Un type dont on se moque un peu loue une grosse baraque isolée dans un coin hostile de l'Angleterre victorienne. Il rencontre les propriétaires, et est intrigué par leur histoire : la femme de chambre Nelly Dean lui raconte le récit de deux familles, les Earnshaw et les Linton, dont le destin est détruit par Heathcliff, un jeune bohémien adopté par Mr. Earnshaw.
Il faut dire que j'ai du mal avec la langue un peu lourde du XIXe siècle, ce qui doit en partie expliquer pourquoi ce roman m'a un peu ennuyé. Mais il n'y a pas que ça : j'ai eu du mal à vraiment vibrer aux histoires de ces aristocrates anglais qui passent beaucoup de temps à se détester et à élaborer des plans pour nuire les uns aux autres. Les sentiments sont extrêmes, l'amour et la haine déchirent les personnages, mais il y a beaucoup trop de masculinité toxique dans tout ça pour que je puisse avoir de l'empathie.
La construction du roman est amusante, les récits s'enchâssant les uns dans les autres, au risque de perdre le lecteur (ça m'est arrivé quelque fois), mais il n'y a rien d'assez original pour maintenir mon intérêt longtemps.
Un inventeur-bricoleur que personne ne prend au sérieux travaille sur une machine à rétrécir. Par accident, la machine se met en route et atteint ses deux enfants Amy et Nick, ainsi que ceux des voisins avec qui ils ne s'entendent pas, Ron et Russ. Les quatre enfants entament un long périple, principalement dans le jardin, pour retrouver leur taille normale.
C'est une idée rigolote, avec des effets spéciaux rigolos et des aventures rigolotes.
Tout ce côté rigolo est gâché par un manque total de travail sur les personnages, tous caricaturaux (à part le plus jeune, Nick, que je trouve vraiment attachant). Ça crie, ça se gueule dessus, ça passe son temps à s'insulter… C'est très gueulard, pas du tout subtil, et c'est bien dommage parce que comme je disais, l'idée de base est bien trouvée, il aurait vraiment suffit de pas grand chose (un bon scénariste) pour que ce soit un bon film.
Voilà, ça y est, j'ai fini l'impressionnante trilogie de Liu Cixin ! (Le Problème à trois Corps, La Forêt sombre). Je l'avoue, le premier sentiment qui domine est celui de la libération. Pas loin de 2000 pages, quand même, ça a beau être formidable, c'est un défi.
C'est une saga très impressionnante par son ampleur, sa profondeur, sa complexité, sa richesse. C'est si vertigineux qu'on peine à imaginer que c'est l'œuvre d'un seul être humain. S'il y a peut-être quelques longueurs, le récit est très bien mené, Cixin trouvant toujours une nouvelle péripétie pour relancer l'intérêt. Tout le discours sur les dimensions est absolument passionnant.
Ce dernier volume est porté par Chen Xin, un personnage féminin vraiment réussi, ce qui est une nouveauté. Cela n'empêche pas ici ou là quelques remarques sexistes dont on aurait bien aimé se passer ; ni que les personnages qui font le plus avancer le récit soient des hommes – Chen Xin est beaucoup ballottée dans le courant des évènements.
* * *
Comme d'habitude, quelques notes qui feront office de résumé.
Yun Tianming, atteint d'un cancer en phase terminale, offre une étoile (dans le cadre d'un programme de l'ONU pour collecter des fonds) à Chen Xin, une ancienne camarade de classe.
Chen Xin travaille à l'ARP (agence de renseignement stratégique planétaire) sous les ordres du bienveillant Mikhail Vadimov, lui-même sous les ordres du terrifiant Thomas Wade. Le cerveau de Yun Tianming est envoyé dans l'espace à la rencontre de Trisolaris. À la suite d'une erreur, il flotte dans l'espace pour l'éternité.
L'ère de la dissuasion
Le vaisseau l'Âge de Bronze est jugé pour crime contre l'humanité.
Chen Xin, hibernaute, est la seule humaine à posséder une étoile. Luo Ji est le porte-épée, celui qui peut déclencher la dissuasion, c'est-à-dire envoyer les coordonnées de Trisolaris dans la Forêt sombre, donnant dans le même temps celles de la Terre. Chen Xin est désignée pour lui succéder. Aussitôt qu'elle prend sa nouvelle fonction, Trisolaris lance une attaque (gouttelettes) : elle refuse d'avoir recours à la dissuasion et d'avoir la mort de deux mondes sur la conscience. La dissuasion est détruite. Trisolaris envoie de nouveaux vaisseaux à la vitesse de la lumière (!) qui seront là dans 4 ans : ils ont gagné la guerre.
Trisolaris propose un marché : ils laissent l'Australie aux humains, pendant qu'eux occupent le reste de la Terre. Une grande et cauchemardesque migration commence.
Le Gravité et l'Espace Bleu ont survécu miraculeusement à l'attaque des gouttelettes, détruites en passant par la 4e dimension, qui peut donner un avantage inouï sur les Trisolariens. Ils votent pour mettre en route la dissuasion : le message de mort est diffusé sous forme d'ondes gravitationnelles. Les humains ont gagné la guerre.
La vie recommence comme si de rien n'était sur Terre. On doute même de la théorie de la forêt sombre, jusqu'à la destruction du système de Trisolaris…
Chen Xin est invitée à parler à Yun Tianming, qui n'est pas mort et qui est chez Trisolaris. Il lui raconte des contes, ambigus, avec des gens capturés dans des peintures, des créatures effrayantes, des lois de la perspective faussées, des rois et des princesses, qu'on devine contenir des messages cachés permettant la survie de la Terre et des humains.
Leur déchiffrage est compliqué, mais plusieurs pistes de survie sont envisagées. Le projet Bunkers consiste à construire des cités spatiales autour des géantes gazeuses, assez loin du soleil, ce qui permettrait de survivre à son explosion. Il est aussi possible de faire du système solaire un « champ noir », une sorte de trou noir à vitesse de la lumière réduite, dont rien ne peut sortir. Le système solaire devient alors invisible, coupé du reste de l'univers (rien ne peut en sortir), ce qui implique de nécessairement retourner à un monde de basse technologie. La dernière piste est de développer des vaisseaux voyageant à la vitesse de la lumière qui permettraient de s'enfuir, ce qui entraineraient une errance sans fin dans l'univers.
Parce qu'une guerre menace, Chen Xin arrête le développement des vaisseaux à vitesse luminique. Des bunkers sont construits, la vie y semble paisible.
Mais un « post it » est envoyé, qui transforme tout le système solaire en deux dimensions. La vitesse de libération est celle de la lumière… Il est donc impossible de s'enfuir ; la solution était de construire des vaisseaux à vitesse luminique, des indices se trouvaient dans les contes de Yun Tianming.
Chen Xin est chargée d'aller sur Pluton, où se trouve le Tombeau de l'humanité, pour trouver des artefacts de valeur – on y retrouve Luo Ji. Elle s'embarque dans le seul vaisseau à vitesse luminique du système terrien, cadeau de Wade et Luo Ji.
Quittant le système solaire en train de mourir, elle se rend sur son étoile, et y trouve une planète terraformée. Elle trouve Guan Yifan, qui lui explique : l'univers est un champ de bataille permanent, les dimensions sont sans cesse repliées et détruites. C'était probablement un endroit très différent à son début, à de nombreuses dimensions, qui se dirige inéluctablement vers une deux-dimensionnalisation, voire un-dimensionnalisation.
Chen Xin se retrouve avec Guan Yifan enfermée dans un champ noir. Elle en sort en découvrant une porte vers un autre univers, un tout petit construit par Yun Tianming (décidément très généreux), grâce la technologie trisolarienne. De nombreux univers-bulles comme celui-ci existent, qui permettent de vivre tranquillement en attendant le « big crunch » et le reboot de l'univers. Ils sont contraints d'en sortir pour rendre à l'univers la masse manquante qui permettra ce big crunch.
Sam Bell (Sam Rockwell) est le seul employé d'une base lunaire, chargé de collecter de l'hélium qui pourra servir de carburant sur Terre. Il est accompagné de GERTY, une copie ratée de HAL de 2001. Ça fait trois ans que Sam est seul sur la base, le temps est long.
Alors qu'il fait une sortie pour collecter l'hélium, il a une hallucination, et paf, accident. Quand il se réveille, est-il toujours le même ?
C'était vraiment pas terrible. Le début est un peu laborieux, l'intérêt se réveille quand ils sont deux Sam Bell dans la station, et qu'il est question de clones. Pour autant, le film est long et laborieux, souvent confus. On ne voit pas trop où on veut en venir, on passe plus de temps à essayer de comprendre le comment du pourquoi qu'à être surpris par ce qui se passe. Et il y a beaucoup trop d'éléments complètement idiots (pourquoi l'IA est-elle si nulle ? Pourquoi juste un type sur la station ? Pourquoi pas tout automatiser ? Pourquoi des clones ?) pour que ce soit un film à recommander.
Pour faire face à la surpopulation, une politique stricte de l'enfant unique est mise en place. Il y a pourtant quelques failles dans la raquette : des sextuplés naissent, élevées en cachette par leur grand-père (Willem Dafoe). Elles se cachent sous le nom de Karen Settman, rôle pris à tour de rôle par chacune des sept sœurs, autant que de jours de la semaine (Noomi Rapace joue les sept rôles). La disparition de Lundi va bousculer leur vie.
C'est un film au pitch intrigant, qui se révèle plutôt convenu et un peu décevant. Ce n'est pas un film désagréable, les acteurs et actrices sont très bien, la réalisation efficace, les effets spéciaux très réussis.
Le principal problème, pour moi, c'est que les personnages manquent d'épaisseur et de profondeur, à commencer par les sept sœurs. Elles ne se distinguent que par leur look, et ne donnent pas l'impression d'être des personnages à proprement parler. Ce schématisme se retrouve sur les autres personnages : les méchants sont très méchants, les gentils sont gentils, il n'y a pas de personnage secondaire. Et dans le même ordre d'idée, le récit, bien que plutôt bien mené (malgré quelques ellipses bien pratiques et des passages un peu confus), n'offre aucune surprise à qui a déjà vu des films de science-fiction (et ça fait quand même un sacré paquet de monde). C'est un survival movie avec un dénouement prévisible.
Et pour finir, O. s'est interrogée sur le sens de la fin du film (attention je vais spoiler) : avec la fin de la politique de l'enfant unique, les maternités semblent être pleines de bébés… Mais le monde n'était-il pas en train de crouler sous le nombre ? Tous ces problèmes ont-ils été résolus, ou le film n'est-il pas en train de regarder ailleurs pendant que la maison brûle ?
Et puis, plus dérangeant, cette film peut être perçu comme une charge contre l'IVG, louant le devoir de faire des bébés coûte que coûte. Je doute que ce soit l'intention, mais c'est quand même particulièrement gênant.
Je ne vois pas comment parler de ce formidable film sans dévoiler au moins une partie de l'intrigue ; or un des plaisirs d'Incroyable mais vrai c'est la surprise. Donc :
Alain (Alain Chabat) et Marie (Léa Drucker) achètent une maison qui possède un drôle de conduit : quand on y descend, on arrive à un autre endroit de la maison, mais 12 heures plus tard. Et on a rajeuni de trois jours.
Gégé (Benoît Magimel), l'ami et patron d'Alain, passe à l'improviste chez les nouveaux propriétaires avec sa nouvelle compagne Jeanne (Anaïs Demoustier). Au cours de la discussion, on apprend que Gégé s'est fait installer une bite électronique.
C'est un autre film court de Quentin Dupieux (Wrong, Réalité, Le Daim), au scénario complètement improbable et loufoque, servi par des acteurices au poil. Les personnages sont truculents – il n'y a qu'Alain qui soit à peu près normal –, c'est inventif et il se passe plein de choses en 1h14. On est clairement dans le registre de la comédie, servie par des effets de montage et des super dialogues. Ça parle de vieillissement, de ce qu'est un vrai homme, du jeunisme qu'on inflige aux femmes… C'est malin, bien foutu et très drôle.
Tout se passe bien dans la vie des gens, on assiste à une représentation du Roi Lear, sauf que paf, l'acteur principal de la pièce, la star d'Hollywood Arthur Leander, est victime d'une attaque cardiaque et meurt sur scène. Et surtout, quelques jours après, une grosse grippe décime une grosse partie de l'humanité.
Une vingtaine d'années après l'apocalypse, alors que des petites sociétés se sont réinstallées un peu partout, que la survie s'organise et que la violence semble diminuer petit à petit, une troupe itinérante de musiciens et d'acteurs parcourt le Sud pour jouer des symphonies et du Shakespeare : « survivre n'est pas assez, il faut vivre ».
Le roman alterne entre différentes temporalités, développant des personnages avant/après la catastrophe, racontant la chute, détaillant certains épisodes. Il est hanté par l'œuvre de Miranda, une obscure dessinatrice de BD, première femme d'Arthur Leander, qui a travaillé toute sa vie sur un roman graphique appelé Station Eleven, une histoire de SF un peu obscure elle aussi.
Le roman est très réussi, prenant, habile dans sa construction, évidemment très intéressant, vertigineux même, à relire aujourd'hui.