Publié le 14 Septembre 2017

Réalisé dans les années 1960, ce livre a été publié en 1976 sur un mode « fanzine », en version bilingue français/anglais, avec le concours du ministère de la « Qualité de Vie », à l'occasion de la Première Conférence Internationale sur l'Habitat Humain.
Et c'est passionnant. Déjà, c'est beau : le texte est illustré de petites vignettes schématiques qui mine de rien inventent tout un vocabulaire graphique simple et efficace. Yona Frideman y expose, de façon didactique1, des problématiques liées au logement, à la cohabitation des humains, à la production de nourriture, de déchets...
Yona Friefman propose différents solutions aux problématiques exposés, certaines s'excluent, d'autres se complètent (ce sont des pistes de réflexion plus que des réponses clé en main)

  • changer de nourriture : on a remplacé les espèces de plantes locales, résistantes, par des espèces importées et moins résistances. Il faudrait revenir au local, à la végétation « naturellement » adaptée au milieu.
  • l'agriculture urbaine (circuits courts)
  • migrer dans zones plus adaptées à la vie : l'habitat dans des zones chaudes (Afrique), ce qui permettrait de réduire les coûts liés au chauffage (la climatisation n'était sans pas aussi présente dans les années 1960) ; l'agriculture dans des zones tempérées
  • changer la mentalité économique et le concept de rentabilité et notre système de valeurs
  • vivre en utilisant les déchets produits par nos industries et nos organisations
  • accepter les avantages et les défauts d'un écosystème artificiel.

Dans un monde qu'il prévoit voué à l'appauvrissement, Yona Friedman insiste sur la notion de village : un petit espace, où la communication est facile, où l'on peut choisir ses voisins. Ils se livre aussi à une revalorisation du bidonville, « le bidonvillage ».
C'est malin et bien pensé, les solutions explorées restent cohérentes et poussent à la réflexion. Certes, la pensée écologique a évolué sur certains points, mais ça ne suffit pas à rendre ce livre moins actuel et salutaire.

1. Le ton m'a un peu rappelé, le cynisme en moins, le fameux L'Île aux Fleurs de Jorge Furtado (1989).

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #essai, #écologie

Publié le 9 Septembre 2017

Nous sommes au début des années 1990. L'épidémie de sida fait rage depuis une dizaine d'années, et les malades se heurtent à l'inaction du pouvoir public et des laboratoires pharmaceutiques. Le film se concentre sur Act Up-Paris, association militante et activiste visant à réveiller les consciences et à faire bouger les choses : manifestations bruyantes, interventions dans des colloques officiels avec jet de (faux) sang, sit-in, gay-pride festive et dansante...

Et c'est dans ce cadre que l'on suit divers personnages, dans ce film-choral magnifique et bouleversant, dont je ne pense à peu près que du bien – je serai donc très laudatif.
Les acteurs sont sublimes, qui incarnent magnifiquement des héros ordinaires denses et riches ; même les seconds rôles ont une vraie épaisseur.
Cette fiction s'inspire des faits réels, et ça se sent justement dans cette richesse d'incarnation. Malades, « séro-neg », homos et hétéros (c'est une lutte qui engage principalement des homosexuels et qui s'élargit aux toxicos, aux prostituées, aux prisons....), autorités officielles ou médicales, opposants, tout ce monde qui se dessine est passionnant, un peu terrifiant aussi il faut dire. Act Up est porté par la force du collectif, et toutes les scènes d'actions militantes sont belles et fortes – cette façon d'être ensemble, d'agir ensemble est particulièrement touchante. Pour autant, les différentes batailles d'égos ou les désaccords au sein du groupe ne sont pas cachés, au contraire, il font partie de la force de ce collectif.
Mais ce collectif tient aussi en dehors du cercle militant, dans des échanges, des rencontres, des scènes de fête et de danse qui font partie des plus belles et des plus fortes que j'ai vues depuis un moment. Et c'est une autre des forces de ce film : même s'il est tragique, parce que le sida est omniprésent et qu'il signifie douleur, peur, mort, il arrive à être drôle, joyeux et plein de force de vie. C'est un cliché, mais qui s'applique parfaitement à 120 battements par minute : on passe souvent du rire aux larmes.
Bref, c'est fort, sublime, salutaire et indispensable.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #chef d'œuvre

Publié le 8 Septembre 2017

Sebastian (Ryan Gosling) est un pianiste de jazz qui rêve d'ouvrir un club pour pouvoir y jouer de la vraie musique, et Mia (Emma Stone, plutôt bien) est une aspirante actrice serveuse dans un café et qui aimerait bien écrire des pièces. Et puis ils vont tomber amoureux, et parfois ça ne va pas toujours bien se passer.

Ah la la, quel ratage, quel dommage... Parce qu'une comédie musicale, on a envie de bien l'aimer, d'avoir le sourire après l'avoir vu, et puis bah non. Les chansons sont pas terribles, les chorégraphies non plus, Ryan Gosling a le charisme d'une huitre et chante mal, c'est mal filmé, mal monté, le scénario enchaîne les clichés... On n'y croit pas à ces personnages, à leur histoire, on n'est jamais ému, parce qu'on a déjà vu toute cette histoire des dizaines de fois, mieux traité, mieux incarné.
C'est un film terriblement frustrant, parce qu'on a envie que ça décolle, que ça danse, que ça y aille, qu'on s'amuse, et puis non. C'est très plan-plan et très pépère. Les chorégraphies sont molles, la scène introductive (qui évoque Les Demoiselles de Rochefort en tellement moins bien) n'a pas de souffle, Emma Stone et Ryan Gosling se contentent d'enchaîner des petits pas chassés timides... C'est flagrant quand ils sont dans le planétarium et qu'ils s'envolent dans les étoiles : ça pourrait être un peu foufou, et non, ils se contentent de faire trois pas de valse et puis ils redescendent. Quel gâchis. Idem pour cette séquence à la fin où les deux personnages principaux évoluent dans des décors en carton, les décors sont beaux, mais les danses et les musiques sont tellement molles qu'on ne décolle jamais, ça n'a pas d'énergie, pas de souffle.
Et puis comme dans le déjà pas réussi Whiplash, Damien Chazelle parle tout le temps de jazz, « le jazz ceci, le jazz cela », mais il est complètement à côté de la plaque. Mec, écoute ta bande originale, c'est de la soupe ! J'ai déjà oublié toutes les chansons et je n'ai envie d'en réécouter aucune. Et où est l'énergie, l'urgence du jazz ?
Et puis Damien Chazelle n'est pas un bon réalisateur : la caméra virevolte, tourne dans tous les sens, mais sans direction, sans que ça ait du sens, sans que ça raconte quoi que ce soit. C'est de l'effet, de l’esbroufe même pas réussie. Il enchaîne les champs-contre-champ... Bref, c'est pas bien.
Et comme pour Whiplash, je ne comprends pas l'engouement pour ce film. Toutes les comédies musicales que j'ai vues, même celles qui m'ont moins plu type A Star is born, de l'âge d'or des années 50 aux films plus récents, toutes ces comédies musicales sont meilleures que ce film. Parce qu'on s'y amuse, parce qu'il y a un peu de folie, parce qu'on rit avec le film et ses excès. Là j'ai ri du film, ce qui n'est jamais bon signe.

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Publié le 2 Septembre 2017

Résumons. Gould est un enfant précoce, génial. Son père est un général toujours absent, qui l'appelle rapidement tous les vendredi soirs ; à priori sa mère est internée. Gould est accompagné de Poomerang le muet et de Diesel le géant, deux compagnons drôles mais d'autant plus effrayants qu'ils sont probablement imaginaires. Et Shatzy est la jeune femme un peu excentrique qui s'occupe de Gould.
Mais une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit. Parce que ce livre formidable est un roman à tiroirs : digressions, apartés, récits dans le récit... Donc, dans City, il y a également un western à Closingtown, la ville où le temps s'est arrêté ; la carrière du boxeur Larry « Lawyer » Gorman ; des considérations sur le football ; une analyse des Nymphéas de Monet ; un essai sur l'honnêteté intellectuelle ; et plein d'autres choses encore.
Et c'est passionnant et brillant. Il y aurait plein de choses à dire, sur la façon complexe et en même temps très libre d'enchevêtrer ces récits, sur les différents registres d'écriture et de langage, sur la façon dont les dialogues sont structurants à plein de passages, sur le fait que Baricco aime bien balader le lecteur sans jamais le perdre... Bref, c'est un livre riche, brillant, drôle, touchant et passionnant.

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Publié le 20 Août 2017

Will Dormer (Al Pacino, parfait) et son partenaire Hap Eckhart, deux brillants policiers de Los Angeles sur la touche, sont envoyés dans un petit bled de l'Alaska pour enquêter sur le meurtre d'une jeune femme. L'affaire tourne mal quand Dormer tue par accident son partenaire en essayant d'attraper l'assassin, et qu'il ment. L'assassin le contactera pour essayer de se servir de lui.

Donc Nolan, après le succès de Memento, qui restait encore un petit film, s'est vu proposer cette grosse production, avec Steven Soderbergh et George Clooney (!) aux manettes. Et c'est parti pour les films à gros budget : suivront les Batman (2005, 2008, 2012), Inception, Interstellar etc.
Insomnia est donc un polar très classique, un film noir comme il y en a plein, avec des morts, des conflits entre le bien et le mal, entre le juste et l'injuste, entre le moral et l'immoral. La photo est belle, les acteurs très bien, c'est du bon travail. Mais c'est somme toute assez prévisible : personnages, rebondissements, péripéties, final, tout est déjà vu. J'avoue n'avoir pas vraiment réussi à m'y intéresser.
La seule originalité du film est le lieu où il se déroule : cette petite bourgade d'Alaska où le soleil ne se couche pas pendant l'été, empêchant le pauvre Al Pacino de dormir.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 20 Août 2017

Aglaé (India Hair) installe les mannequins qui serviront pour les crash tests dans une usine automobile. Son monde s'effondre quand elle apprend que l'usine va fermer et être délocalisée en Inde : elle n'imagine pas faire un autre métier. Elle décide donc d'accepter le poste qu'on lui propose en Inde. Elle part donc avec Liette (Julie Depardieu) et Marcelle (Yolande Moreau) dans une petite Visa pourrie.

Crast test Aglaé est donc un road movie tenu par trois actrices formidables. C'est typiquement le film que genre de film un peu loufoque qu'on a envie d'aimer. Mais malheureusement, dans la seconde partie, quand Julie Depardieu et surtout Yolande Moreau sont débarquées, il se prend un peu trop au sérieux, il perd de sa fraîcheur et de son humour pour devenir premier degré et à certains moments un peu tarte. C'est en particulier à la toute toute fin, qui est vraiment pas réussie, pas cohérente dans le film. Et c'est dommage, parce que la première partie est bien, illuminée par la présence de Yolande Moreau, pleine de surprises, de poésie et d'inattendu.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 19 Août 2017

Bon, autant prévenir tout de suite : il est impossible de parler de Memento sans spoiler
comme un ouf. Donc si vous voulez voir ce (super) film, autant revenir ici plus tard !

Depuis l'assassinat de sa femme, Leonard est atteint d'une perte de la mémoire immédiate, qui l'empêche de fabriquer de nouveaux souvenirs. Sa mémoire à long terme est intacte, il se souvient de sa vie d'avant, mais il vit continuellement dans le présent, sans se rappeler pourquoi il est dans ce bar, où il voulait aller en voiture, qui est cette personne qui lui parle... Mais il se souvient qu'il a une mission : retrouver un certain John G., l'assassin de sa femme. Il se sert de polaroids pour se rappeler les détails quotidiens (quelle est sa voiture, où il habite) et s'est fait tatouer les principaux indices et recommandations (« trouve-le et tue-le », « Ne répond pas au téléphone »...)

La grande et forte idée de cinéma de Nolan, c'est d'aller dans le sens de son personnage, en montant le film à l'envers. On commence par la vengeance de Leonard qui tue John G., et progressivement on remonte le fil de son enquête, des évènements qui l'ont conduit à ce meurtre. Le spectateur vit donc une expérience similaire à celle de Leonard : il assiste au présent, mais sans avoir accès au passé. Il ne sait pas non plus ce qu'il s'est passé avant, le pourquoi et le comment. Et c'est terriblement bien mené, et angoissant au possible. Parce que rapidement, on comprend qu'il y a quelque chose qui ne va pas, qui ne tient pas la route. Et effectivement, en remontant le fil du récit, on découvre petit à petit les erreurs, approximations et manipulations que subit Leonard, et qui l'amènent à faire les mauvais choix. Et c'est terrifiant.
Ce récit à rebours est entrecoupé de séquences en noir et blanc, pendant lesquelles Leonard raconte au téléphone à un mystérieux interlocuteur l'histoire de Sammy Jankis, un homme atteint du même mal que lui.
Ce qui est fort dans Memento, c'est que Nolan arrive à brouiller complètement les pistes. Qui peut-on croire ? Qui est vraiment Teddy ? Qui est vraiment Lenny ? Qui a vraiment tué sa femme, est-elle vraiment morte ? On ne peut croire rien ni personne, et le film se termine sans avoir donné toutes les réponses – ou plutôt en ayant donné plusieurs réponses qu'il est impossible de démêler. Et inutile, parce que toute la beauté et la force de film résident justement dans cette ambiguïté, que n'aurait évidemment pas reniée Borges.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma