Publié le 19 Novembre 2019

Blake erre en foret, il marmonne des choses incompréhensibles, il traîne dans son grand manoir décrépit, il s'endort n'importe où, il fait un peu de guitare, il fuit des gens. Il n'est manifestement pas en forme, et ça va pas aller en s'arrangeant.

Last Days est une évocation des derniers jours de Kurt Cobain/Blake, ce fantôme informe perdu dans ce manoir trop grand, dans la même décrépitude que lui.
Gus Van Sant utilise les mêmes tics de réalisations que dans Elephant : plans séquence, longs travellings, scènes vues depuis plusieurs points de vue… Pourtant, ici, la mécanique semble tourner à vide. Elle ne produit aucun effet sur moi, à part de l'ennui. Probablement parce les personnages sont des fantômes, même ceux qui entourent Cobain, qu'ils n'ont pas de substance, pas de personnalité. Dans Elephant, les personnages avaient directement une épaisseur, 2-3 choses suffisaient à les dessiner, ici ça ne marche pas, il n'y a que des silhouettes. Alors c'est peut-être voulu, ça a peut-être du sens, mais chez moi ça ne produit que de l'ennui.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 18 Novembre 2019

Cosmo Vitelli tient une boîte de striptease à Los Angeles dont il est fier, notamment pour la qualité artistique (hum) des spectacles. Un soir de liesse, il joue au poker et s'endette terriblement auprès de la maffia locale. Pour rembourser ses dettes, on lui propose d'aller tuer un caïd de la maffia chinoise.

Cassavetes. Un autre nom prestigieux sur ma liste de films à voir. C'est une déception.
Meurtre... est filmé caméra au poing, dans un style documentaire, assez nerveux, ce qui n'empêche pas des longueurs. Rien d'épatant pour moi, c'était probablement nouveau à l'époque, et je devine une certaine forme de radicalité, mais ce n'est pas vraiment mon style (je l'ai déjà dit ici, avec la caméra au poing, je vois le caméraman, ce qui dans certaines scènes n'a pas de sens, et rompt le contrat cinématographique. Plus de suspension de la crédibilité, je vois la caméra, les acteur·trice·s, le jeu).
Le problème vient surtout de l'écriture. En quelques mots : je ne comprends pas ce que Cassavetes veut raconter. Il n'y a pas vraiment de tension, pas vraiment de psychologie (ses personnages sont des silhouettes), pas vraiment de propos sur le monde… (Je n'exclus évidemment pas être passé à côté de quelque chose, ça ne serait pas la première fois). Si on se dit que c'est un film à message, que Cosmo Vitelli est un reflet de Cassavetes, qui cherche à produire de la beauté dans un monde dévoyé par l'argent (le striptease/Hollywood), alors oui, ça peut éventuellement prendre une dimension intéressante, mais que vient faire cette histoire de meurtre ? Et puis il aurait fallu que le spectacle montré au cabaret soit artistiquement intéressant, ce qui est loin d'être le cas…
Meurtre... emprunte au film de gangster, mais c'est à mon avis raté, d'autant plus que je le compare à Mauvais Sang, dans que j'avais vu la veille, dans lequel Léos Carax s'approprie ce genre de façon magistrale et singulière.

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Publié le 17 Novembre 2019

Le père d'Alex (Denis Lavant) s'est suicidé. Le jeune homme, sorti de quelques années de prison, décide de tout plaquer, en particulier la très jeune Lise, pour aller refaire sa vie ailleurs. En suivant la jeune et belle Anna (Juliette Binoche), il croise le chemin de Marc (Michel Piccoli) et Hans (Hans Meyer), deux gangsters préparant un coup pour rembourser des dettes, et qui connaissent l'habileté d'Alex.

Ça faisait plusieurs années que je voulais voir Mauvais Sang, et je n'ai pas été déçu. C'est un film au croisement du film de gangsters, de la Nouvelle Vague, de l'expressionnisme allemand et des années 1980. Plein de choses à relever, à commencer par la qualité des acteurs : quel casting ! Je n'oublie d'ailleurs pas Hugo Pratt et Serge Reggiani dans des petits rôles. Je n'aime pas trop certains rapports entre hommes et femmes, trop emprunts de violence pour moi (« tais-toi ou je t'étrangle », par exemple), mais tout le reste est très beau. Le travail sur les décors, les couleurs, les lumières, les cadrages, c'est visuellement somptueux. C'est parfois un peu bavard, mais c'est le côté « Nouvelle Vague » qui veut ça, mais c'est beau, touchant, et il y a quelques idées merveilleuses là-dedans. Notamment l'idée (dont Léos Carax ne fait d'ailleurs pas grand-chose) de cette maladie, le STBO, qui affecte ceux qui font l'amour sans s'aimer, qui, en 1986, est une idée vertigineuse.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 17 Novembre 2019

Ça faisait très longtemps que King Kong Théory était dans ma liste d'achat, mais j'ai retardé ce moment parce que la couverture de ce livre est vraiment très moche. J'ai fini par dépasser ces peurs, et m'y voilà.
Et c'est effectivement un très bon livre, fort, plein de phrases à souligner mais je l'ai lu sans crayon donc il faudra que je le relise. Tout de même, à la fin :

Le féminisme est une révolution, pas un réaménagement des consignes marketing, pas une vague promotion de la fellation ou de l'échangisme, il n'est pas seulement question d'améliorer les salaires d'appoint. Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s'agit pas d'opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l'air. (p. 145)

Prostitution, culture du viol, masculinisme… Despentes brasse large, traite de nombreux sujets, avec clarté et intelligence.
Il faudra que je relise ce livre. Parce que je pense que ma première lecture a été en partie gâchée parce que je connaissais déjà toutes ces thèses, et une bonne partie des citations, parce que c'est manifestement un livre fondamental dont les idées sont discutées, développées, citées. C'est comme quand on entend trop parler d'un film avant de le voir : ma lecture de King Kong Théory est trop biaisée par tout ce que j'ai lu, vu, entendu dessus. Donc, pour la 3e fois, il faudra que je relise ce livre.

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Publié le 14 Novembre 2019

Nous sommes en 2074. Le voyage dans le temps n'a pas encore été inventé, mais il le sera. Dès tueurs, appelés loopers, sont chargés d'assassiner des hommes envoyés depuis le futur. C'est un meurtre parfait : tuer des gens qui n'existent peut-être pas encore.
Les loopers, au bout d'un certain temps, sont démis de leur fonction lorsqu'on leur envoie leur moi du futur à tuer : ils ont alors bouclé leur boucle, et savent qu'il leur reste pile 30 ans à vivre.
Joe est un des meilleurs loopers. Mais quand il est confronté à son lui du futur, ça ne se passe pas comme prévu.

Ah, un film sur le voyage dans le temps. Il joue sur les questions inévitables de la possibilité de changer le futur, de l'action qu'on peut avoir sur le cours des choses, des conséquences de nos actes... Ce sont des thèmes très classiques, mais c'est écrit habilement et intelligemment, avec une certaine richesse dans le récit et la façon d'aborder les thématiques. On a parfois l'impression d'être devant un jeu vidéo qui fait recommencer la partie quand le joueur a perdu, j'aurais presque aimé que ça aille plus loin : cette arborescence de récits est passionnante à aborder, mais ce n'est pas le sujet ici.

J'ai le droit de souligner un petit syndrome de la Schtroumpfette ?

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Publié le 11 Novembre 2019

Je me rends compte, tout-à-coup, que Ponyo peut être vu comme une réécriture de La Petite Sirène : Ponyo est une créature marine qui cherche à être humaine pour rester auprès de Sôsuké. Sauf : que les personnages principaux ont cinq ans, que Ponyo passe allègrement le test de Bechdel, que c'est beaucoup plus drôle, touchant, sensible et magnifique que l'adaptation du récit qu'a fait Disney. Je n'ai pas grand-chose à dire de ce film, si ce n'est souligner, encore une fois, sa beauté formelle, la qualité incroyable de l'animation, la douceur des décors…

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Publié le 11 Novembre 2019

Dans les années 1950, le Marshal Teddy Daniels et Chuck Aule sont envoyés sur Shutter Island, une île isolée du reste du monde qui sert d'asile psychiatrique aux criminels jugés les plus dangereux. Or, une certaine Rachel Solando s'est enfuie, et il s'agit de savoir ce qui lui est arrivé.

Je ne sais pas jusqu'où je peux raconter, mais je vais forcément spoiler ne serait-ce qu'un peu, puisque c'est un film qui se base sur un retournement plutôt habile et malin.
C'est un film sur la folie, où les fous ne sont pas vraiment ceux qu'on croit. Shutter Island est construit de façon éminemment borgésienne, avec un narrateur auquel on découvre qu'on ne peut pas faire confiance, avec des phrases qui prennent un autre sens une fois la bascule faite.
Il y aurait sans doute encore beaucoup de choses à dire de ce film, sur la mise en scène, sur les différents sujets abordés, sur le jeu d'acteur.

Il faut tout de même que je rajoute que, malgré les réelles qualités du film, il est assez loin de passer le test de Bechdel, ce qui n'est pas vraiment une grande surprise venant de Scorcese.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis