Voilà un livre au titre intimidant, que j'ai en plus trouvé dans une édition pas vraiment appétissante… Et pourtant il n'y a là rien de très difficile à lire : c'est un livre d'histoire sur les femmes noires aux États-Unis. Si le mot « intersectionnalité » est inventé en 1989 par Kimberlé Crenshaw, la notion est déjà présente dans toutes les pages de ce livre : le racisme, le sexisme et la lutte des classes sont les trois portes d'entrées du livre, qu'Angela Davis associe, entremêle, démêle et analyse au fil des siècles, dans diverses situation. C'est passionnant à lire.
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Comme souvent, mon résumé est très parcellaire : il manquera plein d'éléments, j'ai surtout noté les points qui m'ont semblé les plus intéressants à la lecture.
I. L'héritage de l'esclavage : éléments pour une autre approche de la condition de femme
Les familles d'esclaves étaient-elles matriarcales, à cause de la reconnaissance de la maternité des esclaves par les maîtres ? Angela Davis réfute cette thèse répandue : on observe plutôt une forme d'égalité entre hommes et femmes. Les femmes en lutte et en résistance.
II. Le mouvement antiesclavagiste et la naissance des droits des femmes
L'industrialisation a déplacé tout le travail qui incombait aux femmes blanches (bourgeoises), depuis réduites à n'être que mères et épouses. Révoltes d'ouvrières et de bourgeoises qui se comparent à des esclaves (dans le travail et dans le mariage), ce qui les rend par rebond sensibles à la cause antiesclavagiste. Les deux luttes (antiesclavagiste et féministe), se rejoignent.
III. Les questions de race et de classe au début du mouvement pour les droits des femmes
Sojourner Truth :
« J'ai labouré, planté, engrangé, et nul homme ne m'a surpassée ! Ne suis-je pas une femme ? J'ai travaillé et mangé autant qu'un homme – quand je le pouvais – et j'ai même supporté le fouet ! Ne suis-je pas une femme ? J'ai mis treize enfants au monde et presque tous ont été vendus en esclavage. Et quand j'ai hurlé ma douleur de mère, Dieu seul m'a entendue ! Ne suis-je pas une femme ? » (p. 64).
L'articulation des luttes (esclavagisme, classe, race, genre) n'est pas perçue par les femmes blanches bourgeoises qui luttent contre l'esclavagisme.
IV. Le racisme dans le mouvement pour le vote des femmes
Des femmes blanches refusent qu'on accorde des droits (vote) aux hommes noirs si elles-mêmes n'en bénéficient pas.
V. Les femmes noires et la fin de l'esclavage
L'esclavage ne suffit pas à améliorer la condition des femmes noires, souvent réduites aux mêmes tâches, voire sans moyen de subsistance (loyers exorbitant…) Il est possible de « louer » des prisonniers pour les faire travailler : les prisons, bagnes et cie. débordent de Noir.es, main d'œuvre pas chère et corvéable. Les propriétaires d'esclaves faisaient attention à la vie de leurs biens, ils n'ont plus à se poser cette question. Être employée en tant que domestique. Un angle mort des féministes de la fin du XIXe siècle.
VI. Du côté des femmes noires : éducation et libération
L'importance de l'éducation, le désir des esclaves de s'instruire.
VII. Le vote des femmes au début du siècle : la montée du racisme.
Le mouvement pour le vote des femmes exclut les Noires dans les états du Sud. Le vote des femmes conçu comme une solution au « problème noir » (les hommes noirs ont le droit de vote). Racisme échevelé (période des lynchages). Le mouvement pour le vote des femmes est activement aveugle envers la question du racisme.
VIII. Les femmes noires et le mouvement des clubs
IX. Ouvrières, femmes noires et histoire du mouvement pour le droit de vote
Les syndicats sont majoritairement masculins, sauf les syndicats de travailleur·ses noir·es qui refusent de commettre « les erreurs de leurs concitoyens blancs en laissant les femmes de côté » (p. 150).
Pour les femmes blanches, « le vote était la clé de l'émancipation des femmes, et le sexisme représentait une forme d'oppression plus importante que les inégalités de classes et le racisme » (p. 154). Les femmes noires se lancent dans la lutte pour le droit de vote parce que cela leur permettra de défendre leurs droits.
X. Les femmes communistes
Petit à petit, socialistes et communistes intègrent les luttes pour les droits des femmes et des Noirs. « Lucy Parsons est une des rares Noires dont le nom apparaisse de temps en temps dans l'histoire du mouvement ouvrier américain » (p. 166). Angela Davis cite d'autres femmes : Ella Reeve Bloor, Anita Whitney, Elisabeth Gurley Fynn, Claudia Jones.
XI. Le viol, le racisme et le mythe du violeur noir
Les Blancs violent impunément les femmes noires ; leur attitude à l'égard des femmes blanches ne peut qu'en être modifiée. « Voilà un des nombreux exemples où le sexisme se nourrit du racisme, faisant indirectement des Blanches les victimes d'une forme d'oppression spécifique réservée à leurs sœurs de couleur » (p. 190)
Le racisme envers les hommes noirs infuse les premières études féministes sur le viol. Le viol est utilisé à posteriori pour justifier les lynchages.
XII. Racisme, contrôle des naissances et libre maternité.
Au début des années 1970 : légalisation de l'avortement, lutte essentiellement menée par des femmes blanches. La lutte pour la « maternité désirée », notamment contre la soumission sexuelle des femmes à leur époux. Ces combats concernent surtout les classes bourgeoises.
À la fin du XIXe s, les femmes blanches commencent à avoir moins d'enfants : on parle de « suicide de la race » (Roosevelt).
Le contrôle des naissances, vu comme un droit pour la bourgeoisie, et comme un devoir pour la classe ouvrière (malthusianisme). Dans les années 1930, des lois de stérilisation obligatoire sont votées. Les femmes noires (et aussi indiennes et racisées en général) sont les principales victimes.
XIII. Du côté de la classe ouvrière : vers le déclin du travail domestique
L'invention du travail domestique après qu'on eut industrialisé la fabrication du savon, des meubles, des laveries… Invention de taches nouvelles : faire les lits, le ménage tous les jours…
Les femmes noires (et les ouvrières en général) qui s'occupent de la maison, de la nourriture, des enfants, qui travaillent dans des conditions bien pire que celles des hommes.
Angela Davis plaide pour une industrialisation et une communautarisation du travail domestique : des gens bien payés s'en chargeraient (libérant les femmes de ce fardeau). Payer le travail domestique (critiquable). Conditions des femmes de ménage.
Lorsque les femmes au foyer auront réussi à imposer leur droit à un salaire, elles pourront réclamer des salaires plus élevés et forceront ainsi les capitalistes à industrialiser le travail domestique. S'agit-il donc d'une stratégie de libération concrète, ou d'un rêve irréalisable ? (p. 259)
Un salaire rendrait le travail domestique encore plus obligatoire et exigeant.
L'abolition du travail domestique en tant que responsabilité individuelle de chaque femme est un but stratégique du mouvement des femmes. Cependant, la socialisation du travail domestique – qui touche également la préparation des repas et la garde des enfants – passe par la suppression du règne du profit économique. En fait, les seuls efforts d'abolition de l'esclavage domestique ont été accomplis par les pays vivant actuellement sous le régime socialiste. Les femmes actives sont donc particulièrement concernées par le combat du socialisme. En outre, les campagnes en faveur des conditions égalitaires de travail entre les sexes, assorties d'une demande de prise en charge des enfants, représentent une menace révolutionnaire pour le capitalisme. Cette stratégie remet en cause la validité du capitalisme de monopole et tracera le chemin du socialisme. (p. 263, c'est le dernier paragraphe du livre, dans le seul chapitre où Angela Davis ne se contente pas de décrire le monde, mais de faire des préconisations et d'appeler à des changements et actions – dont on peut évidemment discuter…)