Publié le 10 Janvier 2017

C'est une pratique à laquelle je ne m'étais jusqu'alors pas livrée alors qu'elle est de saison : faire un bilan de l'année précédente, en ce qui me concerne en littérature et en cinéma.
Commençons par les chiffres : j'ai vu 43 films (en vrai un peu plus, j'en omets certains), ce qui est un bon score sans être impressionnant non plus. J'ai lu 10 livres, ce qui est en fait vraiment peu, mais pour ma défense, j'en ai lu plusieurs un peu longs et un peu laborieux.
Pour comparaison, j'ai vu 36 films en 2015 et 17 en 2014 (mais je ne les notais pas tous, et je regardais plus de séries à l'époque) ; j'ai lu 13 livres en 2015 et 6 (!) en 2014.

Je fais une sorte de classement plus bas, mais s'il me fallait résumer mes moments marquants, en littérature je citerais Blessés de Percival Everett ; au cinéma je ne peux pas ne pas mentionner le magnifique Carol de Todd Haynes, The Swimmer, et un certain nombre de réalisateurs asiatiques formidables que j'ai découverts ou approfondis, comme Kurosawa ou Ozu. J'ai quand même vu un bon nombre de très bons films, et ça c'est chouette.

Livres vraiment très bons :
Blessés (Percival Everett, 2005)
Le dernier monde (Céline Minard, 2007)
Comment va la douleur ? (Pascal Garnier, 2006)

Films vraiment super :
Butch Cassidy And The Sundance Kid (George Roy Hill, 1969)
Rashomon (Akira Kurosawa, 1950)
The swimmer (Frank Perry, 1968)
Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991)
F for Fake (Orson Welles, 1973)
The Player (Robert Altman, 1992)
A touch of zen (King Hu, 1971)
Entre le ciel et l'enfer (Akira Kurosawa, 1963)
La folle journée de Ferris Bueller (John Hughes, 1986)
Birdman (Iñárritu, 2014)
Bande de filles (Céline Sciamma, 2014)
Voyage à Tokyo (Ozu, 1953)
To Be or Not to Be (Ernst Lubitsch, 1942)
Carol (Todd Haynes)

Et c'est là que cette sélection est injuste, parce que dans les autres films et autres livres, il y en a de très bons, d'autres plus moyens ; mais qui m'ont laissé un souvenir moins fort que les autres. Mais c'est comme ça, c'est mon blog, je dis ce que je veux.

Tous les autres livres :
En attendant Bojangles (Olivier Bourdeaut, 2016)
Passion simple (Annie Ernaux, 1991)
Lac (Jean Echenoz, 1989)
Réparer les vivants (Maylis de Kerangal, 2014)
Prologue (Bernard-Marie Koltès)
Et on tuera tous les affreux / Poésies (Boris Vian)
La Peste (Camus, 1947)

Tous les autres films :
Vol au-dessus d'un nid de coucou (Miloš Forman, 1975)
I origins (Mike Cahill, 2014)
Je suis mort mais j'ai des amis (Guillaume et Stéphane Malandrin, 2015)
Vanilla Sky (Cameron Crowe, 2001)
Old Boy (Park Chan-wook, 2003)
Captain Fantastic (Matt Ross, 2016)
L'armée des douze singes (Terry Gilliam, 1995) – La jetée (Chris Marker, 1962)
Le château ambulant (Hayao Miyazaki, 2004)
Hard boiled (John Woo, 1992)
Vertigo (Hitchcock, 1958)
Sky Captain and the world of tomorrow (Kerry Conran, 2004)
La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959)
Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998)
Merci Patron (François Ruffin, 2016)
Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force
The Revenant (Iñárritu, 2016)
Ex Machina (Alex Garland)
Casino Royale (2006)
Lilith (Robert Rossen, 1964)
Munich (Spielberg)
Spectre (Sam Mendes)

Et pour le plaisir sadique, la liste de ce que je n'ai pas aimé cette année (et il y a du beau monde pourtant dans cette liste) :

Melancholia (Lars von Trier, 2011)
Raging bull (Martin Scorcese, 1980)
The Grandmaster (Wong Kar-wai, 2013)
Starship Troopers (Paul Verhoeven, 1997)
A Bigger Splash (Jack Hazan, 1973)
Star Wars (épisodes 1, 2 & 3)

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #littérature, #Bilan

Publié le 9 Janvier 2017

Tentative de résumé, même si, comme je le dirai plus bas, c'est un roman presque impossible à raconter, tellement les personnages s'enchevêtrent, se croisent et se recroisent. Ça va plutôt ressembler à une liste de personnages (pas tous) et de leurs relations changeantes.

Édouard est un écrivain, c'est le double de Gide. Il travaille à un roman qui s'appelle Les Faux Monnayeurs. Le jeune Olivier, aspirant poète, l'admire, ils sont plus ou moins amoureux mais les quiproquos s'enchaînent entre eux. Laura, l'épouse de Félix Douviers, a eu un penchant pour Édouard, mais maintenant elle est enceinte de Vincent, le grand frère d'Olivier.
Robert de Passavant est un écrivain mondain, c'est l'« ennemi » littéraire d'Édouard. Il veut lancer une revue littéraire d'avant-garde, dont Olivier serait le directeur.
Bernard est un ami d'Olivier, en pleine rebellion adolescente, qui part vivre sa vie.
La Perouse est un vieux professeur de piano, dépressif et suicidaire, ami d'Édouard. C'est le grand-père de Boris, qui est gardé en Suisse par une doctoresse polonaise, Mme Sophroniska, accompagnée de sa fille Bronja, dont Boris est très proche.
Édouard part en Suisse, accompagné d'Édouard, devenu son secrétaire, et de Laura, enceinte, qu'Édouard prend en charge. Bernard est amoureux de Laura, qui aime Édouard. Olivier est jaloux de Bernard et de sa proximité avec Édouard.
De retour à Paris, Olivier fait une tentative de suicide heureux, après une nuit passée avec Édouard. Bernard croise un ange. Vincent, après être parti étudier les poissons aux Açores, est devenu un sale type en Afrique. Georges, le petit frère d'Olivier et de Vincent, traine avec des sales gosses, et trempe dans un trafic de fausse monnaie qui risque de mal tourner.
Bronja, malade, décède, ce qui rend très vulnérable Boris. Georges et ses copains, menés par le plus inhumain d'entre eux, poussent Boris au suicide.

* * *

Voilà un roman étrange, étonnamment moderne. On est en 1925, André Gide essaye de trouver une nouvelle forme pour le roman. Un de ses personnages s'en fait l'écho :

Je me suis souvent demandé par quel prodige la peinture était en avance, et comment il se faisait que la littérature se soit ainsi laissé distancer ? Dans quel discrédit, aujourd'hui, tombe ce que l'on avait coutume de considérer, en peinture, comme « le motif » ! Un beau sujet ! cela fait rire. Les peintres n'osent même plus risquer un portrait, qu'à condition d'éluder toute ressemblance. (p. 320)

Donc, il faut trouver quelque chose de neuf. Ce qui est pratique, avec le fait d'avoir un double écrivain dans son roman, c'est qu'on peut exposer un projet littéraire :

Mme Sophroniska, conviée au thé et encouragée par Bernard et par Laura, s'enhardit jusqu'à oser prier Édouard de leur parler de son futur roman, si toutefois cela ne lui était pas désagréable.
« Nullement ; mais je ne puis vous le raconter. »
Pourtant il sembla presque se fâcher,  lorsque Laura lui demanda (question évidemment maladroite) « à quoi ce livre ressemblerait ».
« À rien, s'était-il écrié ; puis aussitôt, et comme s'il n'avait attendu que cette provocation : – Pourquoi refaire ce que d'autres que moi ont déjà fait, ou ce que j'ai déjà fait moi-même, ou ce que d'autres que moi pourraient faire ? » [...]
« Est-ce parce que, de tous les genres littéraires, discourait Edouard, le roman reste le plus libre, le plus lawless..., est-ce peut-être pour cela, par peur de cette liberté même (car les artistes qui soupirent le plus après la liberté, sont les plus affolés souvent, dès qu'ils l'obtiennent) que le roman, toujours, s'est si craintivement cramponné à la réalité ? [...] Le seul progrès qu'il envisage, c'est de se rapprocher encore plus du naturel.
« Parce que Balzac était un génie, et parce que tout génie semble apporter à son art une solution définitive et exclusive, l'on a décrété que le propre du roman était de faire « concurrence à l'état civil ». Balzac avait édifié son œuvre ; mais il n'avait jamais prétendu codifier le roman ; son article sur Stendhal le montre bien.
« [...] Je voudrais un roman qui serait à la fois aussi vrai, et aussi éloigné de la réalité, aussi particulier et aussi général à la fois, aussi humain et aussi fictif qu'Athalie, que Tartuffe ou que Cinna.
— Et... le sujet de ce roman?
— Il n'en a pas, repartit Édouard brusquement ; et c'est là ce qu'il a de plus étonnant peut-être. Mon roman n'a pas de sujet. Oui, je sais bien ; ça a l'air stupide ce que je dis là. Mettons si vous préférez qu'il n'y aura pas un sujet... « Une tranche de vie », disait l'école naturaliste. Le grand défaut de cette école, c'est de couper sa tranche toujours dans le même sens ; dans le sens du temps, en longueur. Pourquoi pas en largeur ? ou en profondeur ? Pour moi, je voudrais ne pas couper du tout. Comprenez-moi : je voudrais tout y faire entrer, dans ce roman. Pas de coup de ciseaux pour arrêter, ici plutôt que là, sa substance. (p. 182)

(Oui, je vais faire de longues citations, mais Gide parle de tout ça mieux que moi).
Et effectivement, c'est un roman construit sur la largeur, sur l'épaisseur. En fait, ça me fait penser à une série TV, du genre Mad Men ou Six feet under : on suit des personnages à qui il arrive des choses, sans qu'il y ait besoin de propos dramaturgique. C'est beau, triste et gai comme dans la vie. Ça me fait aussi penser au cinéma de Robert Altman, à sa façon de construire ses récits en cercle, comme dans The Player. Cela semble très improvisé, très libre dans l'écriture, et en même temps c'est très construit, avec les croisements infinis et parfois vertigineux de personnages.

Ce qui est amusant, c'est que Gide est très présent dans l'écriture, à la fois à travers son double, Édouard, dont j'ai déjà parlé, mais aussi à sa façon de souligner qu'il y a des choses qu'il ignore dans son récit :

J'aurais été curieux de savoir ce qu'Antoine a pu raconter à son amie la cuisinière ; mais on ne peut tout écouter. Voici l'heure où Bernard doit aller retrouver Olivier. Je ne sais pas trop où il dîna ce soir, ni même s'il dîna du tout. (p. 30)

Robert de Passavent, qui se dit maintenant son ami, est l'ami de beaucoup de monde. Je ne sais trop comment Vincent et lui se sont connus. (p. 40)

On est loin du narrateur omniscient, comme chez Balzac. Chez Balzac, c'est Dieu qui parle, ici, c'est un écrivain, avec ses failles et ses doutes, exprimés notamment dans un chapitre très étonnant, où Gide fait le point sur son roman, ce qui lui plait et ce qui ne va pas, ce qui renforce le caractère (faussement) improvisé du récit :

[...] L'auteur imprévoyant s'arrête un instant, reprend souffle, et se demande avec inquiétude où va le mener son récit. [...] Édouard m'a plus d'une fois irrité (lorsqu'il parle de Douviers, par exemple), indigné même ; j'espère ne l'avoir pas trop laissé voir ; mais je puis bien le dire à présent. [...] Que faire avec tous ces personnages ? Je ne les cherchais point ; c'est en suivant Bernard et Olivier que je les ai trouvés sur ma route. Tant pis pour moi ; désormais, je me dois à eux. (p. 215)

C'est une des particularités des Faux-Monnayeurs : même si on est dans le roman, à fond avec les personnages, jamais Gide ne nous fait oublier qu'on est dans un roman, il montre la mécanique. Et c'est souvent fait avec une pointe d'humour. Par la bouche d'Édouard, il nous parle par exemple de son rapport aux personnages :

[Édouard] se dit que les romanciers, par la description trop exacte de leurs personnages, gênent plutôt l'imagination qu'ils ne la servent et qu'ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît. Il songe au roman qu'il prépare, qui ne doit ressembler à rien de ce qu'il a écrit jusqu'alors. Il n'est pas assuré que Les Faux-Monnayeurs soit un bon titre. (p. 75)

Ou encore lorsqu'il parle de l'avancement de l'écriture de son roman :

[Journal d'Édouard] Écrit trente pages des Faux-Monnayeurs, sans hésitation, sans ratures. Comme un paysage nocturne à la lueur soudaine d'un éclair, tout le drame surgit de l'ombre, très différent de ce que je m'efforçais en vain d'inventer. Les livres que j'ai écrits jusqu'à présent me paraissent comparables à ces bassins des jardins publics, d'un contour précis, parfait peut-être, mais où l'eau captive est sans vie. À présent, je la veux laisser couler selon sa pente, tantôt rapide et tantôt lente, en des lacis que je me refuse à prévoir.
X. soutient que le bon romancier doit, avant de commencer son livre, savoir comment ce livre finira. Pour moi, qui laisse aller le mien à l'aventure, je considère que la vie ne nous propose jamais rien qui, tout autant qu'un aboutissement, ne puisse être considéré comme un nouveau point de départ. « Pourrait être continué... », c'est sur ces mots que je voudrais terminer mes Faux-Monnayeurs. (p. 322)

Je parlais d'humour, il faut quand même que je mentionne une description acerbe et assez drôle du milieu littéraire contemporain du roman. Le personnage de Robert de Passavant, plein de fatuité, est l'introduction au milieu dadaïste (même s'il n'est jamais nommé) dans lequel on trouve nommément Alfred Jarry dans une description très drôle. Dans la revue d'avant-garde que Passavent monte figurera d'ailleurs un certain portrait de la Joconde avec des moustaches. Gide a l'air de penser peu de bien de ce milieu.

Sinon, sur un registre très différent, nulle part n'est abordée l'homosexualité sur un plan moral, alors qu'on est en 1925, et que ça ne devait pas être simple... Une fois le mot « honte », pour dire qu'il n'y en a aucune, sans dire d'où elle pourrait venir. Ça ne pose aucun problème à la mère d'Olivier, si ce n'est de la « jalousie ». C'est étonnamment moderne, en fait. (Plus sur le sujet ici, j'avoue que je n'ai pas eu le courage de tout lire).

Et une dernière citation que j'ai relevée au passage :

À mesure qu'une âme s'enfonce dans la dévotion, elle perd le sens, le goût, le besoin, l'amour de la réalité. J'ai également observé cela chez Vedel, si peu que j'aie pu lui parler. L'éblouissement de leur foi les aveugle sur le monde qui les entoure, et sur eux- mêmes. Pour moi qui n'ai rien tant à cœur que d'y voir clair, je reste ahuri devant l'épaisseur de mensonge où peut se complaire un dévot.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature

Publié le 17 Décembre 2016

R. P. McMurphy est interné en hôpital psychiatrique, ce qui lui permet d'éviter une peine de prison pour viol et diverses bastons. Charismatique, il s'impose dans son nouveau milieu, organise un casino clandestin et des tournois de basket, emmène les autres patients pêcher...
Mais son exubérance ne le fait pas bien voir par une organisation répressive et ordonnée, qui se pose cette question : est-il réellement « fou » ?

J'avais vu ce film il y a de nombreuses années, j'en avais gardé un souvenir tellement flou que je pensais qu'il était en noir et blanc. Je crois que je n'ai en fait pas grand-chose à en dire, à part qu'il est très bien. Drôle, plutôt tendre dans le regard qu'il pose sur les patients, parfois très dur – ça ne donne pas envie de vivre dans un HP aux États-Unis dans les années 60... Jack Nicholson y est épatant, comme tout le casting d'ailleurs. Je note que la réalisation est sobre, presque neutre – même si efficace – là où d'autres auraient peut-être surjoué des effets pour singer la folie. Ici l'enjeu c'est l'intrigue et les personnages, pas besoin d'en faire des caisses.
Je lis que Miloš Forman voyait ce film comme une métaphore du système soviétique, qu'il a connu en Tchécoslovaquie.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 30 Novembre 2016

Ian Gray (Michael Pitt) est un scientifique qui travaille avec sa jeune assistante Karen (Brit Marling) sur la structure de l'œil, visant à prouver son évolution au fil du temps – et donc à réfuter les théories créationnistes, qui considèrent que la perfection de l'œil est la preuve de l'intervention divine. Passionné, il prend des photos des yeux d'à peu près tous les gens qu'il croise.
À une soirée d'Halloween, il rencontre une jeune femme masquée aux yeux magnifiques et c'est un coup de foudre mutuel. Sauf que la demoiselle s'enfuit, et qu'il ne sait pas comment la retrouver. Un matin, alors qu'il est 11h11m11s, guidé par une intuition sortie d'on ne sait où, il monte dans le bus 11 qui s'arrête juste devant lui (#WTF). Quand un chien aboie, il se dit que c'est le bon moment de sortir du bus (#WTF). Et devant lui se dresse une publicité pour un parfum sur laquelle il reconnaît les yeux de l'inconnue, qui s'avère donc être Sofi (Àstrid Bergès-Frisbey), mannequin.
Et puis un jour, par hasard, il la croise dans le métro, et ils se font des bisous, et c'est formidable, c'est l'amour fou. Elle est pourtant à l'opposé de Ian : très spirituelle, croyant à la réincarnation, aux vies antérieures, aux forces spirituelles...
# attention à partir de là je spoile # Sauf qu'un jour elle meurt d'une façon assez atroce.
Sept ans plus tard, Ian est marié avec Karen, ils ont un enfant. Lors d'un scan rétinien, ils découvrent que leur fils a la même signature rétinienne qu'un type mort, ce qui est statistiquement impossible (comme les empreintes digitales, les yeux sont uniques). Ils se posent un peu des questions, mais très vite ils se disent que l'hypothèse la plus plausible est celle d'une forme de réincarnation (#WTF). Ils découvrent qu'une petite indienne de ± 7 ans a les mêmes yeux que Sofi. Ian part à sa recherche, il a soumet à un test qui consiste à lui montrer des photos d'objets liés à Sofi pour voir si elle les reconnaît. Le test est raté. En partant, alors qu'ils s'apprêtent à prendre l'ascenseur, la petite est prise d'une crise de panique. Coïncidence ? Je ne crois pas...
# fin du résumé mais les spoils continuent dans la critique #

Ce film est donc l'itinéraire d'un cartésien vers une forme de mysticisme*. Sauf que le chemin que Mike Cahill fait emprunter à son personnage n'est pas assez cartésien, justement, pour être crédible par rapport à ce qu'on sait du personnage. Le résultat c'est que j'ai fini par décrocher et par ne plus croire du tout à cette histoire.
Ainsi, Ian passe presque pour un connard relou à constamment répéter à Sofi que lui est rationnel, qu'il ne croit pas à ses bêtises enfantines de réincarnation et compagnie ; il l'engueule presque de croire à ça. La ficelle est grosse : forcer un trait de caractère pour valoriser un changement du personnage par la suite. Sauf que ce changement repose sur une hypothèse totalement farfelue (pour ce personnage) : les yeux sont le miroir de l'âme, si on a les mêmes yeux qu'un·e autre cela veut dire qu'on partage la même âme. Je n'arrive pas une seule seconde à croire qu'une telle hypothèse puisse arriver aussi vite et paraître aussi évidente au personnage qui est dépeint au début du film. Il faudrait d'abord écarter l'hypothèse d'une erreur (tout cela repose sur un logiciel qui pourrait avoir ses failles) ou d'une coïncidence, voire d'un postulat de base erroné : peut-être que les iris ne sont finalement pas si uniques que ça. Mais non, Ian et sa femme Karen, tout aussi cartésienne, privilégient directement l'hypothèse d'une forme de réincarnation (ce sont donc les deux seuls scientifiques à n'avoir jamais entendu parler du rasoir d'Ockham).
Sur un registre anecdotique, le protocole de l'expérience visant à tester la petite indienne est complètement biaisée et non-scientifique**, ce qui, encore une fois, est un comble pour ces personnages présentés comme farouchement scientifiques.

Le schéma est assez classique, c'est celui d'un récit fantastique : dans un monde rationnel, des éléments de fantastique vont petit à petit amener un personnage à modifier son jugement, entraînant le spectateur avec lui. Et c'est ce cheminement, au cœur du film, que Mike Cahill a pour moi raté. La bascule est ici trop brutale pour être crédible, et c'est dommage. Le film est assez prévisible : à part les incongruités, j'avais plus ou moins anticipé tout ce qu'il se passe (alors que normalement je suis nul à ce jeu, hein). Tout ça combiné, ça fait beaucoup, j'ai trop vu les (nombreuses) grosses ficelles un peu mélo pour adhérer.
C'était pourtant un film que j'avais envie d'aimer : c'est un film indépendant, avec des super acteurs, qui se base sur une idée belle et poétique (retrouver un être que l'on a aimé à travers les yeux d'un autre), avec une réalisation plutôt classique mais belle. Dommage.

* Je sais que ces termes ne sont pas parfaitement appropriés, mais faute d'en trouver de meilleurs je vais rester sur cette opposition cartésien/mystique. Je précise quand même qu'il n'y a rien de péjoratif dans le choix de ce terme !

** Sur ce genre d'expérience, on n'annonce pas « correct » et « incorrect » à voix haute, ça laisse penser au sujet qu'il y a une bonne et une mauvaise réponse, c'est stressant et ça peut fausser ses réponses.

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Publié le 27 Novembre 2016

Grand Ours est un vieux groupe de rock (totalement ringard d'ailleurs) composé de vieux roublards du rock : Jipé le chanteur, Yvan le bassiste et Wim le guitariste. Alors qu'ils vont partir faire une tournée à Los Angeles, Jipé meurt (d'une façon d'ailleurs complètement incompréhensible). Après avoir récupéré les cendres de Jipé chez son frangin chanteur de variétoche, après avoir rencontré le mec de Jipé dont tout le monde ignorait l'existence, les compères décident de faire cette tournée américaine, en hommage à Jipé. Évidemment il ne va leur arriver que des emmerdes.

Il y a plein de trucs sympathiques dans ce film : l'ambiance teintée de belgitude, un sens du foutraque et de l'improbable, les deux acteurs principaux, Bouli Lanners et Wim Willart, qui sont absolument formidables... La photo est très belle, il y a un réel sens du cadre. Pourtant il y a trop de défauts pour que ce soit un bon film. D'ailleurs, ce ne sont pas vraiment des défauts, c'est plutôt qu'il y a plein d'idées amusantes et sympathiques qui ne sont pas ou mal traitées. On aimerait passer plus de temps avec le frère de Jipé, on aimerait que certains personnages soient plus travaillés, on se demande pourquoi introduire deux batteurs au groupe si c'est pour les éliminer aussi vite ; dans le même temps certains scènes (à base de blagues sur du vomi) s'étirent alors que c'est pas drôle du tout. Certains dialogues font mouche, d'autres sont vraiment mal écrits, portés par un jeu pas toujours juste (sauf évidemment les deux acteurs principaux). Le film ressemble à une sorte de road movie foutraque, mais en même temps il fait du sur-place.
J'avais pourtant bien envie d'aimer ce film, qui m'a peut-être été survendu par A. et V. Je crois que je préfèrerais revoir Eldorado (2008), le beau film de Bouli Lanners, dont je garde un très bon souvenir.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 22 Novembre 2016

[Attention, des spoils se cachent dans cet article]

David Aames (Tom Cruise) est un jeune playboy New-Yorkais, riche héritier de l'empire éditorial de son père. Il tombe amoureux à une soirée de Sofia (Penelope Cruz). Après une nuit terriblement romantique, il croise son ex, la stalkeuse Julie (Cameron Diaz). Ils se disputent, Julie précipite sa voiture du haut d'un pont et meurt sur le coup, alors que David est défiguré. Il s'enferme, déprime, peine à différencier rêve et réalité. Alors qu'elle le fuyait, David renoue avec Sofia et apprend qu'on va pouvoir reconstruire son visage.
En montage parallèle, quelques temps plus tard, un psychologue (Kurt Russel) interroge David, le visage masqué. Il est en prison pour une histoire de meurtre dont on apprendra les détails au fur et à mesure (tout le premier paragraphe ci-dessus est donc une sorte de flash back).

Quand on écrit des histoires, on apprend vite que la pire fin que l'on puisse écrire, la plus fainéante, est « en fait tout ceci n'était qu'un rêve. » C'est exactement ce qu'il se passe ici.
Le film joue à plusieurs reprises sur la confusion entre rêve et réalité, les deux étant mis en scène de la même façon, rien ne nous permet de faire la différence. Il y a donc un jeu sur la confusion qui peut justifier la fin du film, même si honnêtement elle est vraiment prévisible. Le principal problème de cette fin pour moi est qu'elle donne lieu à une scène explicative terriblement longue et inutile, avec un ton vaguement New age qui n'est pas vraiment mon truc.
Certaines scènes sont manifestement manquantes pour donner une cohérence à la progression psychologique des personnages. Après son terrible accident, David s'isole (il est défiguré quand même) ; quand il a le courage de renouer avec ses amis, ils l'envoient chier en mode « ouais on t'aime plus, t'es plus sympa, on préférait le David d'avant », alors que ça fait à peu près 1/4 d'heure qu'ils se sont retrouvés. Je sais pas vous, mais mes amis sont plus bienveillants que ça. Il a-t-il eu des scènes coupés au montage ? Je n'en sais rien et je m'en fous un peu, je n'ai pas regardé une version de travail mais un film fini, c'est leur boulot de rendre ça cohérent. Idem pour le psy qui n'est pas crédible (alors que Kurt Russel, tout de même).
Malgré tout ça, ce n'est pas un film désagréable : les acteurs sont très bons, certaines scènes sont plutôt réussies. Le problème c'est surtout que des œuvres qui jouent sur la confusion entre rêve et réalité, il y en a eu de sacrés paquets. Un film un peu faiblard, à la mise en scène pas particulièrement inventive mais sympathique supporte difficilement la comparaison avec des Lynch, des Cronenberg ou même certains Nolan...

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 14 Novembre 2016

Oh Dae-su, sur le toit d'un immeuble, retient par la cravate un type qui avait manifestement envie de se suicider. Il lui raconte son histoire, qui commence dans un commissariat, où Dae-su, ivre, est retenu pour tapage. Son ami Joo-hwan vient le libérer, mais Dae-su disparaît mystérieusement. Enfermé dans une cellule dans laquelle il restera pendant 15 ans, proche de la folie, s'entraînant en boxant contre les murs, abruti par la télévision, creusant le mur pour s'échapper, il se promet de se venger contre celui qui l'a enfermé.
Libéré sans explication, il se rend dans un restaurant, où il reçoit un coup de téléphone du coupable. Après s'être évanoui, il se réveille chez Mi-do, la cuisinière, qui va l'aider dans sa longue recherche.

Voilà un film superbe et horrible, superbement horrible et horriblement superbe. Torture, auto-mutilation, perversité, sadisme, c'est un film qui ne nous épargne pas grand-chose – pas vraiment un film de dimanche soir apaisant, en somme.
Mais cela ne doit pas cacher l'impressionnante maîtrise filmique de Park Chan-wook. Les cadres sont superbement composés, la lumière est magistrale, le montage est plein de surprises... L'introduction du film, très abrupte, passant de scène en scène avec des ellipses de temps et de lieu très violentes, est magistrale. Il y a bien un ou deux effets kitchs (le passage du calendrier), mais tout de même, qu'est-ce que c'est bien foutu – y compris évidemment le fameux plan-séquence où Oh Dae-su affronte, dans un couloir, toute une armée de ses anciens geôliers.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma