Publié le 2 Janvier 2020

Adam (Jake Gyllenhaal) est un professeur d'histoire un peu ennuyeux, qui déprime manifestement. Il sort avec Mary (Mélanie Laurent), mais leur relation n'a pas l'air très épanouissante (il y a une scène de viol conjugal).
La vie d'Adam prend un tour inattendu quand il découvre, par hasard, son sosie parfait en arrière-plan d'un film, qui va petit à petit l'obséder.

J'aime bien Denis Villeneuve. Premier contact est formidable, Incendies magnifique, Sicario un peu moins bien mais ça va.
Je dois avouer n'avoir pas trop aimé Enemy, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le film. Je m'explique.
On comprend petit à petit, même si ce n'est pas forcément très clair, que ce film est une histoire de double personnalité. Adam et Anthony sont sans doute une seule et même personne, divers indices au fur et à mesure du film vont attester cette hypothèse. On pense évidemment à David Lynch, à Lost Highway et Mulholland Drive. C'est très bien fait, c'est malin, bien écrit, ça raconte des choses, mais j'ai l'impression d'avoir déjà vu ce genre de film, et je n'est pas vraiment ce que je préfère. Donc, ce n'est pas un défaut du film, mais je n'ai pas vraiment aimé.
Sinon, la musique est un peu trop omniprésente, soulignant les effets presque en permanence. Ça donne un ton angoissant au film, ça marche plutôt bien, notamment dans les moments de rêve où elle devient grotesque, mais dans l'ensemble, ça aurait sans doute gagné à être plus subtil.

Je remarque que Denis Villeneuve a un rapport fort aux espaces et aux décors, on retrouve ça dans plusieurs de ses films. Ici l'université dans laquelle travaille Adam est presque un personnage secondaire. J'imagine qu'il y aurait plein de choses à dire sur ce sujet, mais là j'ai pas le temps.

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Publié le 2 Janvier 2020

Maggie (Hillary Swank) est une femme d'origine très modeste passionnée par la boxe. Elle a un rêve : être entrainée par Frankie (Clint Eastwood) et gagner un titre. Frankie n'entraine pas les filles, mais, devant la détermination de Maggie, finit par la prendre sous son aile.

Clint Eastwood aime manifestement bien ce personnage de vieux grincheux réac qui finit par être attendri par la gentillesse et la naïveté d'un autre – si mes souvenirs sont bons, c'est à peu près le rôle qu'il s'est donné dans Gran Torino quatre ans plus tard. Hillary Swank, qui chope son deuxième Oscar de la meilleure actrice après son rôle dans Boys Don't Cry, est formidable, attachante, touchante. J'avoue que j'étais jusque là un peu passé à côté de cette actrice, qui est en train de devenir une de mes préférées.
Sinon, c'est un drame magnifique, émouvant, qui dit beaucoup de choses sur la volonté, sur le destin, sur les espoirs souvent déçus. C'est visuellement très beau, Eastwood a un penchant certain pour les lumières nocturnes très découpées, ça crée des images très belles et très graphiques, mais on a parfois envie de leur dire d'allumer la lumière.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 2 Janvier 2020

Livrons-à un rituel de saison : le petit bilan de l'année précédente.
D'abord les chiffres : en 2019, j'ai vu 96 films et lu 30 livres.
Ce n'est pas une compétition, évidemment, mais pour comparaison, j'ai vu 32 films en 2018, 35 en 2017, 43 en 2016, 36 en 2015 et 17 en 2014 (mais je ne les notais pas tous, et je regardais plus de séries à l'époque) ; j'ai lu 18 livres en 2018, 19 en 2017, 10 en 2016, 13 livres en 2015 et 6 (!) en 2014. Autant dire que 2019 a été une année assez riche culturellement parlant, puisque j'ai battu tous les records.
J'ai aussi une (mauvaise) pièce de théâtre, Retour à Reims d'Ostermeier, d'après Didier Éribon.

Une autre statistique que j'inaugure cette année : j'ai vu 92 films de réalisateurs et 4 de réalisatrices ; 15 livres d'autrices et 15 livres d'auteurs. Autant dire que, sans forcément le chercher, j'ai été carrément paritaire dans mes lectures, beaucoup moins dans le cinéma. C'est représentatif d'un état de fait : 10% de réalisatrices aux États-Unis, 25% en France1, le chiffre est faible, mais mes visionnages accentuent encore cet état de fait (j'ai vu seulement 4,3% de films de réalisatrices).
Il y a en France autour de 35% d'autrices2, mes lectures ont manifestement rééquilibré les choses.

Allez, c'est le moment du best of/worst of (basé en partie sur mes souvenirs, donc potentiellement pas très représentatif):

Livres vraiment très bons (tiens, beaucoup de lectures féministes là-dedans) :
Une chambre à soi (Virginia Woolf, 1929)
Sorcières, la puissance invaincue des femmes (Mona Chollet, 2018)
Kafka sur le rivage (Haruki Murakami, 2002)
Les Échappées (Lucie Taïeb, 2019)
L'incivilité des fantômes (Rivers Solomon, 2019)
King Kong Théorie (Virgine Despentes, 2006)

Films vraiment super :
Get Out (Jordan Peele, 2017)
Moonlight (Barry Jenkins, 2016)
Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1962)
Scott Pilgrim vs. the World (Edgar Wright, 2010)
Sorry to bother you (Boots Riley, 2019)
Parasite (Bong Joon-ho, 2019)
Le Daim (Quentin Dupieux, 2019)
Spider-Man: New Generation (Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman, 2018)
Okja (Bong Joon-ho, 2017)
Au-delà des montagnes (Jia Zhangke, 2015)
Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019)
I Am Not Your Negro (Raoul Peck, 2016)
Mad Max: Fury Road (George Miller, 2015)
Mauvais Sang (Léos Carax, 1986)
Les Misérables (Ladj Li, 2019)
Les Ailes du désir (Wim Wenders, 1987)

Pour la joie de casser des idoles : ce que je n'ai pas aimé cette année (avec encore une fois du beau monde dans cette liste !)

Littérature :
La voix sombre (Ryoko Sekiguchi, 2015)

Cinéma :
Le Dernier Nabab (Elia Kazan, 1976)
The Square (Ruben Östlund, 2017)
Hana-bi - Feux d'artifice (Takeshi Kitano, 1997)
Les Enfants de la mer (Ayumu Watanabe, 2019)
Comme un avion (Bruno Podalydès, 2015)
Invasion Los Angeles (John Carpenter, 1988)
Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992)
Il était une fois en Chine 3 : Le Tournoi du Lion (Tsui Hark, 1993)
Meurtre d'un bookmaker chinois (John Cassavetes, 1976)
Last Days (Gus Van Sant, 2005)
Ad Astra (James Gray, 2019)
Paradis pour tous (Alain Jessua, 1982)

Les autres livres (pas forcément mauvais pour autant, mais ils ne figurent pas dans mon top, c'est injuste, je sais) :
Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen (Arto Paasilinna, 1995)
Paris-Brest (Tanguy Viel, 2009)
Enlèvement avec rançon (Yves Ravey, 2010)
Monsieur Han (Hwang Sok-yong, 1970)
Désert américain (Percival Everett, 2004)
Ici comme ailleurs (Lee Seung-U, 2001)
Balzac et la Petite Tailleuse chinoise (Dai Sijie, 2000)
Mais leurs yeux dardaient sur Dieu (Zora Neale Hurston, 1937)
La Guerre des pauvres (Éric Vuillard, 2019)
Frankenstein ou le Prométhée moderne (Mary Shelley, 1818)
C'est toi, maman, sur la photo ? (Julie Bonnie, 2019)
Le bruit des tuiles (Thomas Giraud, 2019)
L'année du cinéma 2027 (Benoît Forgeard, 2016)
Petit frère (Alexandre Seurat, 2019)
Duo (Colette, 1934)
Les Carvernes d'acier (Isaac Asimov, 1954)
Chambre 2 (Julie Bonnie, 2013)
Le Toutounier (Colette, 1939)
Safe (Lucie Taïeb, 2016)
Les Gros mots : abécédaire joyeusement moderne du féminisme (Clarence Edgar-Rose, 2016)
Anthologie du chamanisme (Jeremy Narby, Francis Huxley, 2002)
Barbara, roman (Julie Bonnie, 2017)
Plume (Henri Michaux, 1930-1937)

Les autres films :
Louise-Michel (Gustave Kervern et Benoît Delépine, 2008)
Black Panther (Ryan Coogler, 2018)
Peter Pan (Disney, 1953)
Princes et princesses (Michel Ocelot, 2000)
Blanca Nieves (Pablo Berger, 2012)
Gladiator (Ridley Scott, 2000)
Mary et la Fleur de la sorcière (Hiromasa Yonebayashi, 2017)
Grâce à Dieu (François Ozon, 2019)
Les Huit Diagrammes de Wu-Lang (Liu Chia-liang, 1983)
Breakfast at Tiffany's (Blake Edwards, 1961)
West Side Story (Robert Wise & Jerome Robbins, 1961)
Les Moissons du ciel (Terrence Malick, 1978)
Ceux de chez nous (Sacha Guitry, 1915-1952)
Hellboy 1 & Hellboy 2 (Guillermo del Toro, 2004 & 2008)
Les Indestructibles 2 (Brad Bird, 2018)
Dragons 3 : Le Monde caché (Dean DeBlois, 2019)
Il était une fois en Chine (Tsui Hark, 1991)
Wrong (Quentin Dupieux, 2012)
Agora (Alejandro Amenábar, 2009)
Us (Jordan Peele, 2019)
Le Roi et l'Oiseau (Paul Grimault, 1980)
Les Frères Sisters (Jacques Audiard, 2018)
Baby Driver (Edgar Wright, 2017)
Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004)
BlacKkKlansman (Spike Lee, 2018)
Mud : Sur les rives du Mississippi (Jeff Nichols, 2013)
Hot Fuzz (Edgar Wright, 2007)
Coherence (James Ward Byrkit, 2013)
Border (Ali Abbasi, 2018)
Le Dernier Pub avant la fin du monde (Edgar Wright, 2013)
Man on the Moon (Miloš Forman, 1999)
Forrest Gump (Robert Zemekis, 1994)
Wonderstruck/Le Musée des merveilles (Todd Haynes, 2017)
Détective Dee 3 : La Légende des Rois célestes (Tsui Hark, 2018)
Le Syndicat du crime (John Woo, 1986)
La Liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993)
Hero (Zhang Yimou, 2002)
Les Producteurs (Mel Brooks, 1968)
Kill Bill, vol. 1 & 2 (Quentin Tarantino, 2003 & 2004)
Solaris (Andreï Tarkovski, 1972)
Call Me by Your Name (Luca Guadagnino, 2017)
Un Américain à Paris (Vincente Minelli, 1951)
Terminator (James Cameron, 1984)
Watchmen : Les Gardiens ( Zack Snyder, 2009)
Loin du Paradis (Todd Haynes, 2002)
Sexe, Mensonges et Vidéo (Steven Soderbergh, 1989)
Sicario (Denis Villeneuve, 2015)
The Homesman (Tommy Lee Jones, 2014)
True Lies (James Cameron, 1994)
Terminator 2 (James Cameron, 1991)
Blue Velvet (David Lynch, 1986)
The Thing (John Carpenter, 1982)
La Mouche (David Cronenberg, 1986)
Elephant (Gus Van Sant, 2003)
La Règle du jeu (Jean Renoir, 1939)
Harvey Milk (Gus Van Sant, 2008)
Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi (Rian Johnson, 2017)
I Am Not Your Negro (Raoul Peck, 2016)
Mademoiselle (Park Chan-wook, 2016)
L'Île aux chiens (Wes Anderson, 2018)
Lady Chatterley (Pascale Ferran, 2006)
Shutter Island (Martin Scorsese, 2010)
Ponyo sur la falaise (Hayao Miyazaki, 2008)
Looper (Rian Johnson, 2012)
Jacky au royaume des filles (Riad Sattouf, 2014)
Boys Don't Cry (Kimberly Peirce, 1999)
Thirst, ceci est mon sang (Park Chan-wook, 2009)
Burn after reading (Joel et Ethan Coen, 2008)
Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2001)

* * *

1. Mathilde Blottière « ”En France, il y a 25% de femmes réalisatrices. Aux Etats-Unis, moins de 10%” », 15 mai 2015, Télérama.fr.
2. Sophie Kloetzli, « Les auteurs français en une infographie », 4 juillet 2016, ActuaLitté.com
 

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #bilan

Publié le 30 Décembre 2019

Dans un monde où la délinquance juvénile explose, les adultes ont trouvé une parade étonnante : choisir une classe de lycéens au pif et l'envoyer s'entretuer sur une île pour qu'il n'y ait plus qu'un seul survivant.

Bon, c'est un film plutôt réussi ; la mise en scène est assez spectaculaire ; le scénario plutôt bien ficelé, ce qui n'est pas évident avec une telle profusion de personnages, mais les différents épisodes sont habilement écrits, on comprend les enjeux en quelques secondes, ça marche vraiment bien.
On a reconnu le principe qui sera réutilisé dans Hunger Games. Dans le film de Fukasaku, les raisons de ce jeu sont assez nébuleuses et floues, on peine à peu à comprendre le pourquoi, mais soit.
C'est un film réputé pour sa violence, mais j'ai vu plus spectaculaire et/ou insupportable. Les personnages sont sans doute un peu trop survolés ou clichés pour être réellement attachants, donc bien souvent les morts n'ont eu que peu d'impact émotionnel sur moi.
Pas sûr pour autant que ça raconte vraiment grand-chose, je l'avoue. On peut faire de longs discours à partir de ce film, mais je ne suis pas sûr que lui-même dise grand-chose. Ça ressemble à un jeu vidéo, c'est malin et bien fichu, mais pas vraiment inoubliable.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #horreur, #Japon

Publié le 29 Décembre 2019

Le dépressif vendeur en assurances Alain Durieux (Patrick Dewaere) rate sa tentative de suicide. Le docteur Pierre Valois (Jacques Dutronc) propose de tester une nouvelle méthode révolutionnaire, le « flashage », qui « coupe le nerf de l'émotion ». Alain est transformé : il n'est plus angoissé, sa vie est agréable, un bonheur permanent. Le seul problème, c'est que ça le coupe de la plupart des autres émotions ou de son empathie : il est devenu une machine.

C'est un film qui pose de nombreuses questions intéressantes : c'est quoi le bonheur, comment s'épanouir alors que le travail nous aliène, peut-on faire le bonheur des gens contre leur gré, les émotions nous empêchent-elles d'être heureux, faut-il fuir le monde réel pour connaître le bonheur (cf la place de la publicité) ?… Plein de questions passionnantes dont on pourrait parler pendant des heures au cours de longues discussions riches. Le problème serait alors que le discours sur le film serait plus intéressant que le film lui-même.
Alain Jessua ne traite pas vraiment toutes ces questions. L'absence totale d'idée de mise en scène (on se croirait devant un téléfilm) est sans doute le principal écueil : ce n'est jamais inquiétant, jamais profond. Pourtant il y aurait de la matière, avec un sujet comme celui-là !
Ajoutons le male gaze permanent, qui montre tout le temps et complaisamment le corps des femmes.
Et on comprendra sans doute pourquoi Alain Jessua est un réalisateur totalement oublié.

Notons au passage que c'est le dernier film que Patrick Dewaere a tourné avant son suicide. Deux constats : c'est dommage de terminer sa carrière sur un film aussi moyen (même si lui est très bien) ; c'est effrayant de tourner un film sur le bonheur juste avant de mettre fin à ses jours.

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Publié le 28 Décembre 2019

John Malkovich est licencié de son travail à la CIA. Sa femme, Tilda Swinton, cherche à divorcer ; son avocat lui demande de recueillir des informations financières sur lui. Le CD avec ces données est perdu dans une salle de sport, et retrouvé par Brad Pitt et Frances McDormand, qui pensent avoir des données précieuses qu'ils peuvent monnayer contre de l'argent. Et il y a aussi George Clooney, l'amant de Tilda Swinton, un séducteur paranoïaque qui croise le chemin de Frances McDormand.

Toute l'intrigue est volontairement compliquée et confuse. C'est un des principaux ressorts comiques du film : c'est n'importe quoi, les personnages se croisent dans tous les sens, avec quiproquos et conséquences improbables. Des agents de la CIA, qui surveillent tout ça de près, sont une sorte de regard extérieur sur le film : eux mêmes n'y comprennent rien, et semblent se demander où tout ça va, quel est le sens de ces divagations- alors qu'il n'y a justement aucun sens à chercher.
J'aime bien la façon dont le film se situe difficilement dans le temps : il y a certes des IPods, mais ça pourrait aussi bien se dérouler dans les années 1950. Les acteur·ices s'en donnent à cœur joie, les dialogues sont comme toujours finement écrits, la mise en scène est élégante, bref, c'est une petit merveille.

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Publié le 19 Décembre 2019

Dans le futur, des espèces de tempêtes magnétiques ravagent les installations électriques et sont une menace pour les installations humaines. Il semblerait que l'origine de ces tempêtes se situe autour de Neptune ; elles pourraient venir de la mission LIMA, envoyée il y a une vingtaine d'années aux confins du système solaire pour étudier la possibilité d'une vie extra-terrestre. On est sans nouvelle du vaisseau depuis 16 ans, après une sorte de pétage de câbles de l'astronaute Clifford McBride (Tommy Lee Jones), qui a décidé de couper tout contact avec l'extérieur. On ne sait pas trop s'il est encore vivant, mais il semblerait que oui.
Roy (Brad Pitt), le fils de Clifford, astronaute lui aussi, est envoyé sur Mars pour contacter LIMA, dans l'espoir que Clifford réponde à son fils, afin d'essayer de résoudre le problème.

James Grey s'essaye donc à la science-fiction. Il faut le choix de la lenteur, il n'est ni le premier ni le dernier (je pense à 2001 ou Solaris, parmi les classiques). Je n'ai rien contre ce parti-pris, si ce n'est qu'en chassant le spectaculaire, il faut pouvoir assurer derrière. Et là, ce n'est pas vraiment le cas.
Je résume le problème : il n'y a pas de personnage dans ce film. Que des coquilles vides. Ce n'est pas la première fois que je râle contre ce cliché des auteurs peu inspirés : « ah tiens, pour donner de la profondeur à mon personnage, je vais en faire un taiseux ». Sauf que souvent ça ne marche pas. Je ne sais pas qui sont ces personnages, ils n'existent pas, à aucun moment je n'ai été ému, à aucun moment ils ne m'ont touché ou vraiment intéressé.
Un des seuls personnages féminins (oui), sur la base martienne, n'a d'autre élément de personnalité que celle qui sert le film. Les deux seuls éléments que l'on connaît sur elle (le militaire qui lui dit qu'elle n'est pas autorisée à aller plus loin, ; le truc avec ses parents) ne servent qu'à expliquer pourquoi elle aidera Brad Pitt. Elle n'est pas un personnage, elle n'est qu'une fonction.

Je repense à Elephant de Gus Van Sant, où je m'étais fait la remarque qu'il arrive à caractériser ses personnages en 2 secondes, avec un détail, un rien qui les rend vivants. James Grey ne sait manifestement pas faire ça.

Ce qui est vraiment gênant, c'est qu'au moment où le père se suicide, je n'ai rien ressenti, parce que rien ne me permet de ressentir quoi que ce soit. Il a deux lignes de dialogues, on ne sait pas qui est ce personnage, quelles sont ses motivations, je ne sais pas qui il est. Je ne peux pas être ému quand il meurt.
Et ce n'est pas le monologue intérieur lambda de Brad Pitt qui aide : « qui suis-je, où vais-je, dans quel état j'erre », ce type de questionnement creux ne dit rien.
Rater à ce point l'écriture de ses personnages, c'est presque spectaculaire.

À force de ne rien dire, j'en finis pas n'avoir aucune idée de ce que James Gray a voulu raconter. Il ne dit rien de la relation père/fils, qui semble pourtant être au cœur du film. Il ne dit rien de la solitude de Brad Pitt (qui est cette femme qui semble être sa compagne ? Quelle est leur relation ? Je n'en ai aucune idée). Il ne dit rien de ce que sera notre monde dans le futur. Il ne dit rien de l'exploration spatiale. Il ne dit rien de la question extraterrestre : on apprend au détour d'un dialogue que LIMA n'a trouvé aucune trace de vie extraterrestre, mais ça n'a pas de conséquence, on s'en fout royalement.

C'est un film totalement vide. Prétentieux et vide. C'est effrayant.

* * *

On compare ce film à Interstellar ; ils n'ont rien à voir. Le film de Nolan n'est pas parfait, mais il n'a aucun des défauts que je cite au-dessus. Sur tout les plans, scénario, mise en scène, spectacle (Ad Astra a quelques belles images, c'est la moindre des choses pour un film d'espace, mais rien de foufou), Interstellar est bien supérieur au film de James Grey.

(Je me rends compte en relisant ma critique de l'époque d'Interstellar que j'avais été assez dur avec ce film, alors qu'il a plutôt bien vieilli dans ma mémoire… J'ai probablement été déçu parce que j'en attendais trop ; il ne mérite pas cette cruauté.

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