Publié le 5 Novembre 2019

Suite à une vague de grippe canine, le méchant maire de Megasaki a pris un arrêté signant la déportation de tous les chiens sur une île servant de décharge. Le jeune Atari se rend sur cette île afin de récupérer son chien. Il croise une bande de toutous qui vont l'aider à réaliser sa quête.

C'est plus ou moins un road movie, avec plusieurs courses poursuites, forme que l'on retrouve régulièrement chez Wes Anderson, et qui a fait ses preuves. Peut-être qu'ici elle est inutilement compliquée par des enjeux politiques à la fois trop présents et pas assez creusés (ce complot pour introduire des robots-chiens ?) ; manifestement WA maîtrise peu ces enjeux. L'autre défaut, à mon sens, est un jeu sur les langues qui par moments rend le film un peu difficile à suivre : les chiens parlent anglais, les humains japonais (parce que ça se passe au Japon, je ne l'ai pas précisé), parfois les humains sont traduits par des interprètes ou des machines, parfois c'est sous-titré, parfois ils parlent juste japonais sans qu'on comprenne. C'est rigolo, mais honnêtement je ne vois pas trop ce que ça apporte au film à part de la complication – si ce n'est que les chiens et les humains ne parlent pas la même langue, ce qui est logique, mais j'imagine qu'au Japon ça a posé problème1.
Reste que l'animation est particulièrement spectaculaire et virtuose, dépassant probablement Fantastic Mr Fox. La réalisation est évidemment soignée, moins trépidante que dans d'autres films récents de Wes Anderson, laissant un peu plus de temps pour apprécier l'action, les décors, l'image – c'est bien qu'il se soit un peu calmé.

Dommage, tout de même, qu'il y ait aussi peu de personnages féminins. Certes, l'une d'entre elles (l'étudiante journaliste militante) est centrale dans l'action, mais WA ne peut pas s'empêcher de faire de ses 3-4 personnages féminins des love storys de ses personnages masculins.
Mais de voir des personnages masculins plutôt émotifs (plusieurs persos pleurent, même si ces émotions sont rarement nommées) et guidés par la simple amitié est plutôt bienvenu.

* * *

1. Pour aller plus loin, l'article « What It’s Like to Watch Isle of Dogs As a Japanese Speaker » d'Emily Yoshida (Vulture) aborde cette question, et un peu la question de la culture japonaise dans le film, d'où il ressort, entre autres, qu'on peine à taxer WA d'appropriation culturelle.
« 'Isle of Dogs': Mutt ado about nothing? » de James Hadfield (Japan Times), au fil de sa critique (globalement positive), regrette que WA finisse par mettre les personnages japonais au second plan (l'étudiante, qui peut faire penser à une « white savior »).
« Unpacking the Fictional Japan of Isle of Dogs » de Nina Li Commes (The Atlantic) regrette que le film (comme d'autres) fasse du Japon l'archétype de l'autre : « Once again, Japan is reduced from a real place to a quaint tool [outil pittoresque], just eccentric and malleable enough to keep Isle of Dogs narratively afloat, as it has buoyed [servi de bouée] other Western stories through the years. »

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Publié le 4 Novembre 2019

Furiosa, lieutenante du méchant Immortan Joe, s'enfuit de l'emprise de ce dictateur avec ses « épouses », des reproductrices qu'on devine violées régulièrement. Au volant d'un camion de guerre, avec ces femmes et un certain Max qu'elles ont ramassé sur le chemin, elles fuient vers un Éden avec toute la troupe des méchants aux basques.

Finalement, ce film n'est qu'une longue course-poursuite, dans un sens puis dans l'autre. C'est fait avec un talent impressionnant : la photo est sublime à un point rarement atteint, le rythme est trépidant mais pas que, les scènes d'action sont spectaculaires... Bref, je pourrais continuer la liste des qualités longtemps, dans la mesure où je ne vois pas de défaut au film, en terme d'écriture, de cinéma, de montage, de jeu d'acteur·trice…
Ça a beaucoup été dit, mais en termes de représentation et de féminisme, le film est aussi exemplaire ; je vous invite à regarder cette passionnante série de vidéos pour aller plus loin sur ce sujet, je ne ferais que la résumer en moins bien.

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Publié le 2 Novembre 2019

Le troisième livre de Julie Bonnie que je lis (après C'est toi, maman, sur la photo ? et Chambre 2) est, comme son titre l'indique, une biographie romancée de Barbara, se concentrant principalement sur Monique avant qu'elle devienne Barbara : l'enfance, les traumas, le père, le piano-papier, l'exil à Bruxelles, les premiers tours de chants, le retour à Paris. Si on pense évidemment à Echenoz dans le projet littéraire, on en est assez loin : une écriture plus sensible, moins de distance ironique. Julie Bonnie alterne entre un récit à la troisième personne et des passages à la première. Tout ça est élégant et sensible.

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Publié le 2 Novembre 2019

Wong Fei-hung est à Pékin, où l'impératrice Dowager Cixi décide d'organiser un tournoi de danse du lion, afin de réaffirmer l'identité chinoise dans une fin XIXe marquée par l'arrivée d'étrangers. De nombreuses écoles d'arts martiaux s'affrontent, il y en a même une que c'est les méchants. Ah, et puis parfois les méchants sont les étrangers, aussi.

Bon, autant le dire, c'est vraiment pas terrible. Comme pour le premier volet de la saga, c'est pas aidé par de mauvais sous-titres anglais, mais quand même. Le scénar est assez confus et bâti sur pas grand-chose (comme mon résumé le laisse penser). La mise en scène est également confuse, rendant l'action souvent pas très compréhensible ; les combats qui se limitent à des danses du lion ne sont pas particulièrement mémorables (alors que dans le premier opus, c'était beaucoup plus spectaculaire, et les talents de Jet Li étaient vraiment exploités).
J'imagine que pour un public chinois tout ça a plus de sens que pour moi (je suis plutôt incompétent en danse du lion), mais ça ne suffirait pas à en faire un bon film.

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Publié le 24 Octobre 2019

Ce livre est un recueil de textes écrits en 1535 et 2000 par différents auteur·trice·s, explorateur·trice·s, anthropologues, ethnopsychiatres et quelques chamanes iels-mêmes (souvent des propos rapportés). Il y a évidemment de tout dans ces textes, des choses passionnantes, des récits de séances de chamanisme, des réflexions plus théoriques…
Je retiens en particulier les textes de :

  • Everard F. Im Thurn (séance de chamanisme en Guyane)
  • Vladimir Ilitch Jochelson (séance de chamanisme en Sibérie)
  • Élan-Noir et John G. Neihardt (l'appel des esprits pour une première guérison chez les Sious)
  • Michael Harner (séance hallucinogène chez les Jivaros)
  • Claude Lévi-Strauss (La Pensée sauvage, à lire)
  • Roger Walsh (réflexions sur le « chamanisme scientifique »)
  • Edith Turner (la nécessité de quitter son point de vue d'anthropologue occidental)
  • Graham Townsley (conception du monde des chamanes d'Amazonie)
  • Jean-Pierre Chaumeil (fléchettes magiques et virus)

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Publié le 24 Octobre 2019

Une actrice (Irène Jacob) vient enregistrer la voix off d'un film adapté du livre éponyme de Didier Éribond. Il y parle de sa fuite de son milieu ouvrier d'origine, à cause de l'homophobie familiale, du fait qu'il a été aveugle à la fuite de sa classe sociale. Il s'est mis à parler de la classe ouvrière de façon abstraite, sans plus jamais parler à des ouvriers.
L'enregistrement est interrompu, l'actrice et le metteur en scène (Cédric Eeckhout) débattent. Après un rap (par Blade MC AliMBaye), l'enregistrement reprend plus tard. Le texte est alors plus théorique, il aborde la question du vote du Front National, la trahison de la gauche. L'actrice et le metteur en scène débattent encore, le rappeur finit par parler de son grand-père tirailleur.

C'est la première critique d'une pièce que je fais sur ce blog. Il y a un début à tout, une nouvelle carrière s'offre à moi.
Malheureusement, plus j'y réfléchis, moins je pense avoir aimé cette pièce.
Il y a tout d'abord la question théâtrale : la pièce est mal construite, enchaînant des moments, qui peuvent parfois être individuellement réussis, sans grande cohérence. Que vient faire ici le rap, que vient faire l'histoire des tirailleurs ? Ce sont des exemples de moments honnêtement plutôt réussis, mais qui font partie d'un registre totalement différent du reste de la pièce. Finalement, ce que j'ai trouvé de plus intéressant, c'est la lecture du livre sur les images du film, mais regarder simplement un film m'aurait provoqué la même émotion. Le dispositif est intéressant, mais pas particulièrement théâtral.
Il y a ensuite la question politique, parce que c'est une pièce très politique. Le texte d'Éribond est très bien, ça donne vraiment envie de lire son livre ; le fait qu'il soit autobiographique lui donne une vraie profondeur, un sens et une sensibilité. Je me retrouve dans ce qu'il dit, ça me donne envie d'aller plus loin pour moi aussi interroger mon rapport à ma classe sociale d'origine.
Mais ce que rajoute Ostermeier est vraiment faible en comparaison. Les débats entre les personnages enchaînent des banalités et des lieux communs, ils n'apportent rien. L'histoire des pommes d'Adam et Ève, « le problème c'est le système et le capitalisme »... Certes, mais encore ? Ça manque de fond, c'est trop didactique et théorique pour avoir une réelle substance.
Et il faut revenir au rap et aux tirailleurs : je trouve ça vraiment gênant que le seul acteur noir ne soit là que pour rapper et parler de racisme. Il y a une essentialisation qui est pour le moins gênante. D'autant plus que la question des tirailleurs, intéressante en soi, n'a rien à voir avec le reste ; peut-être, quitte à intégrer la question raciale, que parler des « banlieues » et de l'abandon de la « gauche » (socialiste) de ces populations aurait eu plus de sens.
Au final, c'est une pièce qui m'a simplement donné envie de lire le livre d'Éribond, et c'est peut-être déjà ça. Mais c'est une pièce politique qui donne l'impression que son metteur en scène est complètement perdu dans notre monde, qu'il ne sait pas quoi penser de ce contexte politique, qu'il ne sait pas comment agir. Ce sont, finalement, encore des bourgeois blancs qui parlent des classes populaires sans les connaître.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #théâtre, #France

Publié le 21 Octobre 2019

C'est l'histoire d'un casse organisé par un parrain de la mafia qui tourne mal. Y a-t-il une taupe qui a dénoncé l'équipe aux flics ? Qui est encore en vie, qui est mort ?

C'est le film qui a rendu célèbre Tarantino, je ne l'avais pas vu. On y trouve déjà les éléments de son cinéma, le sens du rythme, de la structure et évidemment des dialogues.
Mais je crois que ce n'est plus vraiment mon truc, ces histoires de gangsters, ces films de mecs, je crois que ça ne parle plus vraiment, ce racisme mais c'est pour rigoler, cette masculinité toxique. Il y a plein de qualités dans ce film, mais ce n'est pas pour moi.

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