Publié le 7 Février 2017

Louise Banks (Amy Adams) est une brillante linguiste hantée par la mort prématurée de sa fille. Une nouvelle fracassante l'interrompt alors qu'elle donne un cours sur le portugais : douze vaisseaux d'origine inconnue ont atterri sur Terre, dans douze endroits différents, sans qu'on puisse comprendre la logique derrière le choix de ces lieux. Les vaisseaux sont immenses, noirs, en forme d'œuf ; ils semblent flotter à une dizaine de mètres au-dessus du sol.
Le colonel Weber (Forest Whitaker) confie à Louise la mission d'entrer en communication avec les extra-terrestres ; le physicien théoricien Ian Donnelly (Jeremy Renner) est également chargé de monter une équipe.
Louise va donc mettre en place un protocole pour arriver à discuter avec les « heptapodes », sur fond d'interrogations sur leurs intentions et d'affrontements diplomatiques entre les différents pays concernés – qui ne sont pas tous de riantes démocraties.

Ne tournons pas autour du pot : waw, quel film ! C'est beau, magnifiquement réalisé, l'histoire est intelligente, superbement écrite, menée, rythmée. Premier contact est un de ces trop rares films de SF qui proposent des images nouvelles, rafraichissantes pour les yeux, et qui pour autant ne mise pas tout sur les effets mais privilégie un scénario riche, dense et intelligent. Denis Villeneuve, réalisateur du très réussi Incendies, rend manifestement ici quelques hommages à Terrence Malik, certains plans de lumière à travers les branches d'arbres avec une voix off mélancolique ne pouvant pas être fortuits, mais on n'est pas non plus dans le pastiche. Certains plans sont très simples, quelques nuages sur des montagnes, mais filmés avec sensibilité, et une photographie magnifique ; Villeneuve joue aussi beaucoup sur ce qui n'est pas montré : hors champ, sons, beaucoup de choses se passent en-dehors du simple cadre. J'ai parfois pensé à Under the skin, qui est, je le rappelle, un des films qui m'a le plus marqué ces dernières années.
C'est un film qui met en son cœur le langage : comment discuter avec des êtres dont on ne sait rien, dont on ignore totalement la façon de penser ? Comment discuter avec ce qui représente une totale altérité, en évitant autant que possible les risques d'incompréhension, de malentendu – qui sont déjà très fréquents entre personnes parlant la même langue... Et malgré quelques grosses ellipses qui passent sous silence le gros du travail (mais en même temps impossible de faire sans), c'est très malin et intelligemment montré.
Mais c'est aussi un film sur la mémoire et sur le temps qui passe, et c'est aussi un film avec un fond politique – les affrontements diplomatiques, notamment – assumé et bien vu.
Bref, c'est superbe et je regrette de ne pas l'avoir vu au cinéma.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #science-fiction, #chef d'œuvre

Publié le 6 Février 2017

Eddie Valiant (Bob Hoskins) est un détective alcoolique des années 50 comme on en trouve dans tout bon film noir. Il travaille à Hollywood, à proximité de Toonville, là où habitent les personnages de dessin animé. Le propriétaire du studio Maroon Cartoons demande à Valiant d'enquêter sur Jessica, la femme de la star Roger Rabbit (pourquoi déjà ?) Valiant surprend Jessica faire « picoti-picota » avec Marvin Acme, directeur d'ACME. Roger Rabbit est dévasté.
Quelques heures plus tard, on apprend la mort de Marvin Acme ; Roger Rabbit est immédiatement accusé. Le juge DeMort (formidable Christopher Lloyd), violemment opposé aux Toons, se charge de l'enquête.
Valiant apprend qu'Acme avait laissé un testament stipulant qu'à sa mort Toonville reviendrait aux Toons1. Si le testament n'est pas retrouvé avant minuit le jour suivant sa mort, Toonville reviendra à Cloverleaf2.
En compagnie de Roger, Valiant mène l'enquête. Jessica lui apprend que Maroon la faisait chanter pour compromettre Acme3, afin qu'il lui vende son studio. Valiant soutire de la bouche de Maroon son plan : vendre son studio et celui d'Acme à Cloverleaf4. Mais Maroon est tué avant d'avoir pu finir d'expliquer le plan. Voyant Jessica s'enfuir, Valiant pense qu'elle est coupable et la suit à Toonville. L'ayant rattrapée, elle explique que c'est le juge DeMort qui est derrière tout ça. Ce dernier les surprend, explique qu'il est propriétaire de Cloverleaf, qu'il cherche à racheter et détruire Toonville pour y faire passer une autoroute. Valiant découvre qu'il est en fait le toon qui a tué son frère il y a des années. Finalement, DeMort est défait, le testament est retrouvé, les Toons sont libérés et tout va bien.

Ouf, quel résumé ! Il a fallu que je vérifie le résumé sur Wikipedia pour être sûr de ne pas dire trop de bêtises, alors que j'ai vu le film hier soir et qu'il est donc encore frais dans ma mémoire. Ce résumé confirme l'impression que j'avais eue en voyant le film : l'intrigue de ce film est étonnamment compliquée, plein de rebondissements, de manipulations et de faux semblants inutiles – et encore, j'ai oublié plein de détails qui alourdissent encore le film dans mon résumé... Mes notes (en bas de l'article) confirment et renforcent cette impression : c'est très compliqué, et par moments inutilement confus. Alors évidemment, toute cette histoire de testament est un « McGuffin », le principal intérêt du film sont les gags et l'univers décrit. Mais pourquoi être aussi confus ? Une histoire plus simple, mieux menée, mieux ficelée, bref un bon scénario bien écrit, aurait largement suffit...
C'est peut-être le moment où je dis que j'ai vu ce film une seule fois, enfant, il y a longtemps – je n'en ai pas trop de nostalgie. Je n'en ai gardé aucun souvenir, mais peut-être le scénario alambiqué explique cela.
L'autre question que je me suis posée est celle-ci : à qui se destine ce film ? Aux enfants ? mais s'y retrouvent-ils dans ce scénario super compliqué ? Et puis quid des nombreuses (et plutôt explicites) blagues de cul qui émaillent le film ? Et quid de son sexisme ? S'adresse-t-il aux adultes ? mais c'est peut-être un peu trop débile pour eux ? Je suis perplexe.
Restent quand même plein de bons gags et de bonnes idées visuelles, des effets spéciaux parfois un peu visibles mais quand même dans l'ensemble bien gérés.

* * *

1. Mais pourquoi a-t-il attendu sa mort pour donner Toonville aux Toons ? Ne pouvait-il pas le faire de son vivant ? Il se fait passer pour un généreux donateur, alors que c'est surtout le type qui a possédé toute une ville et ses habitants de son vivant, et qui en a tiré un très large profit.

2. Les raisons pour lesquelles Toonville reviendrait à Cloverleaf sont un peu obscures, tout comme cette nécessité de trouver le testament avant minuit. D'autant plus que le film donne l'impression de s'étaler sur plusieurs journées, et qu'il n'est plus jamais fait mention de cette urgence – pas de rappel à l'heure, pas de compte à rebours...

3. Si Jessica était forcée, Acme ne l'était donc pas, ce qui en fait bel et bien un vieux dégueulasse. En fait c'est un sale type cet Acme !

4. Mais pour que Toonville appartienne à Cloverleaf, il suffisait de détruire le testament. Il n'y avait donc aucunement besoin de faire chanter Acme...

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #comédie

Publié le 6 Février 2017

Daniel, alias « Microbe », est un jeune ado un peu chétif qui ne vit pas très bien ses années collège. Il va se trouver un ami en l'excentrique Théo, bricoleur précoce, surnommé « Gasoil » – à cause des odeurs d'essence qu'il traîne après avoir aidé son père à réparer sa voiture.
Les deux ados vont se fabriquer une voiture-maison mobile, mue par un moteur de tondeuse, et partir dans une escapade estivale farfelue.

Il y a plein de choses très sympathiques dans ce film. Voir ce véhicule bringuebalant construit par les deux ados sillonner les départementales est vraiment drôle et poétique ; les personnages sont attachants, les jeunes acteurs également, surtout celui incarnant Théo, très naturel dans un rôle pourtant pas simple. Certaines des péripéties sur la route restent sur cette lancée poétique et loufoque. Il y a un ton général que j'ai envie d'aimer dans ce film.
Pourtant, il y a trop de faiblesses dans le scénario pour que ça marche. Pistes lancées sans être creusées, péripéties qui sentent un peu le remplissage, personnages pas assez creusés pour être amusants ou intéressants... Pour faire un bon road trip, il faut des personnages secondaires, il faut du rythme, il faut de la surprise, il faut une cohérence de ton entre tout, et là c'est ce qui manque, la mayonnaise prend mais ne tient pas la durée, et c'est vraiment dommage.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 2 Février 2017

Spartacus travaille dans des mines en Lybie, jusqu'au jour où Lentulus Batiatus le repère et l'enrôle – de force évidemment – dans son école de gladiateurs. Forte tête, Spartacus y apprend le maniement des armes et y rencontre Varinia, esclave elle aussi, dont il tombe amoureux.
Le très ambitieux sénateur Crassus vient en visite dans l'école de Batiatus et demande à voir un combat. Spartacus est vaincu par Draba, un grand Éthiopien, mais ce dernier refuse de le tuer et lance son trident contre Crassus – mais le rate. Draba est tué et son cadavre est laissé en exemple. Écœuré, et apprenant que Varinia a été achetée par Crassus, Spartacus se révolte, bientôt suivi par tous ses compagnons d'infortune. Voyant l'affaire mal tourner, Batiatus s'enfuit.
C'est ainsi que Spartacus se retrouve à la tête d'une armée d'esclaves ayant pris leur liberté, qui ne cesse de grossir, qui tient tête à des légions romaines, et dont le seul but est de quitter l'Italie vers des terres où ils pourraient être libres. Ce qui ne plaît pas du tout au Sénat romain, qui va, sur fond de magouilles politiques et de jeux d'ambitions, chercher le meilleur moyen de se débarrasser de cette encombrante armée.

En discutant avec G. récemment, je constatais que j'avais vraiment vu trop peu de films de Kubrick, et qu'il fallait que je comble ce manque. Au programme, donc, Spartacus.
Eh bien c'est vachement bien, Spartacus. C'est un film gauchiste et révolutionnaire, qui n'a sans doute pas manqué de faire écho à la lutte pour les droits civiques des Noirs américains, et en général à toutes les formes de la lutte des classes. Certes, le film se termine pas très bien puisque Spartacus et son armée sont matées par Rome (oui, pardon pour le spoil, mais sans avoir vu le film je le savais). Mais le message du film est qu'il suffit d'un seul pour entraîner toute une masse, qu'une révolte peut débuter minusculement, que même si cette révolte échoue ce n'est pas grave, puisque la graine est plantée. Et c'est étonnant de voir à quel point un film qui a plus de 60 ans, racontant des faits s'étant produits il y a plus de 2000 ans résonne avec l'actualité récente...
Je parle de « film », mais sans doute serait-il plus juste de parler de « fresque » tant l'ambition, le propos et la durée (3h15) sont vastes. Pour l'anecdote, c'est amusant de voir que c'est un film en deux parties de ± 1h30, séparées par un entractes, et débutant par 3 minutes de musique sans image, sans doute pour dire aux spectateurs de l'époque qu'il est temps de revenir dans la salle. Pourtant, on ne s'ennuie pas dans ce film, parce que tout est au cordeau, minutieusement écrit, interprété, réalisé. Chaque détail compte, chaque dialogue a du sens et apporte quelque chose. C'est dense, mais les scènes peuvent prendre le temps de s'installer et d'être autre chose que des moments purement informatifs.
Les acteurs sont tous formidables et merveilleux, dans des compositions riches et sensibles. Kirk Douglas est bien sûr irréprochable, qui est à l'origine du projet, mais j'avoue un faible pour Tony Curtis qui joue Antoninus, le poète de la bande ; Peter Ustinov est parfait dans le rôle du couard mais attachant Batiatus – il contribue à l'humaniser, à lui donner une profondeur à côté de laquelle on aurait pu passer sinon.
Et Kubrick est derrière toute cette énorme machine, et c'est merveilleux. Il dirige magnifiquement les acteurs, joue des espaces, des plans, des mouvements d'une façon très habile. D'autant plus que les immenses armées qui s'affrontent (avec je ne sais combien de dizaines de milliers de figurants) permettent des plans très vastes, avec des mouvements immenses, qu'il compose superbement.

Il faut quand même que je parle de la fameuse scène à double sens, censurée dans la version originale, présente dans la version restaurée (que j'ai vue) : Crassus demande à Antoninus, alors son esclave, s'il aime « les huitres » (oui) et s'il mange « des escargots » (seulement s'il est obligé). Crassus explique que ses goûts l'amènent à apprécier les deux, et que c'est une question d'appétit, et pas de morale.
Bon, l'allusion est claire, et elle est marrante.
Son seul défaut est qu'elle n'apporte rien au film. Il n'y est fait aucune allusion plus tard, et elle n'apporte rien au personnage de Crassus. Alors, si ce n'était à cause de la censure, ça ne m'aurait pas choqué que cette scène ait été coupée au montage.
Il n'est fait allusion à l'homosexualité nulle part ailleurs dans le film – alors qu'il semblerait qu'elle soit très présente dans le livre dont est tiré le film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #chef d'œuvre

Publié le 30 Janvier 2017

Benjamin Button (Brad Pitt) est né en 1918, dans un corps âgé de plus de 90 ans : arthritique, sourd, avec de la cataracte... Plus le temps passe, plus il grandit et plus il rajeunit. Abandonné par son père à sa naissance, il est élevé par une domestique Noire travaillant dans un hospice pour personnes âgées (clin d'œil). Il rencontre Daisy (Cate Blanchett – enfin elle jouera Daisy adulte), 6 ans, et tombe amoureux d'elle – alors que lui en a 12 et en paraît 80. Il vivra sa vie, partira travailler sur un remorqueur, vivra en Inde, aura une histoire d'amour avec Daisy...

La bande annonce de ce film ne m'avait à l'époque pas du tout attiré. J'ai vu il y a quelque temps que c'était un film de Fincher, je me suis dit que ça ne pouvait donc pas être totalement mauvais. Effectivement, ce n'est pas un film raté, mais ce n'est pas terrible non plus. C'est un gros mélo lent et un peu mou, guidé par une voix off continue et lourde (mais j'ai déjà noté à plusieurs reprises ma méfiance envers la voix off). L'histoire est jolie, je voix très bien où elle voudrait m'emmener, pourtant ça ne marche pas vraiment. Je n'ai jamais été touché dans ce film, trop lisse et artificiel pour être émouvant. Et surtout, il n'y avait pas de quoi étirer ce film sur presque 3 heures (!) Brad Pitt est semblable à lui-même dans beaucoup de drames récents, c'est-à-dire qu'il joue avec un balai dans le cul.
Au-delà de ça, il y a un jeu sur différentes lignes narratives qui se superposent – l'histoire de la pendule de je ne sais plus quelle gare, l'histoire de ce type qui a été frappé 7 fois par la foudre, et la vie de Benjamin Button racontée par sa voix et par celle de Daisy sur son lit de mort. Ils n'en font rien, certes, c'est là pour faire joli, mais c'est le genre de détail que j'aime bien.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #David Fincher

Publié le 25 Janvier 2017

Ghost Dog (Forest Whitaker) est un tueur à gage, vivant seul, selon les préceptes des samouraïs dans un bled un peu pourri du New Jersey. Il est entouré de pigeons qui lui servent à communiquer, et n'a comme ami que le glacier du coin, un Haïtien qui ne parle que français. Ghost Dog travaille avec la maffia italienne, s'étant trouvé un maître en la personne de Louie le jour où celui-ci l'a sauvé. Un jour un contrat tourne mal, la fille du Parrain ayant assisté à l'assassinat ; les maffieux décident donc qu'il est temps de se débarrasser de Ghost Dog – ce qui ne s'avèrera pas tâche aisé.

C'est donc un « pitch » assez classique de film d'action, avec vengeance, maffia, morts et fusillades. Sauf que Jim Jarmush est aux manettes, et qu'on n'est donc pas dans un film d'action. On serait plutôt dans une tragédie, en fait. Le rythme est assez lent, qui donne une impression d'inéluctabilité aux choses ; le récit est ponctué de citations du Hagakure, guide du XVIIIe siècle destiné aux guerriers japonais, qui me font penser au chœur antique annonçant les enjeux de ce qui suivra.
Il y a dans ce film une forme d'humour subtil et poétique que j'apprécie beaucoup, qui tient aux personnages, assez fantasques, issus d'un improbable bestiaire. Certaines scènes dialoguées, assez nerveuses et plutôt drôles, me font presque penser à du Tarantino – mais un Tarantino qui aurait pris moins de coke.
Bref, c'est un film formidable, drôle, tendre, tragique et qui me rappelle que j'ai du retard à rattraper dans la filmographie de Jarmush.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 18 Janvier 2017

Nawal Marwan, la mère des deux jumeaux Jeanne et Simon vient de mourir. Dans son testament, remis à son ancien employeur, Jean le notaire, Nawal leur demande de partir à la recherche de leur père et de leur frère. Jeanne et Simon ignorent tout de leur père, et n'avaient jamais entendu parler de l'existence d'un frère.
Jeanne, rejointe plus tard par son frère et par le notaire, part sur les traces du passé de sa mère. Nawal Marwan a grandi dans un pays en guerre, qui pourrait être le Liban, en plein milieu d'un conflit entre chrétiens et musulmans. Jeanne et Simon vont être confrontés aux horreurs de la guerre, et ne sont pas à l'abri de découvertes terribles...

Adapté de la pièce de Wajdi Mouawad (que je n'ai pas vue) par Denis Villeneuve, également réalisateur du film, Incendies est donc un film dur mais beau, superbe mais violent. Les plans sont soigneusement composés, la lumière est magnifique, les acteurs au poil, les déplacements d'acteurs et de caméra sont très organiques... À tel point que c'est difficile d'imaginer que ça ait pu à un moment être du théâtre. Bref, c'est fort et c'est magnifique comme une tragédie.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma