Publié le 15 Décembre 2019

Un prêtre passant du temps auprès de malades se rend dans un dispensaire pour tester un vaccin contre le terrible virus Emmanuel. Le vaccin échoue, le prêtre meurt, mais revient à la vie quelques minutes après, peut-être à cause du sang qu'on lui a transfusé. Devenu un miraculé, il est poursuivi par des pèlerins qui espèrent de lui guérison. Mais d'autres changements sont en cours dans son corps, qui vont radicalement changer sa vie.

Thirst est un film de vampire coréen inspiré par Émile Zola (voilà un beau kamoulox). Le prêtre se transforme petit à petit en vampire, son corps change, ses désirs et appétits aussi. Une bonne partie de l'intrigue tourne autour de l'histoire d'amour entre le prêtre et une jeune femme, figure de Cendrillon mariée à un imbécile et maltraitée par sa belle-mère. Évidemment, tout ça finira dans un bain de sang.
C'est le troisième film de Park Chan-wook que je vois (après Old Boy et Mademoiselle), je savais donc plus ou moins à quoi m'attendre en matière de violence physique et psychologique : meurtres, gore, auto-mutilation… Ce n'est pour autant pas le pire que j'ai pu voir.
C'est au final un film très beau, tant dans ce qu'il raconte, qui parvient malgré tout ce sang à être touchant ; que dans la manière magistrale qu'a Park Chan-wook de filmer : chaque plan est superbe, la caméra virevolte de manière virtuose… C'est parfois un peu visible, voire démonstratif, mais le résultat est tellement beau et émouvant qu'on lui pardonne ses effets de style.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #horreur, #Corée

Publié le 11 Décembre 2019

Le livre publié par Gallimard sous le titre de Plume, précédé de Lointain intérieur est en fait un recueil et textes et poésies écrites par Michaux dans les années 1930. Plein de choses là-dedans, dont quelques merveilles.

Entre centre et absence est un recueil de textes magiques, évoquant la poésie d'Ailleurs. J'en retiens en particulier Dimanche à la campagne (p. 35), pour son inventivité langagière :

Jarrettes et Jarnetons s'avançaient sur la route débonnaire.
Darvises et Potamons folâtraient dans les champs.
Une de parmegarde, une de tarmouise, une vieille paricaridelle ramiellée et foruse se hâtait vers la ville.
Garinetttes et Farfalouves devisaient allégrement.
S'éboulissant de groupe en groupe, un beau Ballus de la famille des Bormulacés rencontra Zanicovette. Zanicovette sourit, ensuite Zanicovette, pudique, se détourna. (etc)

La Ralentie est du même registre ; Animaux fantastiques évoque un rêve enfiévré. L'insoumis est le premier texte qui m'intéresse moins : il semble écrit en écriture automatique, en mode surréaliste, en résulte un texte abstrait, abscons, qui me laisse à l'extérieur.

Suit ensuite Je vous écris d'un pays lointain (p. 71), la même magie, le même surréalisme, les textes sont courts, ils ont une puissance évocatrice formidable.

2. Quand on marche dans la campagne, lui confie-t-elle encore, il arrive que l'on rencontre sur son chemin des masses considérables. Ce sont des montagnes, et il faut tôt ou tard se mettre à plier les genoux. Rien ne sert de résister, on ne pourrait plus avancer, même en se faisant du mal. […]

Les Poèmes qui suivent sont très beaux.

Repos dans le Malheur
Le Malheur , mon grand laboureur,
Le Malheur, assois-toi,
Repose-toi
Reposons-nous un peu toi et moi,
Repose,
Tu me trouves, tu m'éprouves, tu me prouves.
Je suis ta ruine.

Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre,
Ma cave d'or,
Mon avenir, ma vraie mère, mon horizon,
Dans ta lumière, dans ton ampleur, dans mon horreur,
Je m'abandonne.

Difficultés (1930) est un autre recueil de textes surréalistes, avec quelques fulgurances.
Arrive Un Certain Plume (1930) augmenté de quatre chapitres inédits (1936), des textes drôles qui m'évoquent La Nébuleuse du Crabe d'Éric Chevillard (1993) – je n'avais pas saisi cette parenté (mais j'ai lu Chevillard bien avant Michaux). C'est une petite merveille de drôlerie et d'élégance littéraire, en particulier le « fabcarien » Plume au restaurant (p. 141) :

Plume déjeunait au restaurant, quand le maître d'hôtel, le regarda sévèrement et lui dit d'une voix basse et mystérieuse : « ce que vous avez là dans votre assiette ne figure pas sur la carte. » (etc)

Ou Plume au plafond (p. 175) :

Dans un stupide moment de distraction, Plume marcha les pieds au plafond, au lieu de les garder à terre.
Hélas, quand il s'en aperçu, il était trop tard.
Déjà paralysé par le sang aussitôt amassé, entassé dans sa tête, comme le fer dans un marteau, il ne savait plus quoi. Il était perdu. Avec épouvante, il voyait le lointain plancher, le fauteuil autrefois si accueillant, la pièce entière, étonnant abîme.

Suivent deux très courtes pièces de théâtre surréalistes qui m'ont laissées froid, puis une postface plutôt inspirée :

[…] Tout progrès, toute nouvelle observation, toute pensée, toute création, semble créer (avec une lumière) une zone d'ombre.
Toute science crée une nouvelle ignorance.
Tout conscient, un nouvel inconscient.
Tout apport nouveau crée un nouveau néant. […]

Bref, Henri Michaux reste un de mes auteurs préférés, bien que je n'ai lu que deux livres de lui. Ailleurs est un souvenir plus vivace, aussi parce qu'il bénéficie de la force de la découverte.

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Publié le 6 Décembre 2019

Des anges invisibles et éternels écoutent le monologue intérieur des gens. On croise un vieil habitué des bibliothèques, une trapéziste, Peter Falk, Nick Cave, des enfants, le tout dans Berlin divisé par le mur et hanté par les ruines de la guerre.

Je n'avais jamais vu Les Ailes du désir, et je comprends mieux maintenant pourquoi c'est un classique du cinéma. C'est un film emprunt de poésie, très riche, tendre et beau. J'aime beaucoup la façon dont les monologues se superposent et s'interpénètrent, la multiplicité des langues (allemand, anglais, français, même un peu de japonais) ; la photo, en noir et blanc comme en couleur, est sublime ; ça dit plein de choses sur la nature humaine, sur l'histoire de l'humanité, sur le rapport aux autres… Bref, beaucoup de choses à dire de ce film, beaucoup de choses à admirer (et trop peu de temps pour moi pour en parler).

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Allemagne

Publié le 2 Décembre 2019

Boys Don't Cry est inspiré de l'histoire vraie de Brandon Teena (Hilary Swank), un homme trans qui grandit dans un trou paumé du Midwest américain. En 1993, victime de harcèlement, il se rend dans un autre trou paumé où il tombe amoureux de Lana (Chloë Sevigny), et traîne avec les losers du coin.

### attention spoilers ###

C'est un film qui aurait mérité un petit trigger warning, parce qu'il est loin d'être évident à regarder. La première partie est plutôt charmante, avec la romance naissante de Brandon et Lana, même si on devine le danger qui rôde : Brandon ment beaucoup, se cache, et on imagine que l'exposition de ses mensonges risque d'être difficile. La dernière partie réalise ces craintes, en pire : Brandon est dévoilé, il est violé par deux petits loulous du coin, qui étaient ses amis, et qui finissent par l'assassiner. Voilà.
Je ne savais pas (ou j'avais oublié) que c'était un film inspiré d'une histoire vraie, d'un fait divers sordide, ça lui donne une profondeur et une gravité supplémentaire. C'est tragique, c'est beau, les acteur·trice·s sont toustes parfait·e·s (l'Oscar décerné à Hilary Swank est très mérité), il y a quelques idées intéressantes de mise en scène… Je ne sais pas pour autant si je le conseillerais à tout le monde, parce que c'est quand même un film dur et violent.

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Publié le 25 Novembre 2019

Le royaume de Bubunne est une parodie de pays totalitaire religieux, où les gens vénèrent des poneys et où le rapport entre les femmes est totalement inversé. Jacky (Vincent Lacoste est un jeune homme en burqa qui est amoureux de la future générale Bubunne XVII (Charlotte Gainsbourg).

C'est une comédie burlesque et loufoque qui fourmille d'idée vraiment marrantes. C'est un film qui donne l'impression d'avoir été conçu lors d'une soirée entre potes, en mode « imagine, on pourrait dire que leurs dieux ça seraient des poneys ! » Ça n'empêche pas le film de dire 2-3 choses plutôt bien senties sur l'oppression de genre, le renversement étant diablement efficace.

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Publié le 25 Novembre 2019

Stéphane intègre la BAC de Montfermeil, où il fait équipe avec Chris et Gwada. Stéphane, qui essaye d'être un « bon flic », est plutôt choqué par les méthodes agressives de Chris (qui est peut-être un personnage un poil caricatural, surtout dans la façon dont il est présenté au début). Le rapport avec les gamins du quartier, avec les « grands frères », avec les frères musulmans, avec les forains ou avec les caïds va se compliquer à la suite d'une bavure policière.

Je pense n'avoir pas très bien résumé ce film, qui est plus riche et plus complexe que ça. C'est un film choral, avec plusieurs personnages, ou plutôt plusieurs « bandes » qui s'affrontent, s'opposent, discutent, négocient.
C'est un film dur, violent, touchant, sensible, terrible, terrifiant, émouvant. C'est une claque, un constat effrayant et puissant sur l'état de ce qu'on appelle les banlieues. C'est un appel à la révolte, à l'insurrection. C'est un film profondément politique, tout en étant admirable sur le plan cinématographique : lumière, cadrage, filmage, acteurs (ouais, c'est vraiment un film masculin), écriture, tout est au poil.

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Publié le 19 Novembre 2019

Blake erre en foret, il marmonne des choses incompréhensibles, il traîne dans son grand manoir décrépit, il s'endort n'importe où, il fait un peu de guitare, il fuit des gens. Il n'est manifestement pas en forme, et ça va pas aller en s'arrangeant.

Last Days est une évocation des derniers jours de Kurt Cobain/Blake, ce fantôme informe perdu dans ce manoir trop grand, dans la même décrépitude que lui.
Gus Van Sant utilise les mêmes tics de réalisations que dans Elephant : plans séquence, longs travellings, scènes vues depuis plusieurs points de vue… Pourtant, ici, la mécanique semble tourner à vide. Elle ne produit aucun effet sur moi, à part de l'ennui. Probablement parce les personnages sont des fantômes, même ceux qui entourent Cobain, qu'ils n'ont pas de substance, pas de personnalité. Dans Elephant, les personnages avaient directement une épaisseur, 2-3 choses suffisaient à les dessiner, ici ça ne marche pas, il n'y a que des silhouettes. Alors c'est peut-être voulu, ça a peut-être du sens, mais chez moi ça ne produit que de l'ennui.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis