Publié le 11 Mai 2022

Ce film est un plan-séquence d'1h30, se baladant dans Paris, depuis le quartier du Louvre jusqu'aux Buttes Chaumont, en passant par plusieurs modes de transport : à pied, en courant, en vélo, en scooter, en métro… On passe d'un duo ou d'un trio de personnages à un autre, on les attrape au milieu de leurs conversations. En vrac, il y a le type qui fait du porno amateur, le mytho qui invente l'histoire de Belleville, la jeune artiste qui rêve de réinventer le noir, les ados qui volent à la tire, la mariée échappée de son mariage, le cycliste poète, l'humoriste qui se rêve danseur…

Il faut parler de la performance : 1h30 de film dans plein d'endroits, avec plein d'acteur·ices, c'est très impressionnant, et c'est réalisé sans accroc. Un truc de ouf.
Mais j'ai tellement été pris par le film que j'ai oublié la performance. J'ai été touché par tous ces personnages, intéressé par quasiment toutes leurs histoires (certaines un peu moins, forcément, c'est le jeu). Les acteur·ices sont formidables, quasiment que des inconnu·es (sauf François Rollin et Alice de Lencquesaing, que j'avais vue il y a fort longtemps dans le très beau Le Père de mes enfants) ; la photo est très belle.
C'est un film fantastique, qui m'a totalement enthousiasmé, plein d'énergie et de vie !

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Publié le 9 Mai 2022

Ce livre, que j'ai la flemme de vraiment résumer, dessine la vie de quatre générations de Scorta, famille habitant la terre hostile de Montepuccio, un village des Pouilles où la terre est aride et le soleil assommant. Née d'un voyou, cette famille qui semblait maudite s'incarne le mieux dans deux frères et une sœur, qui vont chacun frayer leur chemin.

Laurent Gaudé parvient bien à faire ressentir l'âpreté du paysage, des destins qui l'habitent, des personnages qui se battent. Avec un style précis, laconique et aride comme Montepuccio, il raconte les moments de tragédie, de grande peine, de joie aussi (les banquets). C'est un livre passionnant, qui reste peut-être un peu trop à distance de ses personnages – on est rarement ému – mais qui paradoxalement dresse une série de portraits de personnages forts et attachants.
Ma lecture est évidemment influencée par le fait que j'ai lu la version magnifiquement illustrée par Benjamin Bachelier, dont les dessins et peintures subliment le texte.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 3 Mai 2022

Les amis et collègues du professeur John Oldman s'incrustent chez lui alors qu'il s'apprêtait à tout plaquer pour partir vivre ailleurs. Au fil de la discussion, il décide de leur raconter la vérité : John Oldman est en fait âgé de 14 000 ans, par on ne sait quel miracle il ne vieillit jamais. La discussion sur cette idée se poursuivra toute la nuit.

C'est un film que faute de mieux on classera dans la SF ; c'est surtout une longue discussion métaphysique et philosophique sur les tenants et aboutissants de l'annonce de John, que certains semblent croire tandis que d'autres rejettent totalement cette idée. Ça peut paraître chiant résumé comme ça, mais en fait c'est passionnant, parce que très intelligemment écrit. On pense à certaines nouvelles d'Edgar Poe, ou à Borges bien évidemment (il est question de mémoire).
Par contre il faut bien avouer que niveau mise en scène et photographie, on est à un niveau téléfilm – la scène d'ouverture est particulièrement ratée. Ensuite, c'est mieux : c'est un huis clos de presque 1h30 avec 8 personnages dans un salon (un cauchemar à mettre en scène), et pourtant on ne s'ennuie pas.

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Publié le 2 Mai 2022

On vient chercher le policier Stres pour une affaire bien singulière. De la puissante et ancienne famille Vranaj, ne reste plus que la mère, ainsi que sa fille Doruntine, mariée il y a trois ans à un étranger dans un pays lointain. Un jour celle-ci débarque chez sa mère, affirmant que c'est son frère Konstantin qui l'a ramenée. Or celui-ci est mort y a quelques années, ainsi que tous ses frères, des suites d'une guerre récente. Devant cette impossibilité, les deux femmes sont tombées en état de choc, et sont à peu près incapables de parler.
Que s'est-il passé ? Quelqu'un s'est-il fait passer pour Konstantin ? Comment Doruntine ne l'a-t-elle pas reconnu ? Dit-elle la vérité ?

C'est un livre passionnant, en forme de roman policier, qui se dévore en quelques heures. Situé dans un temps de contes de fées1, il suit les méandres des réflexions de Stres, personnage énigmatique par moments désagréable mais malgré tout attachant.
J'imagine qu'Ismail Kadaré se sert de ce récit pour dire des choses sur l'Albanie contemporaine, mais j'avoue que mon inculture m'empêche de bien les saisir.

1. Après quelques recherches, je découvre que l'histoire de Doruntine et Konstantin est un conte traditionnel albanais, ce qui rend logique cette impression (je crois que j'aurais bien aimé le savoir avant de lire le livre).

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature

Publié le 25 Avril 2022

C'est un essai passionnant, un exemple de militantisme à la première personne : Alice Coffin s'appuie sur son expérience pour tirer le fil de combats contre le patriarcat ou l'homophobie, pour l'égalité et la liberté. C'est un livre qui donne envie d'aller prendre un café avec Alice Coffin, de foutre le feu aux institutions, de guillotiner quelques têtes qui dépassent, de passer du temps à lire, à discuter, à aimer.
Je recopie le chapitrage ci-dessus, qui donne une idée des thèmes traités.

* * *

1. Androphobie
Une lesbienne à l’Élysée

2. Instantanés de la grande scène patriarcale, La Barbe !
Compétents ou compatibles ? / L'homme et l'artiste ou l'homme est l'artiste ? / Arts et standards / La molle farandole / Cottes de maille féministe

3. Journalistes, vous avez un cul !
Neutralité, objectivité, virilité / Salles de rédaction, salles blanches et salles stériles / « La neutralité n'est pas option pour couvrir Trump » / Journalitantisme / Accountability

4. La placardologie française
Ces stars françaises qui refusent de faire leur coming out / « Les médias sont l'industrie chargée de verrouiller les portes du placard » / Role models / Communautés, au placard ! / Spectaculariser la vie privée / La faiblesse militante / Alcoolique non anonyme / Stand up, come out!

5. Lesbiennes d'intérêt général
The L Word / Les meilleures militantes du monde / La menace lesbienne / Qui a peur de la PMA ? / Le corps lesbien / Butchs / Gouines Théorie / Le Pulp / Un gazon à soi

6. La guerre des hommes
Le sacrilège du « les » / Quand on accusé une féministe d'exagérer / Dominique, Bertrand, Denis, Roman, Luc et les autres / Les pervers pépères du cinéma / Pour en finir avec l'androbsession

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Publié le 20 Avril 2022

Un vieux monsieur raconte pourquoi il est bouleversé par un film avec Fred Astaire et Ginger Rodgers (Le Danseur du dessus, 1935).
Bien plus jeune, en 1935, incarné par Tom Hanks, il est gardien des prisons des condamnés à mort. C'est quelqu'un de droit, que tout le monde aime et respecte, et sa prison est particulièrement calme. Il n’y a que Percy, un jeune gardien fils à maman qui joue les gros durs, pour mettre le bazar
Un jour on amène John Coffey (Michael Clarke Duncan), un Noir-Américain immense accusé d'avoir tué deux jeunes filles.

C'est un film assez long, construit comme une série : les histoires avec différents détenus sont construites comme des épisodes, il y a des sous-intrigues, des personnages secondaires qu'on prend le temps de développer. La longueur du film (3h08) participe évidemment à cette impression. Et ce n'est pas surprenant, parce que c'est une adaptation d'un roman-feuilleton de Stephen King en six épisodes.
C'est habilement filmé, la photo est belle, les acteurs sont très bien (ça manque de femmes quand même, mais le sujet ne s'y prête pas). Tom Hanks y incarne un inévitable good guy qu'on est toujours heureux de voir.
Si le film est très réussi, soulignons qu'il est quand même dommage que le personnage de Percy soit aussi caricatural.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 27 Mars 2022

Dans ce film où les acteurs jouent leur propre rôle, tout commence dans un restaurant. Jean-Pierre Marielle commande un pot d'eau chaude pour diluer son café, mais personne ne l'entend : un acteur qu'on écoute plus, c'est un acteur fini. André Dussolier et Jacques Villeret, qui accompagnent Marielle, partent dans une sorte de quête pour à la fois aider et surveiller Marielle.

C'est un film absurde, sans queue ni tête, et c'est pensé comme ça. On y croise un bon paquet de (déjà) vieux acteurs français, au point qu'aujourd'hui beaucoup sont morts. Outre ceux déjà mentionnés, on peut citer Arditi, Bemondo, Piccoli, Claude Rich, Michel Serrault, Galabru, Brialy, Claude Brasseur, Delon, Depardieu… Jean Yanne joue un médecin, Albert Dupontel une sorte de nazi : c'est difficile de ne pas voir l'acteur derrière le rôle dans cette situation, c'est un peu étrange. Tout ça est d'ailleurs très masculin, peut-être même masculiniste (Josiane Balasko qui joue André Dussolier).
Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand chose du film lui-même : c'était long et très bavard. C'est parfois un peu drôle, mais cette drôlerie est diluée dans des scènes dont on ne voit pas le bout. Blier se regarde écrire, se regarde dialoguer, c'est parfois brillant mais ça tombe souvent à plat ; c'est très théâtral, mais d'un théâtre un peu ringard.
Dans l'absurdité des situation, dans leur étrangeté qui confine parfois au malaise, il y a quelque chose de Quentin Dupieux dans ce film. Mais ce dernier, à mon avis, parvient à être sur le fil, et il a l'élégance de ne pas faire des films trop longs.

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