Ce livre est le récit autobiographique des aventures du conquistador espagnol, Álvar Núñez Cabeza de Vaca, qui fut parmi les premiers à débarquer en Amérique. Arrivé à Cuba et visant la Floride, il essuie une formidable tempête qui décime son équipage. Il se retrouve rapidement presque seul dans ces terres inconnues. Il y arrive avec un mentalité de conquérant : avec ses quelques compagnons survivants, il attaque les villages, pille et tue ; les autochtones sont « des hommes dépourvus de raison et qui rudes, tels des bêtes » (p. 85). Mais cela ne leur réussit guère. Affamés pendant des mois, maigres, faibles, faméliques, ils sont « la vraie image de la mort » (p. 84).
Álvar Núñez Cabeza de Vaca longe la côte jusqu'au Mexique, sur des terres qui n'ont vu aucun Blanc auparavant. Il erre des années, d'abord comme esclave chez des Indiens qui le traitent mal. Petit à petit, lui et ses quelques compagnons acquièrent une réputation de « shamans ». Guérisseurs fabuleux, ils sont accueillis formidablement, bientôt suivis par une foule de plusieurs milliers de personnes.
Ils finissent par retrouver d'autres chrétiens, mais ce sont de mauvais chrétiens qui tuent, pillent et volent. Cabeza de Vaca condamne ces agissements : « quand nous les renvoyâmes, les Indiens nous dirent qu'ils feraient ce que nous leur ordonnions, et qu'ils installeraient leurs villages si les chrétiens les laissaient faire ; aussi je dis et j'affirme comme très assuré que s'ils ne l'ont pas fait ce sera la faute des chrétiens » (p. 169).
C'est un récit picaresque, un peu daté, pas toujours clair (où sont-ils ? Combien sont-ils ?) Les notes et introduction des traducteurs, Bernard Lesfargues et Jean-Marie Auzias, sont souvent intéressantes.
Il s'agit d'un des premiers récits ethnographiques d'un monde qui est en train d'être découvert, un livre décrit des peuples qui n'ont pas encore été marqués par l'empreinte occidentale. Le commerce leur semble étranger, leur système de valeur étant basé sur le don/contre-don (peut-être même que c'est Cabeza de Vaca qui introduit le commerce – il est quelques temps marchand avant d'être guérisseur).
Un autre élément marquant pour Cabeza de Vaca est la pauvreté de ces gens, qui ont l'air de souffrir de la faim en permanence. Est-ce lui qui les perçoit ainsi parce qu'ils vont nus, est-ce parce que lui ne sait pas se nourrir dans ces terres hostiles ? Sont-ils vraiment affamés, en permanence, ou bien après des événements climatiques exceptionnels ? On ne le saura jamais.
On ne sait pas toujours ce que pense Cabeza de Vaca, qui considère les Natifs comme des sauvages tout en les respectant, qui veut christianiser tout ce beau monde, qui note scrupuleusement leurs coutumes.