Publié le 12 Juin 2023

Victoria (Virginie Efira) est une avocate, mère célibataire, paumée dans sa vie et débordée par son travail, hantée par le père de ses filles qui a décidé d'écrire sur son blog tout ce qu'il sait d'elle. Un de ses amis (Melvil Poupaud) lui demande de la défendre : sa compagne l'accuse de l'avoir poignardée lors d'un mariage. Elle accepte à contre-cœur ce dossier qui mélange vie privée et professionnelle. Dans le même temps, Victoria accepte d’héberger Sam (Vincent Lacoste), qui en échange s'occupe de ses filles et l'assiste dans son travail.

C'est un portrait de femme réussi et touchant, malgré quelques maladresses : les personnages sont un peu manichéens ou manquent de profondeur, en particulier l'ami joué par Melvil Poupaud ; la fin est un peu téléphonée et artificielle… Le film est parfois amusant, parfois dramatique mais toujours avec une forme de légèreté. C'est peut-être dommage que Justine Triet n'ose pas se confronter au drame qu'elle raconte, comme si elle gardait une distance qui empêche d'être ému. Pour autant, et malgré ses défauts, j'ai aimé ce film, porté par une Virginie Efira très bien.

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Publié le 5 Juin 2023

Mais qui est ce mystérieux tueur du Zodiaque, comme il se surnomme lui-même, qui terrifie la Californie de la fin des années 1960 ? Il écrit des lettres à la presse, diffuse des messages codés, se vante beaucoup, tourne la police en dérision…
Le film se penche sur l'enquête de policiers et de journalistes du San Francisco Chronicle.

C'est un film merveilleusement construit, raconté et filmé. Il est sans doute trop long – mais en même temps j'ai regardé la version director's cut, j'imagine que la version sortie en salle est plus resserrée, et peut-être mieux tenue en matière de rythme (ah je viens de voir que les versions ne diffèrent que de cinq minutes, ça ne peut pas être la seule explication). La narration, chronologique, est dépouillée, presque sèche ; il y a peu d'effets (quelques plans iconiques, dont le fameux taxi qu'on suit vu de haut), mais c'est réalisé avec une précision et une élégance épatante.
Le film est porté par de très bons acteurs, en particulier Jake Gyllenhaal et Mark Ruffalo ; le moins qu'on puisse dire c'est qu'il manque de femmes (il n'y en a qu'une, un rôle très secondaire).

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Publié le 1 Juin 2023

La femme d'Alexandre (Denis Podalydès) lui a mis une sorte d'ultimatum : il s'est promis de bien s'occuper de leurs deux enfants et de trouver un travail. Il est embauché dans une start-up moderne dont il n'a pas vraiment compris la fonction ; il sait en tout cas qu'il y est interdit d'avoir des enfants et que Séverine (Sandrine Kiberlain), sa boss, n'est pas du genre commode. Épaulé par son nouvel ami Archimboldo (Bruno Podalydès), Alexandre va essayer de se sortir de ces épreuves.

J'ai de la sympathie pour Bruno Podalydès (Le Mystère de la chambre jaune c'était vraiment chouette ; Comme un avion n'était pas foufou), qui signe ici un film drôle et loufoque, dans la lignée des Bancs Publics, que j'avais beaucoup aimé à sa sortie. Dans Les Deux Alfred, il se moque avec tendresse de la start-up nation, de l'ubérisation, de nos compromissions et de notre hypocrisie. Il le fait avec une grande inventivité (drones, appareils connectés, voitures automatiques…) ; on pense à Jacques Tati souvent. Les acteurices ont l'air de s'amuser, et nous avec !

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Publié le 25 Mai 2023

Des ouvriers travaillant sur un chantier au Sénégal n'ont pas touché de salaire depuis plusieurs mois, ce qui les place dans une situation particulièrement compliquée. Quelques-uns décident de partir en mer avec l'espoir d'arriver au moins jusqu'en Espagne.
Si le film parle de ceux qui partent, il se concentre sur celles qui restent, en particulier sur Ada, une jeune femme amoureuse de Souleiman, qui fait partie de ceux qui sont partis.

Plein de choses intéressantes dans ce film, à commencer par les acteurices qui sont toustes remarquables. Malgré un style caméra au poing qui m'a parfois sorti du film, les images sont très belles, parfois vertigineuses (les images d'ouverture, avec cette immense et improbable tour au milieu de la poussière de la ville).
Pourtant, je crois que j'ai décroché au moment où le film bascule dans le fantastique, avec l'arrivée des femmes-zombies (je n'en dirai pas plus histoire de ne pas spoiler). Je comprends les choix qui sont faits, mais je n'ai pas réussi à les suivre. C'est amusant, parce qu'au début du film, je m'étais fait cette réflexion : « je n'ai aucune idée de ce qui va arriver ensuite, le film peut prendre n'importe quelle direction ». Ça a plutôt bien marché pendant la première moitié du film, même quand il prend une dimension polar qui relance un peu l'intrigue, mais le reste m'a laissé sur le bas-côté.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 21 Mai 2023

Dans la petite ville de Mornay, le quotidien de Basile et Madeleine est chamboulé par l'arrivée d'un petit nouveau dans l'école : Mehdi Faber, un garçon d'une grande intelligence, solitaire et mystérieux. Petit à petit, ce garçon prend de l'ampleur et devient une sorte de mythe, de légende.
Bien des années après, Madeleine part à la recherche de Faber, qu'elle n'a jamais oublié. Reclus dans une cabane, sale, puant, il a perdu de sa superbe, mais semble toujours aussi magnétique.

C'est un forme qui a un peu la forme d'un thriller psychologique, avec un fonds politique, explicité dans l'incipit : un personnage flamboyant dans une époque terne. Le même discours est (plus ou moins) répété à la fin du roman, ce qui démontre l'importance de cette lecture pour Tristan Garcia.

Nous étions des enfants de la classe moyenne d'un pays moyen d'Occident, deux générations après une guerre gagnée, une génération après une révolution ratée. Nous n'étions ni pauvres ni riches, nous ne regrettions pas l'aristocratie, nous ne rêvions d'aucune utopie et la démocratie nous était devenue égale. […] Nous avions été éduqués et formés par les livres, les films, les chansons – par la promesse de devenir des individus. Je crois que nous étions en droit d'attendre une vie différente. […] Mais pour gagner de quoi vivre comme tout le monde, une fois adultes, nous avons compris qu'il ne serait jamais question que de prendre la file et de travailler. […] Nous avons souffert la société comme une promesse deux fois déçue. Certains s'y sont faits, d'autres ne sont jamais parvenus à le supporter.Il y a eu en eux une guerre contre tout l'univers qui leur avait laissé entr'apercevoir la vraie vie, la possibilité d'être quelqu'un et qui avait sonné, après l'adolescence, la fin de la récréation des classes moyennes. On demandait aux fils et aux filles de la génération des Trente Glorieuses et de Mai-68 de renoncer à l'idée illusoire qu'il se faisaient de la liberté et de la réalisation de soi, pour endosser l'uniforme invisible des personnes. Beaucoup se sont appauvris, quelques-uns sont devenus violents. La plupart se sont battus mollement afin de rentrer dans la foule sans faire d'histoires. Ils ont tenté de sauver ce qui pouvait l'être : leur survie sociale. J'ai été de ceux qui ont choisi de baisser la tête pour pouvoir passer la porte de mon époque – mais pas Faber, hélas ou heureusement. […] (P. 11-12)

Si les personnages principaux sont incarnés et réussis, le personnage d'Estelle est par contre un cliché de femme noire plutôt gênant. On peut relever une mise en abyme avec le personnage de Tristan, qui reprend le procédé que l'on trouve dans les romans fantastiques (l'écrivain qui témoigne de la véracité de ce qu'il a vu). Ça permet aussi à Garcia d'expliquer ce qu'il a voulu raconter dans ce livre (le fonds politique) (c'est peut être un peu appuyé).
La ville (fictive) est elle aussi un personnage passionnant, petite bourgade morne et terne de province.
Le principal défaut de Faber est sa longueur : l'écriture, très méticuleuse, ressemble parfois à un exercice de style, le résultat est que le livre finit par s'essouffler ; je pense qu'il aurait mérité à être resserré.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 17 Mai 2023

C'est une nouvelle année à Poudlard, et nos héros ont bien grandi pendant l'été. Le professeur de défense contre les forces du mal est cette année Remus Lupin, un homme fort sympathique, qui présente de nombreuses griffures sur le visage.
Cette année, l'intrigue ne tourne pas atour d'une énigme à résoudre, et Voldemort n'est qu'un personnage lointain. Le récit se concentre sur Sirius Black, un dangereux bonhomme, suppôt de vous-savez-qui, échappé de la redoutable prison d'Azkaban. Pour sécuriser l'école, d'effrayants détraqueurs entourent Pourdlard. Petit à petit, Ron, Hermione et Harry en apprendront plus sur Sirius Black, accusé d'avoir trahi les parents d'Harry, ses anciens amis.

Après un deuxième épisode plutôt moyen, celui-ci est vraiment réussi. L'intrigue est plus resserrée, plus claire et lisible, quelques astuces narratives relancent l'intérêt sans en faire trop. La mise en scène est un peu démonstrative (tous ces plans qui passent à travers des vitres) mais franchement habile et élégante – j'ai découvert à la fin qu'elle était signée par Alfonso Cuarón, réalisateur de Gravity et de Les Fils de l'homme.

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Publié le 12 Mai 2023

Ce film est une expérience qu'il est difficile de décrire. Je ne peux pas commencer à mon habitude par le résumé, puisqu'il s'agit d'un film qui n'a pas vraiment d'histoire : on suit les déambulations de quelques personnages dans un monde cauchemardesque, qui croisent des créatures dégueulasses et à qui il arrive souvent des choses horribles. À la fin il se fait un petit délire 2001, avec monolithes et embryons, mais honnêtement je ne suis pas sûr d'avoir compris – ni même qu'il y ait vraiment quelque chose à comprendre.
C'est le mot qui décrit le mieux ce film : dégueulasse. On dirait que Phil Tippett a cherché à rendre tout son film le plus dégueulasse possible : chiasse, sang, viscères, matières visqueuses qui dégoulinent… Ce n'est pas un film qui m'a fait peur, mais on n'a pas très envie de se faire une bonne choucroute après.
L’univers visuel (complètement dégueulasse, vous avez compris) est aussi très impressionnant : ça fourmille de détails, l'animation est impressionnante. Une grosse partie du film est en stop-motion, il y a quand même des en prises de vues réelles et quelques images numériques, m'a-t-il semblé.
Mad God est une expérience que je ne suis pas sûr de recommander, un long cauchemar halluciné, un bad trip sous acide ; mais c'est aussi un film manifestement très personnel, unique et surprenant.

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