Publié le 5 Décembre 2022

Plusieurs livres s'entremêlent dans Souvenirs de l'avenir. Siri Hustvedt (Tout ce que j'aimais, 2003) retrouve le journal qu'elle a tenu en 1979, alors que l'aspirante écrivaine prend une pause dans ses études pour écrire son premier roman. Et quel meilleur endroit pour écrire, pour une jeune femme à peine sortie du Minnesota, avide de lectures et d'une érudition déjà impressionnante, que New York ? Qu'importe si elle n'y connait personne.
Rapidement, elle développe une fascination obsessionnelle pour sa voisine Lucy, dont elle entend tous les monologues à travers les murs. Que lui est-il arrivé ? Une fille morte, un mari abusif ? S. H. essaye de dénouer ces fils.
En même temps, elle peine à écrire le roman de deux adolescents qui se prennent pour Sherlock Holmes, à la recherche de ce qui est arrivée à une adolescente dont le fantôme hanterait la bourgade.
Dans ces pages flotte aussi le fantôme de la baronne Elsa von Freitag-Loringhoven, poétesse et artiste dadaïste qui passionne S. H.,
Par-dessus tout ça, la Siri Hustvedt de 2019 commente ce passé, raconte sa mère malade et mourante, et s'interroge sur le sens des souvenirs et le temps qui passe.

C'est un roman autobiographique savamment construit, avec suffisamment de tension dramatique pour qu'il tienne en haleine – j'ai parfois eu du mal à croire à la réalité de ce récit, tellement parfois ça parait invraisemblable. J'ai l'impression qu'il est arrivé plus de choses à S. H. en un an qu'à moi en une vie…
J'avoue avoir parfois survolé les passages reprenant le roman qu'écrit S. H. en 1979 : c'est parfois un peu long. J'en comprends la valeur documentaire, mais ça n'a pas réussi à m'intéresser suffisamment. Ça n'a pas suffit à gâcher ce formidable roman, à la frontière entre le roman d'apprentissage, la leçon d'histoire de l'art, l'autobiographie et la fable féministe…

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Publié le 2 Décembre 2022

Alors qu'il s'est fait péter la gueule par un plus grand que lui, Huo Yuanjia jure de d'être plus jamais défait, et de devenir le plus grand champion de sa région. Devenu adulte, il gagne un par un tous les combats possibles, mais sa soif de renommée l'emmène sur le mauvais chemin, et il finit par tout perdre. Après quelque temps d'errance, il se retrouve dans un village de montagne, où il réapprend à vivre.

C'est un bon film, avec de bonnes bagarres plutôt bien filmées, ce qui est après tout ce qu'on demande avant tout à un film de kung fu avec Jet Li. Tout de même, les meilleures scènes sont au début du film ; celles de la fin sont moins bien filmées (peut-être à cause d'acteurs occidentaux qui ne sont pas aussi doués ?), mais c'est compensé par le fait qu'il y a plus d'enjeu dramatique. Les acteur·ices sont très bien, la photo très belle.
Huo Yuanjia, qui a réellement existé, est un personnage devenu mythique, qui rappelle la figure de Wong Fei-hung (déjà incarné par, tiens tiens, Jet Li dans les Il était une fois en chine 1, 2 et 3). Ici son histoire est largement romancée, mais en même temps comme il semble qu'on sache très peu de choses sur lui, ça laisse la place pour inventer. Le récit est assez classique, on y trouve tous les indispensables d'un film de kung fu : sens des arts martiaux, arrogance et désir de vengeance, Chine en situation coloniale, voie de la sagesse… L'originalité vient sans doute du fait que c'est le personnage principal qui, au début, est l'antagoniste du film – avant d'en devenir le héro, bien sûr.

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Publié le 1 Décembre 2022

Entre 1975 et 1981, Miles Davis (Don Cheadle) a arrêté de jouer. Tout le monde s'interroge : quand fera-t-il son come-back ? Un journaliste (Ewan McGregor) cherche à l'interviewer, qui n'est pas reçu avec amabilité, jusqu'à ce que Miles lui demande de l'aider à récupérer une bande qu'il a enregistrée récemment, et qu'il ne veut pas voir entre de mauvaises mains…

Il me semble que la course-poursuite à la recherche de la bande, qui structure le récit, est inventée pour le film, mais c'est un élément qui marche et a du sens.
C'est un film plutôt habile et malin dans sa construction. Don Cheadle intercale des flash-backs dans son récit, qui permettent de donner une épaisseur à son personnage. Il se concentre beaucoup sur l'histoire entre Frances Taylor (Emayatzy Corinealdi) et Miles, sans chercher à cacher ce que Miles lui a fait à elle et à sa carrière.
C'est sans doute une des difficultés, et un des enjeux, du film : s'il était un génie musical, Miles Davis était aussi un sale type, avec les femmes de sa vie mais pas que. Comment aborder ce personnage, comment l'incarner, comment permettre au spectateur de s'identifier sans l'édulcorer, sans mettre sous le tapis ses défauts ? Je trouve que Don Cheadle ne triche pas, et qu'il montre Miles avec ses qualités mais aussi avec ses défauts.

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Publié le 1 Décembre 2022

Voilà un livre au titre intimidant, que j'ai en plus trouvé dans une édition pas vraiment appétissante… Et pourtant il n'y a là rien de très difficile à lire : c'est un livre d'histoire sur les femmes noires aux États-Unis. Si le mot « intersectionnalité » est inventé en 1989 par Kimberlé Crenshaw, la notion est déjà présente dans toutes les pages de ce livre : le racisme, le sexisme et la lutte des classes sont les trois portes d'entrées du livre, qu'Angela Davis associe, entremêle, démêle et analyse au fil des siècles, dans diverses situation. C'est passionnant à lire.

* * *

Comme souvent, mon résumé est très parcellaire : il manquera plein d'éléments, j'ai surtout noté les points qui m'ont semblé les plus intéressants à la lecture.

I. L'héritage de l'esclavage : éléments pour une autre approche de la condition de femme
Les familles d'esclaves étaient-elles matriarcales, à cause de la reconnaissance de la maternité des esclaves par les maîtres ? Angela Davis réfute cette thèse répandue : on observe plutôt une forme d'égalité entre hommes et femmes. Les femmes en lutte et en résistance.

II. Le mouvement antiesclavagiste et la naissance des droits des femmes
L'industrialisation a déplacé tout le travail qui incombait aux femmes blanches (bourgeoises), depuis réduites à n'être que mères et épouses. Révoltes d'ouvrières et de bourgeoises qui se comparent à des esclaves (dans le travail et dans le mariage), ce qui les rend par rebond sensibles à la cause antiesclavagiste. Les deux luttes (antiesclavagiste et féministe), se rejoignent.

III. Les questions de race et de classe au début du mouvement pour les droits des femmes
Sojourner Truth :

« J'ai labouré, planté, engrangé, et nul homme ne m'a surpassée ! Ne suis-je pas une femme ? J'ai travaillé et mangé autant qu'un homme – quand je le pouvais – et j'ai même supporté le fouet ! Ne suis-je pas une femme ? J'ai mis treize enfants au monde et presque tous ont été vendus en esclavage. Et quand j'ai hurlé ma douleur de mère, Dieu seul m'a entendue ! Ne suis-je pas une femme ? » (p. 64).

L'articulation des luttes (esclavagisme, classe, race, genre) n'est pas perçue par les femmes blanches bourgeoises qui luttent contre l'esclavagisme.

IV. Le racisme dans le mouvement pour le vote des femmes
Des femmes blanches refusent qu'on accorde des droits (vote) aux hommes noirs si elles-mêmes n'en bénéficient pas.

V. Les femmes noires et la fin de l'esclavage
L'esclavage ne suffit pas à améliorer la condition des femmes noires, souvent réduites aux mêmes tâches, voire sans moyen de subsistance (loyers exorbitant…) Il est possible de « louer » des prisonniers pour les faire travailler : les prisons, bagnes et cie. débordent de Noir.es, main d'œuvre pas chère et corvéable. Les propriétaires d'esclaves faisaient attention à la vie de leurs biens, ils n'ont plus à se poser cette question. Être employée en tant que domestique. Un angle mort des féministes de la fin du XIXe siècle.

VI. Du côté des femmes noires : éducation et libération
L'importance de l'éducation, le désir des esclaves de s'instruire.

VII. Le vote des femmes au début du siècle : la montée du racisme.
Le mouvement pour le vote des femmes exclut les Noires dans les états du Sud. Le vote des femmes conçu comme une solution au « problème noir » (les hommes noirs ont le droit de vote). Racisme échevelé (période des lynchages). Le mouvement pour le vote des femmes est activement aveugle envers la question du racisme.

VIII. Les femmes noires et le mouvement des clubs

IX. Ouvrières, femmes noires et histoire du mouvement pour le droit de vote
Les syndicats sont majoritairement masculins, sauf les syndicats de travailleur·ses noir·es qui refusent de commettre « les erreurs de leurs concitoyens blancs en laissant les femmes de côté » (p. 150).
Pour les femmes blanches, « le vote était la clé de l'émancipation des femmes, et le sexisme représentait une forme d'oppression plus importante que les inégalités de classes et le racisme » (p. 154). Les femmes noires se lancent dans la lutte pour le droit de vote parce que cela leur permettra de défendre leurs droits.

X. Les femmes communistes
Petit à petit, socialistes et communistes intègrent les luttes pour les droits des femmes et des Noirs. « Lucy Parsons est une des rares Noires dont le nom apparaisse de temps en temps dans l'histoire du mouvement ouvrier américain » (p. 166). Angela Davis cite d'autres femmes : Ella Reeve Bloor, Anita Whitney, Elisabeth Gurley Fynn, Claudia Jones.

XI. Le viol, le racisme et le mythe du violeur noir
Les Blancs violent impunément les femmes noires ; leur attitude à l'égard des femmes blanches ne peut qu'en être modifiée. « Voilà un des nombreux exemples où le sexisme se nourrit du racisme, faisant indirectement des Blanches les victimes d'une forme d'oppression spécifique réservée à leurs sœurs de couleur » (p. 190)
Le racisme envers les hommes noirs infuse les premières études féministes sur le viol. Le viol est utilisé à posteriori pour justifier les lynchages.

XII. Racisme, contrôle des naissances et libre maternité.
Au début des années 1970 : légalisation de l'avortement, lutte essentiellement menée par des femmes blanches. La lutte pour la « maternité désirée », notamment contre la soumission sexuelle des femmes à leur époux. Ces combats concernent surtout les classes bourgeoises.
À la fin du XIXe s, les femmes blanches commencent à avoir moins d'enfants : on parle de « suicide de la race » (Roosevelt).
Le contrôle des naissances, vu comme un droit pour la bourgeoisie, et comme un devoir pour la classe ouvrière (malthusianisme). Dans les années 1930, des lois de stérilisation obligatoire sont votées. Les femmes noires (et aussi indiennes et racisées en général) sont les principales victimes.

XIII. Du côté de la classe ouvrière : vers le déclin du travail domestique
L'invention du travail domestique après qu'on eut industrialisé la fabrication du savon, des meubles, des laveries… Invention de taches nouvelles : faire les lits, le ménage tous les jours…
Les femmes noires (et les ouvrières en général) qui s'occupent de la maison, de la nourriture, des enfants, qui travaillent dans des conditions bien pire que celles des hommes.
Angela Davis plaide pour une industrialisation et une communautarisation du travail domestique : des gens bien payés s'en chargeraient (libérant les femmes de ce fardeau). Payer le travail domestique (critiquable). Conditions des femmes de ménage.

Lorsque les femmes au foyer auront réussi à imposer leur droit à un salaire, elles pourront réclamer des salaires plus élevés et forceront ainsi les capitalistes à industrialiser le travail domestique. S'agit-il donc d'une stratégie de libération concrète, ou d'un rêve irréalisable ? (p. 259)

Un salaire rendrait le travail domestique encore plus obligatoire et exigeant.

L'abolition du travail domestique en tant que responsabilité individuelle de chaque femme est un but stratégique du mouvement des femmes. Cependant, la socialisation du travail domestique – qui touche également la préparation des repas et la garde des enfants – passe par la suppression du règne du profit économique. En fait, les seuls efforts d'abolition de l'esclavage domestique ont été accomplis par les pays vivant actuellement sous le régime socialiste. Les femmes actives sont donc particulièrement concernées par le combat du socialisme. En outre, les campagnes en faveur des conditions égalitaires de travail entre les sexes, assorties d'une demande de prise en charge des enfants, représentent une menace révolutionnaire pour le capitalisme. Cette stratégie remet en cause la validité du capitalisme de monopole et tracera le chemin du socialisme. (p. 263, c'est le dernier paragraphe du livre, dans le seul chapitre où Angela Davis ne se contente pas de décrire le monde, mais de faire des préconisations et d'appeler à des changements et actions – dont on peut évidemment discuter…)

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Publié le 21 Novembre 2022

Une femme accueille dans sa demeure à l'anglaise son neveu, malade du cœur. Sous la maison vit une famille de  « Chapardeurs », des gens grands comme des souris qui piquent de la nourriture chez les humains. Mais garde à eux : il ne faut surtout pas que les humains les voient !

Rien d'étonnant pour le studio Ghibli : c'est très beau, l'animation est très belle, ça fourmille de petites idées graphiques (le travail sur l'échelle, sur les décors et l'ameublement). L'histoire est simple et tendre, on est plus proche de Totoro que de Princesse Mononoké, mais cette simplicité a du bon.
(Hiromasa Yonebayashi est également le réalisateur du très bien et plus récent Mary et la Fleur de la sorcière)

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Publié le 21 Novembre 2022

Panoramix est tombé de l'arbre sur lequel il était juché pour récolter des ingrédients pour sa potion : c'est le signe qu'il est temps pour lui de trouver un héritier.

C'est un film sympathique, un peu amusant sans être à se tordre de rire : c'est un bon Astérix, mais pas un film inoubliable. Le récit est bien mené, qui soulève quelques points intéressants, en particulier : pourquoi Panoramix ne donne-t-il pas le secret de la potion aux autres Gaulois, ce qui permettrait de repousser toutes les légion de César ? On ne le saura jamais, mais c'est une bonne question !

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Publié le 18 Novembre 2022

Le braquage s'est déroulé comme prévu, le butin est constitué de beaux diamants. Mais comme tout le monde essaye de doubler les autres, le plan va être plus compliqué. Wanda (Jamie Lee Curtis), en couple avec Otto West (Kevin Kline), un américain bête comme ses pieds, prétend être amoureuse de George Thomasson (Tom Georgeson) pour le manipuler. Quand George se retrouve en prison, elle se met en mission d'approcher Archibald Leach (John Cleese), l'avocat de George.

Le film met un peu de temps à démarrer ; au début il ressemble à un film de gangster assez banal voire cliché. C'est quand l'avocat joué par John Cleese entre en scène qu'il devient une comédie loufoque, absurde et très drôle – ce n'est pas un hasard si on trouve au casting deux éminents anciens Monty Python, et Cleese étant coscénariste du film avec le réalisateur.

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