Publié le 12 Août 2016

L'intrigue se passe dans un pays plus ou moins germanique mâtiné de steampunk. De gros vaisseaux fumants larguent des bombes, des locomotives à vapeur crachent une énorme fumée noire, de petits avions ailés zèbrent le ciel, et le gros château bringuebalant du magicien Hauru promène sa haute carcasse sur les montagnes environnantes. Sophie, modeste modiste, tombe par hasard sur Hauru, qu'on dirait sorti tout droit d'un Final Fantaisy, qui l'emmène avec elle pour échapper à de gros monstres noirs et mous. Le soir même, la sorcière des Landes, jalouse, jette un maléfice à Sophie, qui prend l'apparence d'une grand-mère courbée par les années.
Sophie va partir dans les montagnes pour essayer de retrouver Hauru, afin qu'il la libère du sortilège. Sur le chemin elle rencontrera un grand nombre de créatures magiques et de puissants sorciers, et se retrouvera au centre d'une guerre et d'affrontements entre magiciens.

Il y a beaucoup de choses dans ce film : l'univers steampunk, de la magie, des créatures qu'on pourrait associer à des Yokai, de l'amour, de l'amitié... Pourtant tout cela reste cohérent et dresse un univers riche et joyeusement complexe. On retrouve ce qui caractérise beaucoup de films de Myazaki : des personnages fort, notamment les personnages féminins, des conflits internes, de la magie, une opposition entre des forces naturelles et la folie des hommes... Et puis c'est beau ! Le décors sont superbes, l'animation est magnifique et inventive... Ce n'est peut-être pas le plus puissant de ses films, mais ça reste vraiment très bon.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #animation

Publié le 10 Août 2016

Thelma (Geena Davis), jeune femme au foyer mariée à un connard, et Louise (Susan Sarandon), serveuse dans un diner américain, se sont prévues un petite week-end entre filles à la montagne. Dans un bar sur la route où elles se sont arrêtées boire un coup, Thelma, qui se sent libérée et a abusé des breuvages sirupeux, danse avec un type. Elle ne se sent pas bien, sort prendre l'air, le type la suit, et pas de chance, c'est un sale con qui commence à la violer. Louise, qui se demandait où était Thelma, tient le type en joue, ça tourne mal, elle tire et le tue.
Et c'est comme ça que commence une fuite à travers les États-Unis, dramatique et joyeuse, pleine de mauvaises et de bonnes surprises.

Et c'est un pur bonheur à voir. Geena Davis et Susan Sarandon sont formidables, comme tous les acteurs (Havey Keitel, Brad Pitt, Michael Madsen...) L'écriture du scénario de Callie Khouri est soignée, les personnages riches et complexes, sensibles. Ridley Scott montre qu'il sait tenir une caméra, les plans sont magnifiques, aidé en cela par la beauté des paysages traversés par Thelma et Louise , il y a ce qu'il faut d'humour et de drame...
Bref, c'est superbe, et ce film a la bonne idée de prendre (chose follement rare) pour personnages principaux deux femmes qui se libèrent de l'oppression masculine – je le formule un peu maladroitement, mais c'est l'idée. Autant dire un pur bonheur.

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Publié le 8 Août 2016

Tequila (Chow Yun-fat, très bien) est un clarinettiste de jazz ringard mais surtout un flic qui enquête sur un trafic d'armes qui voit deux gangs s'affronter, celui de Hoi et celui du petit jeune plein d'ambition, un dénommé Wong. Une transaction dans un salon de thé tourne mal, une fusillade s'engage, il y a des dizaines de morts, dont le coéquipier de Tequila.
Tequila en fait donc une affaire personnelle et se charge, contre sa hiérarchie, d'enquêter et de démanteler ces filières, à l'aide de gros flingues et d'un partenaire qu'il trouvera en route.

Hard boiled*, dernier film Hongkongais de John Woo en instance de départ pour Hollywood, est un film d'action en mode « buddy movie » assez classique et assez musclé. Ça tire, ça explose, ça pète, ça brûle, pan-pan-boum-boum. C'est pas très subtil, mais dans le genre ça marche plutôt bien. Il y a quelques clichés un peu convenus**, comme à la fin, quand Tequila essaye de se frayer un passage entre les méchants et les explosions avec un bébé dans les bras. D'après Wikipedia, il y a 307 morts dans le film, dont une bonne partie d'innocents qui avaient juste le mauvaise idée de se trouver dans le passage ; mais quand il s'agit d'un petit bébé, alors là, non, c'est pas possible, on peut pas le tuer. Cette forme de morale à plusieurs vitesse m'a toujours amusé. Mais à l'inverse, le film évite d'autres clichés, comme celui du personnage qui a tellement montré qu'il était un héros qu'il reconquiert la femme de sa vie qui l'a larguée. Dans n'importe quel film Hollywoodien ça aurait marché comme ça (Mark Wahlberg retrouve l'amour d'une blonde random), dans Hard boiled non. Chow Yun-fat s'est fait larguer, il est toujours amoureux, mais c'est pas parce qu'il sauve un bébé que son ex lui tombe dans les bras (cela dit il paraitrait que la relation de Tequila et de son ex ait été beaucoup allégée au montage).
Bon, sinon, en terme de mise en scène c'est bien mais pas ouf non plus, je suis presque déçu. La réputation de John Woo m'avait préparé à un truc de dingue, et en fait non. Il y a quand même toute la séquence finale qui envoie du pâté, surtout le plan séquence où l'on suit les deux héros se frayer un passage entre plein de méchants, qui est LE « money shot » du film.
Bref, c'est parfait pour un dimanche soir.


* Pour le coup je suis OK avec le titre en anglais, puisqu'il apparait au générique de début : c'est donc une volonté de John Woo – viser le marché américain et tout. D'ailleurs, le commissaire a tendance à glisser des mots ou expressions en anglais quand il parle, je suppose que c'est une façon de le rendre un peu ridicule – comme chez nous, les gens qui se croient hyper branchés parce qu'ils parlent un franglais ridicule.

** Et ça n'a rien à voir avec le fait que le film ait plus de 20 ans , qu'à l'époque c'était pas des clichés patati patata : non, de tous temps, foutre un bébé dans les bras du héros pour qu'il montre son courage et sa grandeur, en ayant quoi qu'il arrive l'assurance qu'il n'arrivera rien au bébé, c'est un cliché.

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Publié le 5 Août 2016

John Ferguson (James Stewart) est un policier retiré des affaires depuis qu'il a vu un collègue mourir sous ses yeux lors d'une course-poursuite sur les toits, le laissant gravement atteint d'acrophobie (John, pas son collègue mort). Un ancien ami le contacte pour enquêter sur sa femme Madeleine (Kim Novak) : il la soupçonne d'être « hantée » par le fantôme d'une de ses ancêtres, Carlotta Valdes, qui, après avoir été abandonnée par l'homme qu'elle aimait, s'est donnée la mort.
John se met donc à suivre Madeleine, et les soupçons de son mari se confirment : elle visite la tombe de Carlotta Valdes, fixe un portrait d'elle pendant des heures... Elle semble même atteinte de la même pulsion de mort que son ancêtre. Ah, et évidemment, ils tombent amoureux (alors que je pensais qu'une règle de base du Livre de la Vie c'était : « on touche pas à la femme d'un pote »).
### zone spoilers ### Madeleine a des réminiscences de son ancêtre, comme des rêves. Elle revoit des lieux, qui se trouve exister toujours, une centaine d'années après (comme c'est pratique). John l'emmène sur place, pour exorciser l'affaire. Sauf que ça ne tourne pas tout-à-fait comme c'était prévu, et que Madeleine se précipite en haut du clocher de l'église, où John est trop terrifié pour la suivre, et se jette dans le vide.
John reste catatonique pendant une bonne année, poursuivi par la culpabilité et le désespoir d'avoir perdu son Amour. Jusqu'au moment où il croise Judy, qui lui rappelle furieusement Madeleine, à juste titre puisqu'elle est également jouée par Kim Novak. Il se rapproche d'elle et la force à se déguiser en Madeleine dans un désir malsain de faire revivre sa chère disparue. Sauf qu'en fait, il finit par se rendre compte à un certain bijou qu'on s'est joué de lui : son ami d'enfance avait envie de se débarrasser de sa femme en empochant sa fortune, il a donc fait jouer à Judy le rôle de sa femme Madeleine, pour berner John et que celui-ci puisse certifier des tendances suicidaires de Judy/Madeleine. Sauf que c'est la vraie Madeleine qui a été jetée du haut de la tour, Judy et le mari s'y cachant en sachant que la phobie de John l'empêcherait d'y grimper (note au passage : toute cette révélation n'excuse rien du désir malsain et flippant de John de forcer Judy à se déguiser en Madeleine, ignorant la machination à l'époque).
John a la bonne idée d'emmener Judy sur les lieux du drame pour la forcer à avouer la vérité. Sauf que Judy prend peur et tombe dans le vide. Pas de bol, hein ?
### fin de la zone spoilers ###

Après ce long résumé, il est temps de passer à la question qui vous fait frissonner d'une attente trop longtemps retardée : « mais enfin, qu'as-tu pensé de ce film, éclaire-nous de ta sagesse toujours lumineuse, nous qui sommes perdus sur le chemin de la cinéphilie. »
Et bien, je vais vous le dire : j'ai plutôt bien aimé.
Voilà.
De rien.

Bon, développons quand même un peu. La première partie est très bien, bien rythmée, prenante comme il faut. Les personnages sont intéressants, malgré la propension étonnante qu'ont les femmes dans les films Hollywoodiens, et notamment ceux d'Hitchcock, de toutes tomber amoureuses du héro. J'avais déjà abordé ce problème pour La mort aux trousses, et notamment la question de la différence d'âge. Ici c'est pareil : James Stewart a 50 ans, Kim Novak 25, Barbara Bel Geddes, elle aussi amoureuse de Stewart, en a 36 – alors qu'elle est sensée être une ancienne camarade de classe de Stewart. Bon, vous me direz que c'est anecdotique, et vous aurez raison, mais ça me choque quand même un peu.
Sinon, puisque je suis sur les personnages, j'ai tendance à penser que Midge (Barbara Bel Geddes), l'amie de John, est un personnage plus intéressant que Madeleine. Elle a plus de caractère et de personnalité. Mais ce n'est évidemment pas d'elle que John tombe amoureuse, parce que 1. ce n'est pas un cliché de jeune femme diaphane et mystérieuse 2. elle a 36 ans, autant dire que pour Hollywood c'est une vieillarde 3. elle a des lunettes, donc toujours dans la logique d'Hollywood elle est moche.
Je note quand même qu'aujourd'hui, une femme qui a des absences, se prend pour quelqu'un d'autres par moments et pense être une de ses ancêtres, sera plutôt diagnostiquée comme ayant une forme de schizophrénie, et on ira sans doute creuser du côté de la psychogénéalogie. On ne la fera pas suivre par un ancien flic pour voir ce qu'il va se passer.

Mais autant la premère partie m'a plu, autant la deuxième m'a parue longue, voire interminable, parce que moins dense et moins prenante. Certes, Stewart devient fou, et il joue bien le taré paumé, mais ça ne suffit pas – notamment parce que c'est étrange de voir un personnage changer de psychologie comme ça, et parce que c'est vraiment n'importe quoi ce qu'il fait. Et regarder un personnages faire n'importe quoi, ça me sort du film (sauf si c'est le principe du film, là pourquoi pas, mais la première partie ne nous prépare pas du tout à ça). C'est comme s'il y avait deux films en un : le premier est vraiment bien, le deuxième moins. Alors oui, il faut la révélation finale, mais même sans celle-ci, je trouve que la première partie se tient bien et aurait pu largement se suffire.

À part ça, à l'instar de La mort aux trousses, il faut le dire : c'est sacrément beau. Il y a un superbe travail sur la photo et les couleurs, qui donne un ton et une identité forte au film, aidé par un super travail sur les décors. Il y a même des plans hyper contrastés qui peuvent annoncer Lynch, et une scène de rêve assez trippante. Et évidemment, Saul Bass nous gratifie d'un superbe générique.

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Publié le 4 Août 2016

Ce film raconte l'histoire (vraie) de Jake LaMotta, de son ascension au titre de champion du monde des poids moyens, avec l'aide de son entraineur de frère, jusqu'à sa pathétique déchéance, après qu'il ait tout perdu.

Bon, autant le dire : je n'ai pas aimé ce film. Je ne fais vraiment pas exprès de ne pas aimer des films qui sont reconnus comme de grands classiques, voire des chef-d'œuvres, je vous jure, je n'y peux rien.
Mon gros problème est que je trouve que Jake et son frère sont des gros cons (surtout Jake). De petite racailles sans envergure, un peu minables, violentes, grandes gueules, prétentieuses et misogynes (oui, bon, ok, disons que ce dernier point était courant à la fin des années 1940, mais quand même, ça fait beaucoup). Jake passe de gros con à taré jaloux paranoïaque puis à loser pathétique, ce qui est une progression remarquable, mais quand il devient un loser, il est trop tard pour avoir de l'empathie pour lui : je n'ai pas pu m'empêcher de penser « c'est bien fait pour lui, s'il avait été moins con il s'en serait peut-être mieux sorti. » Et si je n'arrive pas à aimer le personnage sur lequel est centré le film, j'ai du mal à aimer ce film.
Reconnaissons à Scorcese de ne pas avoir voulu enjoliver la réalité, de ne pas avoir voulu faire de Jake LaMotta un héro de film Hollywoodien à violon comme on aurait pu le craindre. Pourtant il y a beaucoup d'autres personnages qui subissent la même trajectoire sans qu'ils aient besoin d'être de gros cons : musiciens, peintres, compositeurs... La liste est immense. Pourquoi aller chercher Jake LaMotta ? Scorcese ne filme même pas tant que ça les matchs de boxe, on dirait que ça ne l'intéresse pas plus que ça, ils ne sont pas de vrais moments de tension dans le film. Si j'ai bien compris, LaMotta était spécialiste des retournements de situation en sa faveur au dernier round, par un KO inattendu. Sauf que comme Scorcese commence à filmer à la fin de l'avant-dernier round, il n'a donc pas le temps de faire monter la tension qui nous permettrait de vibrer, et finalement, ça ressemble plus à une scène explicative (LaMotta a gagné tel combat) qu'à une vraie scène de cinéma construite dans la durée, avec sa dramaturgie. Moi qui n'y connait pas grand-chose à la boxe, je n'ai rien appris sur les raisons pour lesquelles LaMotta était un grand boxeur, quelles étaient ses spécificités, son style...
J'ai quand même vraiment aimé des scènes parcellaires, des tranches de vie assez touchantes, filmées en couleur en super-8 – et je me rends compte en écrivant que c'est terrible de se souvenir en particulier de la seule scène en couleur dans un film en noir et blanc – plutôt bien travaillée au passage.

* * *

Je viens de relire ma critique des Affranchis du même Scorcese, que je n'avais pas aimé non plus, pour d'autres raisons. Décidément, Martin n'a pas la côte en ce moment avec moi.

* * *

Pourquoi est-ce qu'on aime un film ? En voilà une question qu'elle est bien. Parce qu'il nous touche, nous émeut, parce qu'il nous intéresse ? Que ce soit sur le fond (l'histoire, les personnages...) ou sur la forme (l'image, le cadre, le rythme...), évidemment dans le meilleur des cas sur les deux plans.

On peut être touché par des personnages, par la relation subtile qu'ils entretiennent ; spontanément je pense à Carol, mais il y a évidemment d'autres exemples. Le cinéma c'est aussi ça : de belles histoires. Même si pour moi ça ne suffit pas, il faut qu'il y ait de la mise en scène – sinon pourquoi faire du cinéma plutôt que du roman, de la radio, du théâtre ? Cette problématique est liée à un de mes super-pouvoirs, à savoir : je m'identifie hyper facilement à un personnage. Quelqu'il soit. Donc je vibre, j'ai peur, je suis ému, en colère, synchronisé avec le personnage. C'est une de mes clés d'entrée dans un film – ce n'est pas la seule, et elle n'est pas obligatoire non plus. Mais quand ça ne marche pas, comme devant Raging Bull, que ce soit parce que c'est mal écrit, que c'est cliché et caricatural, ou parce que le personnage est un gros con, c'est qu'il y a un problème.
Sur le plan visuel, sans vraiment réfléchir je citerai le Kurosawa, ou il y a plus longtemps Under you skin, auquel je continue de penser. L'émotion peut être purement esthétique, c'est pour moi une évidence. Sinon comment pourrait-on être ému par des images uniques, qui ne racontent par nature que peu de choses (par rapport à un roman, par exemple), comme la peinture ou la photographie ? J'ai été ému aux larmes par l'exposition de Valérie Jouve au Jeu de Paume, et notamment par ses paysages : autant dire des images avec le moins de contenu narratif possible. Pourtant ça m'a touché. Parce que ses photos ont une beauté plastique indéniable, bien sûr, mais aussi à cause d'une forme de projection, d'intentions données à la photographe – je me suis dis qu'elle avait un regard extrêmement sensible. La beauté est émouvante.

Je me rends compte que dans ce petit traité d'Esthétique impromptu (rien que ça – quand je le publierai je l'appellerai probablement Critique de la faculté de juger des films), je parle beaucoup d'émotion, autant dire d'un ressenti purement personnel. Vous remarquerez au passage que j'ai demandé « pourquoi est-ce qu'on aime un film ? » et non « pourquoi est-ce qu'un film est bon/réussi ? » Subjectivité/objectivité. Je remarque que, le temps passant, j'accorde de plus en plus de place à l'émotion, comme si avant je cherchais plus à me réfugier derrière des critères « objectifs » pour ne pas aborder cette question fondamentale. Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier quand un film est formellement tellement parfait, inventif et intelligent qu'il en devient extraordinaire (Kurosawa encore).

Bref, je ne sais pas biern où tout ça me mène. Dans tous cas cas, dans Raging Bull je n'ai rien ressenti de tout ça. Le fond ne m'a pas parlé (je pense que vous avec compris), et la forme ne m'a pas particulièrement impressionné ou touché non plus. C'est bien fait, oui, mais c'est pas incroyable non plus, à part quelques plans à la fin qui sont assez spectaculaires, mais pas suffisamment pour « sauver » le film.

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Je serais curieux de savoir ce que toi, lecteur, tu penses de mes raisons pour aimer les films. Est-ce que tu as un avis différent, ou est-ce que finalement je ne fais qu'enchaîner les banalités ?

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Publié le 1 Août 2016

Voici un film qu'il est difficile de classer. Documentaire ? Film expérimental ? Essai cinématographique ? Il y a un peu de tout ça, mais ça ne suffit pas vraiment.

Tout commence par Orson Welles himself, drapé dans une improbable cape noire, jouant quelques tours de passe-passe — de magie — à des enfants sur un quai de gare. Il nous annonce qu'il va nous raconter des histoires, vraies, sur le mensonge, la tricherie, la duperie, le faux, le pastiche.
Ainsi débute le récit d'Elmyr de Hory, génial faussaire retiré à Ibiza, dont les faux Matisse, Dufy, Modigliani, ont trompé les meilleurs experts. Il y sera aussi question de Clifford Irving, le biographe d'Elmyr, lui-même faussaire, d'Howard Hughes, d'Oja Kodar, de Picasso... Au final, ce sont sept histoires que nous raconte Welles, toutes vraies (à moins que ?)

Et tout ceci est passionnant et brillant. Autant Citizen Kane m'avait ennuyé, autant F for Fake m'a enthousiasmé. C'est drôle, étonnant et surprenant. La personnalité – et la voix caverneuse – d'Orson Welles y est pour beaucoup évidemment, qui s'amuse des tours que ses protagonistes jouent, et des ses propres tours de passe-passe.
Parce que c'est un film qui est plein de jeux de tempo, d'espace, de montage. Je suis d'ailleurs très surpris que ce ne soit pas Welles lui-même qui aie monté ce film, tant celui-ci est spectaculaire et brillant, passant d'une idée à l'autre, d'un plan arrêté à une ligne de dialogue... Comme s'il suivait le fil de sa pensée, sans continuité, mais en gardant un lien logique et organique entre toutes les parties, ce qui fait que l'on est jamais perdu (ce qui m'évoque la façon dont la Sonate pour piano & violoncelle de Debussy évolue, comment une idée en entraîne une autre) (bref). C'est étonnant et c'est génial. Je ne suis pas surpris que mon monteur-youtubeur préféré ait consacré un épisode à ce film. Rien que pour l'inventivité visuelle, voyez ce film. C'est un pur ovni cinématographique qui ne prend même pas vraiment au sérieux.

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Publié le 31 Juillet 2016

La spécialité de Franck Chopin, c'est les mouches. Il les étudie, les dissèque, puis publie des papiers pour rendre compte de ses recherches. Il rencontre Suzy Clair, une jeune femme dont le mari a disparu il y a six ans, sans laisser de trace. Mais Franck Chopin est aussi un agent du renseignement, à qui l'on demande d'écouter Vital Veber, agent soviétique.

Je l'ai déjà dit, j'aime beaucoup Jean Echenoz. Je pense que c'est un des meilleurs écrivains du moment (bien que 14 m'aie déçu, mais on ne peut pas être bon tout le temps). Ici il se frotte au roman d'espionnage, mais ça ne ressemble pas à un roman d'espionnage – plutôt à un livre d'Echenoz. Le scénario, bien qu'efficace, n'est qu'un support à déployer une écriture remarquable et pleine d'humour.
Quand il décrit, Balzac pose le cadre général, puis zoome petit à petit. Echenoz fait l'inverse : il souligne des détails et met en lumière des éléments très précis (la méticulosité des détails chez Echenoz), ce qui fait que le tableau est souvent incomplet, troué ; charge au lecteur de combler les vides. Un peu comme un tableau que l'on éclairerait au fur et à mesure, ou comme un travelling qui ne dévoilerait l'ensemble. Là où Balzac est exhaustif, Echenoz est évasif et suggestif, ce qui fait que l'on est suspendu au fil de son écriture. De la même façon, on pourrait aussi relever sa facilité à passer d'un personnage, d'un lieu, d'un évènement à un autre, ce qui crée des crevasses (à la Flaubert) et non-dits moteurs du roman, ou encore des raccourcis stupéfiants et émouvants :

La Karmann-Ghia longea vers l'ouest la rive gauche du fleuve, suivie par la Ford pourpre dont l'autoradio ne captait que deux ou trois stations sur ondes moyennes. En essayant de le régler, Vito se rémémorait méthodiquement l'emploi du temps de Chopin. Il était calme et concentré, quoique, au pied d'un feu rouge, comme Chopin s'apprêtait à passer le pont de l'Alma, une chanson qu'avait aimée Martine fît monter brusquement dix larmes aux yeux de Vito, et sur l'autre rive il pleuvait encore.

Finalement, dans Lac comme dans beaucoup de ses romans, l'intrigue importe finalement assez peu, puis que c'est l'écriture, poétique, mystérieuse, dandy, pleine d'humour distancié, qui est le réel personnage principal.

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