l'Épouvantail à la recherche d'un cerveau, l'Homme-boite-de-conserve à la recherche d'un cœur, et le Lion à la recherche de courage.

On est donc complètement dans la logique du conte, avec des personnages illustrant des vertus morales, avec des quêtes très chargées symboliquement, avec l'obtention d'objets magiques (les souliers rouges de Dorothy), ici également apparentés à des placebos : les objets donnés par le magicien sont en toc, ils révèlent que les qualités existaient déjà dans chacun des personnages, tout ça tout ça. C'est un exemple classique de la structure du voyage initiatique qui permet de résoudre un conflit familial, qu'on retrouve dans plein de contes et de films, et dont j'ai déjà parlé. C'est même ici la morale du film : « there's no place like home » (ce qui est surprenant, dans la mesure où je préfèrerais clairement vivre dans le monde magique plutôt que dans le Kansas de 1939).
J'aime bien que le film soit principalement porté par des femmes (Dorothy et les sorcières), les trois personnages accompagnant Dorothy ne faisant bien souvent que la suivre. Le personnage du lion est également très intéressant (outre son costume et sa voix que je trouve géniales), dans une certaine queerness qu'il est difficile de nier1.

C'est un film qui a plus de 80 ans, et c'est vraiment difficile à croire. Bien sûr, ça a un peu vieilli et c'est parfois un peu kitch, mais c'est visuellement spectaculaire, la tempête qui emporte Dorothy est magnifique, il y a plein d'idées graphiques, c'est drôle et bien rythmé : bref, pour utiliser un cliché, « ça n'a pas pris une ride ».

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1. 'The Wizard of Oz' in the LGBT community résume l'importance du film pour la communauté gay.

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Publié le 5 Mars 2020

Wayne (Robert De Niro), alias « Mad Dog » (même si on ne comprend pas très bien pourquoi il a hérité de ce surnom) est un flic qui par hasard sauve la vie de Franck (Bill Murray), un parrain de la pègre qui a des velléités d'humoriste. En remerciement, Franck « offre » Glory (Uma Thurman) à Wayne.

Bon, on sent bien ce qui va poser problème avec un pitch comme ça. Heureusement, le film parle du fait qu'offrir une femme, c'est pas tip-top. Même, il y a une scène où Glory explique qu'elle est la propriété d'un homme (Franck), et qu'elle n'a aucune envie de devenir la propriété d'un autre (Wayne, qui essaye d'acheter Glory pour la « libérer »). Sauf que, ben si, elle est d'une certaine façon la propriété, parce qu'elle finit avec Wayne, après un geste de générosité de Franck, alors qu'elle avait plutôt envie de se casser à l'autre bout du pays pour fuir ces mecs toxiques. Donc ce petit discours d'émancipation féminine est contredit par le film, et ce sont les hommes, encore et toujours, qui décident de ce que Glory doit faire1.
Il faut quand même préciser que De Niro a 50 ans à la sortie du film, et Thurman 23 ans. 27 ans d'écart. Une différence d'âge de VINGT-SEPT ANS. Bordel.
Apparemment comme toujours quand il y a De Niro au casting, c'est clairement un film de mec. Et il me semble que le discours qui sous-tend le film est assez moisi : Wayne est un mec pas particulièrement courageux, or, on lui dit plusieurs fois « pas de couilles, pas de gloire » (« no guts, no Glory », habile jeu de mots). Le film nous montre donc, si j'ai bien compris, comment Wayne se fait pousser des couilles, jusqu'à finir par casser une dent à Franck. Bravo les gars. Un des personnages, au début de cette bagarre de fin de film, dit « on n'est pas dans une cour d'école ! » Et pourtant si, et le film fait de cette guéguerre de taille de bite le dénouement du film. C'est vraiment lamentable de bêtise.

Heureusement que Bill Murray est parfait, dans un rôle plus sérieux voire inquiétant que d'habitude. Ça m'a aidé à tenir.

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1. C'est aussi le cas du seul autre personnage féminin du film, la voisine de Wayne, qui sort avec un mec violent qui la tabasse. Wayne essaye d'arranger les choses, mais comme il nous est présenté comme faible, il finit par fermer sa gueule. Plus tard, un collègue de Wayne qui a une vraie paire de couilles va mesurer sa bite avec le mec violent, et c'est le collègue qui gagne, et qui dit au mec violent de dégager. Personne n'a demandé son avis à la voisine.
Au passage, l'intervention de Wayne, même si elle n'aboutit pas à grand-chose, a au moins le mérite de partir d'un vrai intérêt pour sa voisine. Son collègue victorieux ne cherche qu'à se mettre en valeur.

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Publié le 28 Février 2020

Le jour de Thanksgiving, deux petites filles disparaissent. Chargé de l'enquête, l'inspecteur Loki privilégie la piste de l'enlèvement, et s'intéresse à Alex Jones, un handicapé mental qui conduit un camping car qui se trouvait justement à proximité de la maison des fillettes.

Je l'ai déjà dit, j'aime bien le travail de Denis Villeneuve. Il s'attaque ici au thriller policier, avec un scénario tendu, implacable, une mise en scène rigoureuse et élégante. On pense à David Fincher et à Seven, pour la clarté de la mise en scène, et pour l'horreur du scénario. C'est précis, efficace, très masculin ; Jake Gyllenhaal est parfait, Hugh Jackman est un peu caricatural à crier tout le temps, Paul Dano est très bien aussi. Bref, c'est super.

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