Publié le 29 Novembre 2023

Ce un court livre (un « Tract » Gallimard) est un bon résumé de la pensée des linguistes sur l'état de la langue française. Pour être honnête, je n'ai pas appris grand-chose, étant donné que je m'intéresse depuis plusieurs années au travail de Laélia Véron, notamment à son podcast Parler comme jamais, et à celui de Monté sur sa chaine youtube (tous les deux font partie des signataires de ce bouquin). Mais c'est quand même un livre stimulant, intéressant, et un rappel toujours utile.

Le sommaire :

1. Le français n'est plus « la langue de Molière »
2. Le français n'appartient pas à la France
3. Le français n'est pas « envahi » par l'anglais
4. Le français n'est pas réglementé par l'Académie française
5. Le français n'a pas une orthographe parfaite
6. L'écriture numérique n'@bime pas le français
7. Le français parlé n'est pas déficient
8. Le français n'est pas « massacré » par les jeunes, les provinciaux, les pauvres ou les Belges
9. Le français n'est pas en « péril » face à l'extension du féminin
10. Linguiste, c'est un métier

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #essai, #France

Publié le 24 Novembre 2023

Alice (Alba Rohrwacher) quitte sa Suisse natale et sa famille pour aller s'installer au Liban. Elle y rencontre Joseph (Wajdi Mouawad), un scientifique qui rêve d'envoyer le premier libanais sur la lune. Mais la guerre qui éclate au milieu des années 1970 change tout.

C'est un beau film, plein de tendresse malgré la dureté du sujet. Quelques séquences très réussies sont en stop-motion, en particulier durant les flash-backs ; il y a également quelques séquences symboliques (une incarnation du Liban dans une drôle de robe en forme de cèdre). Il y a un gros travail sur les couleurs, les images font penser à des vieux polaroids. Tout cela donne un ton singulier et original au film Les acteurices sont très bien, en particulier les deux personnages principaux.
Pour autant, j'ai l'impression d'être resté un peu en dehors. Peut-être Chloé Mazlo cherche-t-elle à raconter trop de choses (le film s'étale sur une trentaine d'années), ne laissant pas complètement le temps à l'émotion de s'installer, et aux spectateurices d'être vraiment touché·es par ce qu'elle raconte. (Peut-être étais-juste fatigué, ce qui est bien possible).

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 20 Novembre 2023

À la toute fin des années 1960, le vieil Indiana Jones part à la recherche d'une machine fabriquée par Archimède, qui selon la légende permettrait de passer à travers les fissures du temps. Il croise la route d'Héléna (Phoebe Waller-Bridge), la fille d'un ancien ami, et de Jürgen Voller (Mads Mikkelsen), qui tous deux cherchent également cette machine, pour des raisons bien différentes.

C'est un bon film, pas toujours crédible ni subtil, vaguement complotiste, et souvent prévisible, parce qu'il emprunte des chemins scénaristiques plutôt connus. Mais en cela, il est assez fidèle à l'esprit de la saga Indiana Jones, qui bien souvent présente les mêmes défauts.
Le film début par un prologue d'une vingtaine de minutes (je crois) se déroulant dans les années 1940, avec un jeune Indi qui se bat contre des Nazis – c'est à ce moment qu'on découvre la machine d'Archimède. Les effets numériques (le rajeunissement d'Harrison Ford) sont plutôt réussis, pourtant on sent confusément qu'il y a du trucage, il y a un sentiment d'irréalité qui est un peu dommage. Cet effet s'atténue quand on retrouve le vieil Indi.
Le personnage de Phoebe Waller-Bridge est très intéressant et réussi, plus que le méchant incarné par Mads Mikkelsen, qui se contente d'être un méchant (quel dommage d'offrir un rôle aussi pauvre à un si bon acteur). Le film est enlevé, en forme de course-poursuite, rappelant un peu le Tintin de Spielberg. James Mangold livre un travail très honorable, entre hommage et ajouts à la saga, sans vraiment tomber dans le fan-service.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #États-Unis, #cinéma

Publié le 7 Novembre 2023

Les Dépossédés (Ursula K. Le Guin, 1974)

Les Dépossédés s'inscrit dans le cycle de l'Ekumen, dont fait partie La Main gauche de la nuit. Ici, il s'agit d'un système double : Urras est une planète riche et prospère, à la nature luxuriante, dont la société capitaliste est pourtant sclérosée par de profondes inégalités. Il y a quelques siècles, un groupe d'anarchistes collectivistes s'est expatrié sur Anarres, la lune d'Urras. Sur cette terre aride et inhospitalière, ils ont fondé une société radicalement égalitaire, un communisme non totalitaire.
Le roman suit en particulier le parcours de Shevek, un brillant physicien d'Anarres, qui est le premier à faire le voyage jusqu'à Urras.
Le roman est construit en deux parties parallèles : les chapitres alternent entre, d'une part, l'arrivée de Shevek à Urras, sa découverte de ce monde incompréhensible, plein de propriétaires, gouverné par l'argent et par des jeux de pouvoir ; et d'autre part la biographie de Shevek sur Anarres, où tout est partagé, où il faut beaucoup travailler pour servir la collectivité, où l'idée de liberté est centrale et où la pire insulte est « égotiste ».

Et c'est fantastique, passionnant, d'une richesse dans l'imagination stupéfiante, pleine de considérations politiques passionnantes (et clairement gauchistes), le tout porté par des personnages attachants et des parcours émouvants. Sa langue est élégante, précise, avec quelques envolées lyriques quand le récit le demande.
Si Shevek est le héro, Le Guin n'en fait pour autant pas le centre du récit et ne lui donne pas le rôle d'un sauveur ou d'un Messie, comme c'est le cas dans d'autres récits de SF classiques (Fondation, Dune, Star Wars…) ou plus récents (La Zone du dehors). Plus exactement, elle désamorce les choses quand le récit pourrait prendre cette tournure.
Ce livre permet quelques réflexions sur l'utopie : rien n'est tout blanc ou tout noir dans ce roman. Si les principes d'Anarres me parlent (évidemment) plus, ce n'est pas un monde rêvé, déjà parce que la planète est inhospitalière et que les famines n'y sont pas rares, ensuite parce que le mode de vie n'est pas sans défaut ou sans failles : les hiérarchies et les jeux de pouvoir perdurent sous des formes différentes, et la pression de la société peut être lourde (c'est un ami de Shevek qui parle) :

Nous n'avons pas de gouvernement, pas de lois, d'accord. Pourtant, il me semble que les idées n'ont jamais été contrôlées par les lois et les gouvernements, même sur Urras. Si tel avait été le cas, comment Odo [la fondatrice de la société anaresti, née sur Urras] aurait-elle développé les siennes ? Comment l'odonisme serait-il devenu un mouvement mondial ? Les hiérarchistes ont essayé de l'écraser par la force, et ont échoué, on ne peut pas briser les idées en les réprimant. On ne peut les briser qu'en les ignorant. En refusant de penser, de changer. Et c'est précisément ce que fait notre société ! Sabul [un physicien médiocre qui pille les idées de Shevek] t'utilise quand il le peut, et quand ça ne lui est pas possible il t'empêche de publier, d'enseigner voire de travailler. Exact ? En d'autres mots, il a du pouvoir sur toi. De qui le tient-il ? Pas d'une autorité investie, il n'y en a pas. Pas de son intelligence, il n'en a pas. Il le tient de la couardise innée de l'esprit humain lambda. De l'opinion publique ! Voilà la structure de pouvoir dont il fait partie, et qu'il sait utiliser. Le gouvernement inavoué et inadmissible qui régit la société odonienne en étouffant l'esprit individuel. » (p. 183)

Parmi les nombreux passages passionnants, j'ai relevé celui-ci sur l'art sur Anarres :

Les centres d'éducation enseignaient toute ce qui préparait à la pratique des arts : l'initiation au chant, la métrique, la danse, comment utiliser un pinceau, un ciseau, un couteau, un tour, etc. C'était un enseignement pragmatique : les enfants apprenaient à voir, à parler, à entendre, à bouger, à manier. Aucune distinction n'était marquée entre les arts et les métiers ; on ne considérait pas l'art comme partie intégrante de la vie, mais comme une technique fondamentale de vie, au même plan que la parole. L'architecture avait ainsi développé, très tôt et très librement, un style cohérent, aussi pur que clair, aux proportions subtiles. La peinture et la sculpture étaient également employées comme éléments de l'architecture et de l'aménagement urbain. Quand aux arts des mots, la poésie et le conte, ils avaient tendance à être plutôt éphémères ; ils étaient liés au chant et à la danse ; seul le théâtre se situait à part, et le théâtre était toujours appelé « l'Art » – une chose complète en soi. Il y avait de nombreuses troupes régionales itinérantes d'acteurs et de danseurs, des compagnies à répertoire, auxquelles étaient très souvent attaché un auteur. Elles jouaient des tragédies, des comédies semi-improvisées, des pantomimes. On les accueillait aussi bien que la pluie dans les villes isolées du désert, et elles étaient l'évènement de l'année partout où elles passaient. Exprimant et incarnant l'isolement et le communalisme de l'esprit anaresti, le drame avait atteint une force et un éclat extraordinaires. (P. 174-175)

* * *

Edit de septembre 2025 : lors de ma première lecture, c'est surtout le monde d'Anarres qui m'avait fasciné ; mais en relisant le roman, que je trouve toujours aussi beau, dense et riche, j'avais encore cette partie en tête, et beaucoup moins l'autre face de la médaille. Il se trouve que j'ai été plus intéressé par la partie sur Urras : la découverte d'un monde semblable au notre, à travers les yeux d'un étranger.

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Publié le 7 Novembre 2023

En cette nouvelle année, Harry et ses ami·es sont confronté·es à un nouveau problème : on pense qu'Harry ment quand il dit que Voldemort est de retour. Le ministère de la magie place la redoutable Dolores Ombrage au poste de professeure de défense contre les forces du mal, afin qu'elle puisse surveiller l'école et son sulfureux directeur.

Après un opus important dans la conduite du récit (même si j'étais plutôt dubitatif sur le film lui-même), celui-ci peine à apporter quelque chose de nouveau. On passe un peu plus de temps avec les personnages, mais malgré tout, cela va assez vite.
C'est assez mal filmé, les séquences d'action sont particulièrement confuses : on ne comprend pas les enjeux, on n'a pas le temps de ressentir quoi que ce soit pour les personnages, et quand il se passe quelque chose d'important, on ne ressent rien. Les effets spéciaux ont un peu vieilli aussi, ce qui n'arrange rien.
Et comme c'est ce même David Yates qui réalisera tous les autres films de la saga, je ne suis pas très optimiste…

(Il semblerait que j'étais un peu moins gêné par son travail sur Les Animaux fantastiques, sorti presque 10 ans après. Peut-être a-t-il progressé).

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Publié le 27 Octobre 2023

Des gens se transforment petit à petit en animaux (caméléon, corbeau, ours, morse…). On les appelle au choix des « créatures » ou des « bestioles », et en général les gens ne les aiment pas trop. La maman d'Émile (Paul Kircher) est une créature ; avec son père François (Romain Duris) ils vont s'installer dans les Landes, où un gros centre (prison ?) pour les créatures est construit.

Et c'est un film formidable, le deuxième de Thomas Cailley après le tout aussi réussi Les Combattants. Les acteurs sont très bien, on retrouve un peu chez Émile la diction particulière des Combattants. La lumière est belle, le filmage de haut vol, ça parle de nature, de sauvagerie, du rapport à l'animal, de racisme, de famille… C'est un peu un film que j'aurais aimé faire.
Frederik Peeters a travaillé sur le développement du film, et je ne suis pas surpris, on retrouve des points communs avec son univers. J'ai également pensé à Epiphania de Debeurme, et à Black Hole de Charles Burns.
Et au passage, c'est un vrai plaisir de voir un film fantastique/SF français, avec ambition, réussite et succès public. Pourvu que ça dure !

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Publié le 25 Octobre 2023

Topper Harley (Charlie Sheen) est sorti de sa retraite thaïlandaise pour aller secourir des prisonniers américains dans les prisons de Saddam Hussein.

J'ai beaucoup vu ce film à l'adolescence, et il me fait toujours autant rire. C'est bête, c'est sexiste, c'est inventif et généreux dans la blague.

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